Camp-Est : une poudrière au cœur de Nouméa

La situation n’est pas nouvelle, mais elle suscite de plus en plus d’indignation et de colère. Les conditions de détention au Camp-Est sont indignes du pays des droits de l’homme et d’un territoire en construction.

Vétusté des locaux, surpopulation carcérale, condition de vie déplorable. Le Camp-Est est, aujourd’hui, une véritable bombe à retardement. Une situation dénoncée par les syndicats qui montent au créneau. « Aujourd’hui, on compte plus de 600 détenus, alors que la capacité opérationnelle de l’établissement est de 412 places. Si l’on prend les normes pénitentiaires européennes, le nombre de détenus ne devrait pas dépasser les 250 personnes… », explique Steeven Carnicelli de l’USOENC. La situation au centre pénitentiaire de Nouméa est alarmante et même si l’ouverture de la nouvelle prison de Koné a permis le transfert de plusieurs dizaines de détenus, cela n’est pas assez pour désengorger le Camp-Est.

C’est le serpent qui se mord la queue

« Le problème est le suivant », explique le représentant syndical, « on envoie des détenus à Koné, mais ceux-ci sont presque immédiatement remplacés par des personnes dont le dossier était en souffrance, des gens qui ont été condamnés il y a plusieurs mois voire plusieurs années et qui n’ont pas effectué leur peine faute de place en prison au moment du jugement. En fait, on vide la prison d’un côté, et on la remplit de l’autre ». Conséquences : rien n’est résolu et les conditions au cœur du Camp-Est restent identiques pour les détenus, mais aussi évidemment pour les agents de l’administration pénitentiaire. Que faire pour tenter de résoudre le problème de la surpopulation carcérale ? Pour les syndicats, la réponse est très claire : « avec les structures actuelles, il n’y a aucune solution à court terme. La seule solution serait de construire une nouvelle prison mais quand on sait qu’il a fallu près de 20 ans pour construire le centre pénitentiaire de Koné… ».

Des conditions de détention indignes

Le constat est sans appel. Au Camp-Est les cellules sont sales, infestées d’insectes et surpeuplées. Les bagarres et confrontations entre détenus sont quasi quotidiennes et parfois c’est un détail qui met le feu aux poudres. Au Camp-Est, on se bat pour une chaîne de télévision, ou pour avoir marché involontairement sur le matelas au sol d’un autre détenu. Preuve de cette tension, au mois d’avril on comptait près d’une trentaine d’agressions d’agents. « On parle bien là de véritables agressions physiques, de coups, de violence… les agressions verbales, les incivilités on ne les relève même plus… », soulignent les agents du Camp-Est.

Mieux gérer les peines alternatives

Si la construction d’un nouvel établissement n’est pas pour demain, il serait peut-être opportun de mieux gérer ce que l’on appelle dans le jargon judiciaire les peines alternatives à l’incarcération, parmi lesquelles le bracelet électronique. Certes, cela ne résoudrait pas tous les problèmes, mais une meilleure gestion de ces peines alternatives permettrait de soulager les agents de l’administration pénitentiaire qui ont le sentiment de ne pas être pris en compte par leur administration de tutelle. « Aujourd’hui il y a une vraie colère. Cette colère est contenue, car notre statut ne permet pas aux agents de l’exprimer. Mais attention nous ne sommes pas à l’abri de voir un agent « péter un câble » c’est bien pour cela que nous disons que « la situation au Camp-Est est explosive ! », expliquent les représentants syndicaux.

Des perspectives ?

Le dossier d’une nouvelle prison est sur le bureau du garde des Sceaux. A l’Assemblée, le député Metzdorf a fait une opération de lobbying pour obtenir que la construction d’un nouveau centre pénitentiaire soit actée. Éric Dupont-Moretti, ministre de la justice était attendu en Nouvelle-Calédonie au début de cette année, mais sa visite a été reportée sine die. Peut-être qu’à l’occasion de la venue du chef de l’État programmée en juillet, Emmanuel Macron fera-t-il des annonces sur ce sujet.

L.S

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