La délégation transpartisane a achevé samedi sa mission à Paris. Parmi celles et ceux qu’elle a rencontrés à Paris, Gérard Larcher, le président du Sénat, fut le tout premier. Dès le lendemain, il a accordé un entretien à La voix du Caillou. À noter que depuis cet entretien, des aides de l’État ont été annoncées.
Dans quelles conditions s’est déroulée votre rencontre avec les élus calédoniens ?
Je tiens à dire que participaient les représentants de tous les groupes au Congrès hormis l’UC. Avaient répondu à mon invitation les présidents de groupes politiques du Sénat ou leurs représentants. Ce qui n’était pas simple dans un moment où tout le monde est en campagne électorale ! J’avais invité aussi le rapporteur général du budget du Sénat. On a eu un très bon échange dans une ambiance où tout le monde s’écoutait. Il a porté sur les questions budgétaires, sociales et économiques. Ce sont les trois sujets. Les questions institutionnelles ont été écartées. Ce sera pour l’après-présidentielle. L’urgence, comme l’a dit le président Tukumuli, c’est d’abord de passer la fin 2026 et d’aborder 2027. Ce que je voudrais dire, comme politique, c’est que nous avons reçu une délégation qui est manifestement relégitimée par le suffrage universel des Calédoniennes et des Calédoniens. Et ça, c’est important. J’ai vu que cela leur donnait plus de force par rapport à nos précédentes rencontres, y compris avec les présidents de groupes du Sénat. D’ailleurs, après les élections sénatoriales, j’ai prévu de réunir le groupe de contact consacré à la Nouvelle-Calédonie assez rapidement. Pour aborder à nouveau tous ces sujets. Je pense que leur visite était particulièrement bien ciblée, un mois après la mise en place globale des institutions. Il fallait qu’ils viennent en anticipation sur le dépôt du projet de budget. Ce que j’ai retenu, c’est que les événements de mai 2024 ont transformé des vulnérabilités chroniques ; comptes sociaux, situation du nickel, blocage des mines, dégradation des comptes publics… en crise systémique. Qui absorbe sans crise systémique une chute du PIB de plus de 13 % ? Qui absorbe près de 17 % de l’emploi privé détruit ? Qui vit un effondrement des recettes fiscales d’un tiers ? Donc, la situation est vraiment grave et tous mes collègues sénateurs, de tous les groupes, le partagent. En fait, il y a deux choses : une urgence financière pour la fin de l’année où la trésorerie du territoire est à sécuriser en s’assurant que la totalité du PGE de 370 millions d’euros soit versé, ainsi que les 60 millions de subvention exceptionnelle. Je pense que l’État tiendra ce cap mais on va aussi l’accompagner dans cette relation là.
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Tous les groupes parlementaires sont sur cette ligne ?
Ah oui, hier (NDLR. mardi 1er septembre), oui ! Le groupe communiste n’était pas représenté mais ils ne nous ont jamais manqué sur ce sujet-là. Il y a un besoin complémentaire pour deux sujets, le social et la santé. Il faut absolument 60 millions d’euros pour couvrir les retraites (il y en a tout de même 40 000), le régime d’assurance maladie (RUAMM) et les dépenses hospitalières. Il ne faut pas qu’on ait une rupture de versement des pensions. C’est quelque chose que toute la délégation nous a dit : de Metzdorf à Tjibaou, des présidents aux membres… Tout le monde était sur la même ligne. Il faut qu’on trouve 60 millions. Nous avons ensuite à préparer le budget 2027 en nous prémunissant d’une nouvelle crise sociale. Surtout que ce ne serait vraiment pas le moment. Nous avons quelques signes de confiance et de reprise. Il ne faudrait pas casser la reprise de la confiance. Je parie sur cette confiance retrouvée grâce à la relégitimation politique et à une forme d’apaisement. On abordera les questions institutionnelles après.
Que doit-on attendre de la Nouvelle-Calédonie ? Vous avez parlé réformes ?
Ils en ont fait déjà ! Il y en a encore à faire mais cela fera partie du contrat de responsabilité que les élus calédoniens proposeront à l’État pour 2027, reprenant les engagements réciproques en matière d’aides et de réformes.
Pour 2027, la Nouvelle-Calédonie aurait besoin de 50 à 60 milliards de francs (420 à 500 millions d’euros). Comment garantir cette trajectoire ?
