Le FLNKS pose des conditions à Emmanuel Macron

Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) a publié ce samedi un communiqué de trois pages, signé par Roch Wamytan, Victor Tutugoro et Patrick Jomessy. Il revient sur le passage du président de la République lors de la journée de jeudi, et plus particulièrement sur l’entretien bilatéral qui a eu lieu en soirée entre Emmanuel Macron et une délégation de dirigeants politiques indépendantistes.

« A cette heure où Kanaky Nouvelle-Calédonie renoue avec les heures sombres des années 1980, celles des ”Evénements”, le FLNKS a pris connaissance avec étonnement de l’arrivée précipitée du président de la République française accompagné des deux ministres que le peuple tient pour responsable de l’échec de la sortie de l’Accord de Nouméa ainsi que du ”carnage” actuel ici en Kanaky Nouvelle-Calédonie (…) À la suite d’une demande ferme du FLNKS, cette rencontre s’est tenue dans un format bilatéral excluant la présence des ministres Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin qui par leur gestion catastrophique du dossier calédonien sont, pour le Front, totalement disqualifiés à ce jour », écrit le FLNKS.

« Responsabilité majeure du gouvernement français »

« Au cours de cette rencontre, le FLNKS a fait savoir au président de la République, de manière claire et avec toute franchise, sa détermination invariable à faire accéder Kanaky Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté. » Le Front dit avoir aussi dénoncé « la responsabilité majeure du gouvernement français dans la situation chaotique que nous vivons aujourd’hui, la fin de l’impartialité de l’État et du consensus pour privilégier la méthode du passage en force aux services des forces non-indépendantistes (…) Le FLNKS a également rappelé au chef de l’État que la CCAT a continuellement appelé à la retenue tout en manifestant l’opposition ferme au passage en force de l’État. Le FLNKS a, dès lors, affirmé que la seule solution viable à cette crise ne pouvait passer que par une réponse de nature politique et non répressive. En ce sens, le FLNKS a demandé au président de la République française qu’une annonce forte de sa part soit faite indiquant le retrait du projet de loi constitutionnelle et la création d’une mission de médiation de haut niveau. »

En réponse, Emmanuel Macron s’est engagé à « ne pas passer en force » sur le projet de loi constitutionnelle visant à dégeler le corps électoral, à mettre en place une mission de médiation et à faire un point dans un mois pour évaluer l’avancée de la situation.

« Pour ne pas perdre la face »

« Le FLNKS constate que le président de la République française ne bouge que très légèrement de ses positions malgré les messages clairs du peuple de Kanaky Nouvelle-Calédonie : ”nous ne voulons pas du dégel du corps électoral !”. L’annonce du président Macron qui s’engage à ce que la loi sur le dégel du corps électoral ”ne passera pas en force” traduit donc : d’une part, que la mobilisation a réussi à faire plier le gouvernement français ; et d’autre part, que l’opinion nationale et internationale a aussi pris position pour notre combat. »

De fait, estime le Front, le « président de la République française constate aujourd’hui qu’en plus de la mobilisation générale, l’obtention au Congrès de Versailles d’une majorité suffisante de parlementaires français pour adopter définitivement le dégel du corps électoral devient de plus en plus compromise. Le FLNKS relève, par conséquent, qu’au travers un langage de style et pour ne pas perdre la face, le président de la République utilise la formule ”pas de passage en force”. »

« Déclarations mensongères et fallacieuses »

« En deuxième lieu, le FLNKS constate néanmoins que le sujet de l’avenir institutionnel de Kanaky Nouvelle-Calédonie est enfin traité directement par le président Macron avec tout le sérieux et l’engagement que cela implique. En troisième lieu, Le FLNKS prend acte des propos du président de la République reconnaissant le caractère politique de la mobilisation actuelle et désavouant, par la même occasion, les déclarations mensongères et fallacieuses du ministre Darmanin et du Haut-commissaire de la République qualifiant nos jeunes de voyous et de terroristes. Cependant, force est de constater que l’extrême violence de la répression orchestrée par les forces de l’ordre et de l’armée sur le terrain est en totale contradiction avec ses propos et avec le rejet de l’emploi de la force contre la liberté des peuples réaffirmée par le Conseil constitutionnel. »

« Desserrer l’étau »

« Le FLNKS prend acte du processus de désescalade proposé par le président de la République et des engagements demandés à chacune des parties de façon à pouvoir sortir de cette crise par le haut. En ce sens, le FLNKS renouvelle son appel au calme et demande également à desserrer l’étau sur les principaux axes de circulation de manière à ce que la population calédonienne puisse, de façon progressive, circuler librement, s’approvisionner et avoir accès aux services publics les plus élémentaires. En outre, le FLNKS note que le chef de l’État propose aujourd’hui un nouveau cadre de travail qui permettrait, comme demandé inlassablement depuis plusieurs mois, de créer des conditions propices à la discussion et la négociation de manière à pouvoir aboutir à un accord politique global en se donnant tout le temps nécessaire. »

« Le peuple a parlé »

Pour le FLNKS, « le préalable à la sortie de crise est la prise en compte par le gouvernement français de postulats fondamentaux ». Le Front en cite quatre. Le premier : « Le peuple a parlé. Le FLNKS est opposé au dégel du corps électoral tel que défini dans le projet de loi constitutionnelle. Ce texte doit donc être retiré par le gouvernement français. » Deuxième point : « L’État doit redevenir impartial et les décisions doivent être prises, en ce sens, dans le consensus. En conséquence, le FLNKS demande que la mission de médiation installée par le chef de l’État soit complétée de personnalités de haut niveau afin d’inscrire les discussions dans des perspectives aussi bien techniques que politiques. » Troisième postulat : « la justice française devra faire son travail en toute indépendance et punir sévèrement les milices anti-indépendantistes criminelles qui ont sévi en toute impunité en Kanaky Nouvelle-Calédonie ». Dernier point : « Kanaky Nouvelle-Calédonie n’est pas la France comme le stipule le droit international. En conséquence, le chef de l’État doit impérativement respecter les principes de sa propre Constitution parmi lesquels figurent l’interdiction pour la République française d’employer ”ses forces contre la liberté d’aucun peuple”, la libre détermination des peuples et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. »

Cette prise de position du FLNKS, par écrit, intervient quelques heures après celle, en vidéo, du responsable de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), Christian Tein.

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