Un hommage à l’engagement de la Nouvelle-Calédonie dans la France Libre a été rendu samedi après-midi par les forces armées et les autorités civiles et coutumières. La fresque du Bataillon du Pacifique a notamment été inaugurée au centre ville. Elle a été suivie sur les quais Ferry d’une cérémonie d’hommage au ralliement.
C’était le 19 septembre 1940. Le gouverneur Henri Sautot, alors posté aux Nouvelles-Hébrides – déjà ralliées à la France Libre, débarque en Nouvelle-Calédonie. La colonie, inquiète des possibles répercussions de la guerre dans le Pacifique, troublée par la signature de l’armistice, avait repris espoir après l’appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle. Le Conseil général et la population s’étaient ensuite engagées très rapidement sur la voie du ralliement.
Le premier gouverneur de la France Libre
Ce 19 septembre 1940, Henri Sautot devient donc le premier gouverneur de la France Libre, sous les acclamations de la population calédonienne rassemblée à Nouméa. C’est l’anniversaire de cette date qui a été choisie pour inaugurer la fresque mémorielle honorant la mémoire de l’engagement des volontaires du Bataillon du Pacifique, partis le 5 mai 1941 à bord du Zealandia et revenus à bord du Sagittaire – représenté sur la fresque, le 21 mai 1946. Des centaines de Polynésiens, Calédoniens, Wallisiens et Futuniens et Néo-Hébridais s’étaient en effet engagés après l’appel du 18 juin 1940. Ils étaient 287 Calédoniens à quitter leur île natale en mai 1941 pour aller défendre la France Libre à Bir Hakeim et El Alamein. Un second contingent d’environ 170 volontaires est parti en 1943. 72 de tous ces volontaires sont morts au champ d’honneur; 137 ont été blessés.
“Les premiers à ne pas désespérer de la France”
Le Bataillon du Pacifique a participé au débarquement de Provence en août 1944, et défilé sur les Champs-Elysées après la capitulation allemande. “Pendant cinq ans, ils ont tout quitté”, a déclaré le haut-commissaire Jacques Billant. “Ils ont été les premiers à ne pas désespérer de la France, comme l’a dit le général de Gaulle. Ils se sont battus pour la liberté au péril de leur vie, et ce faisant, ils nous rappellent que rien n’est acquis. Que la liberté n’est jamais acquise. Nous honorons ce jour leur geste de courage, leur mémoire, et je dis aux jeunes, rappelez-vous d’eux qui furent peut-être vos grands-parents et qui se sont engagés comme combattants de la seconde guerre mondiale. C’est aussi grâce à eux que nous jouissons aujourd’hui de la liberté qui est la nôtre”. La fresque de commémoration du Bataillon du Pacifique a été créée par l’artiste Guiz#Poch’Art et figure les portraits de Jules Gorodé, Louis Kasni Warti et Jean Tranape.

Une fresque au croisement de plusieurs symboles
Elle a été réalisée sur le mur de l’ancien CHT, aujourd’hui gouvernement, aux coins de la rue Doumer et de la rue Galliéni – d’où elle est bien visible. Elle est le fruit d’une collaboration entre les FANC, la ville de Nouméa, le gouvernement et la province Sud. Son inauguration a représenté un moment d’émotion pour la maire de la capitale Sonia Lagarde: “Le positionnement n’est pas anodin, puisqu’il y a le musée américain qui est en face, et les quais Ferry qui ne sont pas loin. On a une zone qui est le symbole, à la fois des Calédoniens qui sont partis, et des calédoniens qui sont revenus. C’est un devoir de mémoire. On doit se souvenir de tout ça. Je suis toujours ravie de voir mes classes défense, quels que soient les collèges, avec des jeunes qui s’impliquent et comprennent que ça fait partie de notre histoire. Et tous les ans, avec ces jeunes qui sont là et qui participent – et pas qu’une fois par an, on ne doit pas oublier qu’on a tous nos grands-parents qui se sont engagés avec courage. Alors qu’ils ne connaissaient pas la France, ils ont répondu oui à l’appel du général de Gaulle. Et moi je trouve ça extraordinaire et je disais tout à l’heure que j’avais une émotion particulière parce que chaque année, je pense à mon père qui lui aussi, très très jeune, est parti”. Devoir de mémoire et émotion ont également marqué la cérémonie célébrant le ralliement de la Calédonie à la France Libre sur les quais Ferry, d’où sont partis les volontaires du Bataillon du Pacifique le 5 mai 1941.
“Des moments de transmission générationnelle”
C’est ce qu’a rappelé le général Gabriel Soubrier, commandant supérieur des FANC: “Ce ralliement des Calédoniens à la France Libre n’aurait pas eu cet impact, ce caractère exceptionnel, si derrière il n’y avait pas eu cet engagement très concret de volontaires, qui sont partis se battre. Ce sont des moments de transmission générationnelle, comme ces moments partagés entre les anciens combattants et les jeunes lycéens des classes défense. Et c’est aussi une transmission à l’échelle du territoire, on l’a vu avec le public kanak et nootamment les membres de la grande chefferie de Poindah, venus rendre hommage à leur Vieux Jules Gorodé, mis à l’honneur sur la fresque, ou encore avec la famille de Jean Tranape”. Et ce n’est pas le nouveau président du Sénat coutumier Richard Poarairiwa, présent au cours de deux temps d’hommage aux volontaires calédoniens du Bataillon du Pacifique, qui va contredire ces propos : “C’est un sentiment de fierté, et puis il y a le devoir de mémoire, qui figure aussi dans les travaux du Sénat. Je crois que pour avancer, pour éclairer le présent, il faut regarder le passé. C’est indispendable pour pouvoir mieux préparer l’avenir. Avec la jeunesse qui est là, c’est la construction entre toutes les communautés, pour pouvoir aller vers le destin commun. Je pense que c’est avec ce genre de manifestation, de commémoration de nos mémoires, qu’on pourra avancer.
“Savoir regarder le passé pour se tourner vers l’avenir”
Chacun a sa petite histoire, et on peut mettre ensemble bout à bout toutes ces petites histoires, avec le côté positif car il faut retenir toujours le côté positif de l’histoire. Sans oublier le côté négatif, car comme je l’ai dit, il faut savoir regarder le passé pour se tourner vers l’avenir. Oui je suis content. Heureux et fier, car Jules Gorodé, c’est mon papa en termes coutumiers”. Ce temps de commémoration a commencé à 16h30 sur le site de la fresque, rue Galliéni, avant de se poursuivre une heure plus tard sur le quai Ferry. Il a été suivi par des discours prononcés notamment par le maire de Nouméa Sonia Lagarde et le haut-commissaire Jacques Billant dans la salle d’honneur de la mairie de Nouméa. Le sénateur Georges Naturel, la présidente du Congrès Virginie Ruffenach, la présidente de la province Sud Sonia Backès, et de nombreuses autres personnalités représentant les autorités civiles, militaires et coutumières étaient présentes lors des cérémonies.
I.P.

