« Bien avec mon école » fait déraper l’UGPE

La province Sud et l’État lancent un nouveau dispositif « Bien avec mon école » (BAME) en faveur des élèves du primaire. Un dispositif qui a fait réagir l’Union des groupements de parents d’élèves.

L’une des principales conséquences des émeutes de 2024 est l’accroissement de la précarité, ce qui a des impacts sur le bon déroulement de la vie scolaire des plus jeunes. Dans ce contexte social tendu, la province Sud a lancé le dispositif « Bien avec mon école » à la rentrée de cette année, en partenariat avec les équipes éducatives, avec comme ambition notamment de réduire les inégalités éducatives, sociales et de santé en zones prioritaires. Cela demande évidemment des moyens financiers et humains, et c’est là que l’État intervient. On peut rappeler en effet que le soutien à la jeunesse est un des axes d’action que l’État entend mettre en œuvre au travers de son plan de soutien à la Nouvelle-Calédonie pour reconstruire ce que les émeutes ont détruit. Le programme représente près de 200 millions de francs investis conjointement par l’État et la province Sud. Un financement important émanant du dispositif de solidarité républicaine ou du pacte de refondation de la Nouvelle-Calédonie. Cela va permettre, dès cette année, à 26 professionnels supplémentaires de rejoindre les écoles concernées, à savoir des enseignants spécialisés, des éducateurs, des travailleurs sociaux, des psychologues, des orthophonistes, des infirmiers ; ils seront 33 en 2027. La province Sud souligne que « ce programme ne modifie ni les programmes scolaires, ni le projet éducatif de la Nouvelle-Calédonie. Il vient simplement apporter aux équipes éducatives les moyens humains qu’elles réclament pour mieux accompagner les élèves confrontés à des difficultés scolaires, sociales ou familiales », des professionnels qui « sont là pour accompagner des élèves qui, sans cet appui, risquent de décrocher définitivement du système scolaire ».

La ligne rouge a été franchie

Dans ce contexte, l’Union des groupements de parents d’élèves (UGPE) a publié un communiqué signé de son président Alphone Caena, qui a suscité, par son propos et les termes utilisés, une très vive émotion et de nombreuses inquiétudes. L’UGPE, rappelons-le, est une association de parents d’élèves indépendantistes et proche du FLNKS. Pour l’UGPE, « Bien avec mon école » est un dispositif « imaginé par des Européens dans une école pensée par des Européens et voué à transformer ou formater les petits Kanak et océaniens de gré ou de force ». L’UGPE explique le fait que de nombreux élèves des classes de zones prioritaires sont en difficulté du fait « de l’abandon de certains parents démunis face à une société capitaliste et coloniale qui ne fait que s’accroître au détriment du bien-être général », mais l’UGPE estime aussi et surtout que « le corps enseignant général porte une part de responsabilité dans les mauvais résultats de notre école, dans le décrochage scolaire, les problèmes d’assiduité ». Si le vice-rectorat n’a semble-t-il pas réagi à ces propos, ça n’est pas le cas des responsables de la province Sud. Pour la présidente Sonia Backes, ce communiqué de l’UGPE « est simplement écœurant, écœurant de racisme décomplexé », et pour Loïc Basset-Creugnet, vice-président de la province en charge de l’enseignement, « l’UGPE détourne un dispositif exceptionnel de bienveillance et de solidarité, à des fins de propagande politique, le tout sur un fond de racisme décomplexé. Quelle honte pour une association qui devrait plutôt s’occuper du bien-être de nos enfants ! » Réaction également de l’institution puisque, dans un communiqué, la province Sud assure qu’en « assignant les enfants à leur origine ethnique, l’UGPE franchit une ligne rouge ». La province Sud « réaffirme solennellement son entier soutien aux enseignants et à l’ensemble des personnels éducatifs » et « condamne avec la plus grande fermeté les propos de l’UGPE qui rendent les enseignants responsables des mauvais résultats scolaires et du décrochage des élèves ».


Vigilance

La province Sud déclare vouloir poursuivre, « avec l’État et l’ensemble de ses partenaires, les politiques nécessaires pour lutter contre le décrochage scolaire », et ne jamais renoncer « à agir sous la pression de discours idéologiques qui opposent les communautés plutôt que de défendre les enfants ». Toutefois, l’UGPE déclare espérer « que la nouvelle équipe en place au gouvernement relancera le projet éducatif du pays afin de redonner de la cohérence à tout ce système extrêmement coûteux et si peu efficace qui ne s’inscrit nullement dans le processus de décolonisation qu’est l’accord de Nouméa ». Ce qui laisse croire que les indépendantistes de l’UC-FLNKS pourraient vouloir administrer le secteur de l’enseignement au gouvernement afin de mettre en œuvre le programme soutenu par l’UGPE.


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