Sécheresse, chaleur et vent : El Niño augmente les risques de feux de forêt. Face à une saison qui s’annonce compliquée, la sécurité civile veille au grain et renforce ses moyens.
Le budget de la DSCGR n’aura pas varié : « le gouvernement a maintenu ses engagements financiers pour les opérations concernant les feux de brousse », annonce le commandant Thomas Depardon, directeur adjoint de la sécurité civile chargé du groupement opérationnel. « Nous attendons même le renfort d’un hélicoptère bombardier d’eau en provenance du Canada, qui doit arriver au début du mois de novembre pour une période de trois mois fixes ». Les personnels dédiés ont été maintenus, ce qui n’est pas forcément le cas pour les communes, dont certaines ont dû couper dans leurs effectifs en raison de difficultés budgétaires. Par ailleurs, seules 22 municipalités sur 33 sont équipées d’un centre de secours.
« Nous venons en appui de toutes les communes », affirme Thomas Depardon. « Nous sommes sollicités chaque jour, par une ou plusieurs d’entre elles, et ce depuis le mois de juillet ». Le Nord est actuellement particulièrement sec. Il y a trois semaines, un incendie avait ravagé un millier d’hectares à Koumac. Mardi, ce ne sont pas moins de sept départs de feu qui se sont déclenchés à Pouembout. « La saison commence toujours dans le Nord, on est dans cette logique et dans les temps cette année », précise le directeur adjoint de la DSCGR. Dans la journée de mardi encore, un autre feu en cours près de la tribu de Bangou a mobilisé de nombreux moyens de la Sécurité civile en raison de sa proximité avec l’aéroport de La Tontouta : « nous avons envoyé huit engins, l’hélicoptère bombardier d’eau et des drones ». Dans les locaux de la DSCGR, la cellule de veille opérationnelle centralise et coordonne.
Une stratégie de prépositionnement
« On a ici une vision de tous les feux en cours », explique Thomas Depardon, « et en fonction du terrain, ici la proximité d’une route ou d’une infrastructure, là des flammes sur une hauteur inaccessible, on va choisir de positionner nos moyens. Parfois on fait aussi de la prospective : si on voit que Boulouparis se trouve tel jour en risque extrême, on peut choisir de prépositionner les engins. Et ça marche ».
La Nouvelle-Calédonie a un maillage de quelque 600 pompiers. « C’est un territoire très particulier : le nombre de pompiers est évalué par rapport au nombre d’habitants, ce qui est normal ; en revanche on peut avoir des feux immenses et là, par rapport à l’Hexagone, les moyens humains deviennent dérisoires ».
Depuis le 1er septembre, 550 feux se sont déclarés, pour une surface brûlée de 3 250 hectares : « on a un nombre de départs de feux jusqu’ici plutôt dans la moyenne élevée », évalue Thomas Depardon. « Plus de 99 % des feux de brousse et de forêt sont d’origine humaine, il s’agit surtout de faire la part des choses entre une cause accidentelle et un acte criminel ».
Débroussailler autour de son habitation pour la protéger
Depuis quelque temps, à l’instar de la métropole, l’axe de communication s’est déplacé vers une responsabilisation de la population : « on demande aux particuliers de débroussailler autour de chez eux. C’est ce qui a été fait dans le Var, l’un des départements français les plus touchés par les feux de forêt. Le débroussaillement est une obligation légale, et si nous, pompiers, devons faire face à une simultanéité de feux, on ne pourra pas être partout à la fois. El Niño est un catalyseur de risque : c’est une bonne année pour se montrer autonome et résilient », affirme le directeur adjoint de la sécurité civile, chargé du groupement opérationnel.
90 % des habitations détruites lors de feux de forêt se trouvaient sur un terrain qui n’avait pas été correctement débroussaillé. Par ailleurs, éclaircir dans les trente mètres autour de sa maison ne représente pas seulement un moyen de la protéger : cela facilite aussi l’accès aux soldats du feu.
Légende photo : Des images transmises par drone à la cellule de veille opérationnelle, active chaque jour de 7 h à 17 h.
I.P.