C’est à eux de le proposer. Nous sommes prêts à les accompagner. En ce qui concerne le Sénat, il a toujours été aux côtés de la Nouvelle-Calédonie. Tous les groupes politiques ont toujours facilité l’adoption des différentes mesures de solidarité nationale qu’il s’agisse des entreprises, des emplois, des collectivités, des régimes sociaux. Ce mardi, j’avais la présence de deux groupes majeurs représentés par leurs deux présidents, Mathieu Darnaud (LR) et Hervé Marseille (Union centriste). Ils ont conseillé à la délégation de demander au Premier ministre de faire figurer les aides de l’État en faveur de la Nouvelle-Calédonie dans le projet de loi de finances initial. C’est très important en raison de notre ignorance du destin du projet de loi de finances. Un autre élément positif de notre échange est que les groupes politiques ont émis le souhait qu’il y ait une loi de programmation spécifique pour la Nouvelle-Calédonie. C’est l’élément nouveau.
Il s’agit donc de propositions pour espérer garantir l’aboutissement législatif ?
Oui. Et le fait que tous les groupes du Sénat soient plutôt favorables me semble un bon signal, y compris vis-à-vis de l’Assemblée.
Concernant la dette, quel est votre avis ?
Nous pensons qu’il faut qu’une démarche soit entreprise auprès du gouvernement et de l’AFD (Agence française de développement) pour qu’on retravaille la dette. C’est un sujet majeur. Il faut voir comment on la structure, comment on la gère. Je vous rappelle que dans l’accord Élysée-Oudinot, l’État s’était engagé à transformer certains prêts en subventions dans le cadre d’un contrat pluriannuel de désendettement et de développement. Donc il faut qu’on ait tout ça en tête, y compris sur le texte. Il faut que l’État mette en œuvre cet engagement. Le Sénat y est favorable.
Au-delà de ces questions, en avez-vous abordé d’autres ?
On a parlé du dossier nickel. C’est à la fois symbolique en Nouvelle-Calédonie et essentiel au plan économique. Les participants, Sonia Backes notamment qui connaît bien le dossier, nous en ont parlé. Le représentant du groupe UNI, Billy Forest, a rappelé : « chaque usine, c’est 2 500 familles. » Le sujet nickel est un poids dans l’économie. C’est un sujet stratégique, c’est un sujet de rééquilibrage. Avec le sujet de l’énergie, c’est un sujet qui doit être abordé. On en parle depuis des années. La délégation nous a dit les choses telles qu’elles sont par rapport aux repreneurs et par rapport aux hésitations au sommet de l’État.
Au-delà du prochain PLF, comment sortir durablement la Nouvelle-Calédonie de la crise ?
On doit retrouver un certain nombre d’équilibres minimaux. Ensuite, on abordera les questions institutionnelles. Mais d’abord, il faut permettre au gouvernement local de gouverner. Il faut permettre aux provinces de fonctionner. Si on commence à mettre de l’idéologie avant la remise en route minimale, alors vous aurez un problème. Ensuite, viendra un autre temps.
Pensez-vous que le FLNKS doit rester un interlocuteur comme les autres pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ?
Moi je réponds oui et je leur dis que ma porte est ouverte. Il y a un sénateur qui appartient à cette famille politique et ma porte est toujours ouverte. Je suis dans une assemblée où le dialogue et la responsabilité sont toujours là. C’est la seule assemblée qui, depuis deux ans, a voté les budgets. À un moment, il faut toujours se parler et, je le répète, ma porte est ouverte.
À la faveur du PLF, des groupes parlementaires, sans doute davantage à l’Assemblée, voudront évoquer la question institutionnelle. Qu’en pensez-vous ?
Il n’est pas interdit de parler. Mais il y a une urgence. Je me mets à la place d’un retraité de Nouvelle-Calédonie à qui on dit qu’au mois de février, il ne touchera plus sa retraite. Pardonnez-moi, mais il faut d’abord nourrir les gens avant de parler de grandes réformes. Dans certains de nos Outre-mer, avant de parler de statut, il faut d’abord amener l’eau aux gens. Avant de parler de grandes évolutions statutaires, il faut assurer le sauvetage de la Nouvelle-Calédonie. Pour le reste, je pense que la solution ne peut venir qu’après le renouvellement de l’exécutif.
Le sénateur, gaulliste de conviction et humaniste, est reconnu à Paris, avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, comme l’un des deux élus véritablement spécialistes de la Nouvelle-Calédonie.
Propos recueillis par Jean-Marc Chevauché

