La nouvelle alliance !

Ne méconnaissons pas le fait que nous avons connu par le passé moult pactes et accords de gouvernance ou de gouvernement, et que ceux-ci ont tenu le temps qu’il faut aux égos pour se réveiller et tout mettre à terre. Cette fois cependant, le contexte est différent.

Depuis 2004 et la fin du RPCR en tant que parti non-indĂ©pendantiste quasi unique, l’électorat favorable au maintien dans la France pleure cette Ă©poque perdue et rĂªve d’une grande et forte formation politique qui porterait son dĂ©sir de France et son opposition Ă  l’indĂ©pendance. Il y a eu en effet quelques tentatives par le passĂ©, mais qui n’ont pas durĂ© parce que les partenaires n’ont pas toujours jouĂ© le jeu, ainsi CalĂ©donie Ensemble par la volontĂ© de son leader d’alors Philippe Gomès, ou le Rassemblement qui a toujours considĂ©rĂ© qu’il n’était soluble dans aucune grande alliance. Et cet Ă©lectorat-lĂ  en a Ă©tĂ© pour ses frais, ce qui n’a pas arrangĂ© les affaires de cette cause en particulier aux yeux de l’État. Sauf que depuis, les Ă©meutes de la CCAT sont passĂ©es par lĂ  et, tel Attila, ont fait en sorte que l’herbe ne repousse pas.

Un accord d’intĂ©rĂªt gĂ©nĂ©ral

L’insurrection de la CCAT, Ă©manation de l’Union CalĂ©donienne, a sans doute dĂ©cillĂ© les yeux de nombre de responsables politiques, quant Ă  la nĂ©cessitĂ©, non seulement de reconstruire bien Ă©videmment, mais surtout de se donner les moyens politiques de cette reconstruction. Or, et les uns et les autres n’ont cessĂ© de le rĂ©pĂ©ter et de le proclamer, il n’y a de reconstruction envisageable que si la Nouvelle-CalĂ©donie recouvre sa stabilitĂ© politique. Une tentative a Ă©tĂ© lancĂ©e aux municipales de mars dernier de proposer une union non-indĂ©pendantiste, mais elle n’a pas concernĂ© toutes les communes. En revanche pour les provinciales, cette union a Ă©tĂ© possible et, on l’a vu, a remportĂ© un succès d’ampleur notamment en province Sud ou est concentrĂ© l’essentiel de la richesse et la quasi-totalitĂ© de la population. C’est le succès de cette union, face Ă  la dĂ©sunion et Ă  l’éparpillement des indĂ©pendantistes, causes d’inefficacitĂ©, qui a convaincu l’Éveil OcĂ©anien d’intĂ©grer cet  « accord de gouvernance ». La base de l’accord est essentiellement Ă©conomique et sociale, mĂªme si au sujet de l’institutionnel les Loyalistes et le Rassemblement, tout comme l’Éveil OcĂ©anien, ont signĂ© Bougival ainsi que l’accord ÉlysĂ©e-Oudinot ; les divergences entre les uns et les autres, et il y en a, sont surtout des divergences d’approche. Et puis ce qui rapproche les uns et les autres, c’est la conscience partagĂ©e non seulement de l’urgence Ă  agir, mais de la manière dont il faut s’attaquer Ă  ces dossiers Ă©conomiques et sociaux. « On a atterri sur un principe assez simple, a convenu Milakulo Tukumuli, pour rĂ©partir de la richesse, il faut la crĂ©er, on ne peut pas rĂ©partir quelque chose qu’on ne crĂ©e pas et donc on ne peut avoir une Ă©conomie stable dans un pays fracturĂ©â€¯Â». L’Éveil OcĂ©anien veut une meilleure rĂ©partition des richesses, Loyalistes et Rassemblement prĂ´nent la crĂ©ation de richesse, il y avait donc un terrain d’entente possible. Et c’est ce terrain qui a Ă©tĂ© trouvĂ©.

Pouvait-il en Ăªtre autrement ? En clair, une alliance entre l’Éveil, et sa conscience de gauche, et les indĂ©pendantistes Ă©tait-elle possible ? D’abord si c’était possiblement le souhait des dirigeants du parti, ça ne l’était sans doute pas de la base et de l’électorat de l’Éveil OcĂ©anien. Ensuite, l’État dans lequel se trouve actuellement le camp indĂ©pendantiste qui, d’une certaine manière, est une victime collatĂ©rale de l’insurrection, n’incitait visiblement pas l’EO Ă  un tel partenariat. Ce qui est sĂ»r en revanche, c’est que l’Éveil OcĂ©anien ne pouvait rester inactif sauf Ă  ne pas compter et en quelque sorte Ă  disparaĂ®tre. Si en 2029, l’Éveil OcĂ©anien pouvait choisir un coup l’un, un coup l’autre, il en est tout autrement en 2026 ou la survie politique de l’Éveil passe inĂ©vitablement par une alliance, un partenariat, un « accord de gouvernance ». C’est une autre façon dâ€™Ăªtre « faiseur de roi » !

Une majoritĂ© de 5 ans ?

L’ambition est bien sĂ»r que cette nouvelle alliance dure le temps de la mandature. Et mĂªme si les exemples du passĂ© nous poussent Ă  la mĂ©fiance et Ă  la prudence, il y a peut-Ăªtre un chemin pour que cette fois, ça marche. D’abord il y a l’ampleur de la tĂ¢che de la reconstruction qui va rĂ©clamer non seulement de la cohĂ©rence et de la stabilitĂ©, mais aussi et surtout de la bonne volontĂ© et du courage. Ensuite parce que l’on sait ce qu’il faut faire, notamment en matière sociale, on peut donc imaginer que cette majoritĂ© de gestion, si elle s’y prend bien, parvienne en effet Ă  remettre le pays sur les rails. Dans le mĂªme temps, cette mandature ne devrait pas Ăªtre perturbĂ©e par des Ă©lections, si ce n’est les prĂ©sidentielles l’an prochain et les lĂ©gislatives qui suivront Ă  coup sĂ»r. Cette majoritĂ© ne devrait donc pas Ăªtre perturbĂ©e, divisĂ©e ni torturĂ©e par des choix Ă©lectoraux. Et puis enfin, il y a l’attente forte des CalĂ©doniens qu’on les sorte du bourbier dans lequel la CCAT les a prĂ©cipitĂ©s et qui comptent sur leur classe politique un peu renouvelĂ©e, relĂ©gitimĂ©e et peut-Ăªtre enfin rĂ©unie, pour y parvenir.

Nicolas Vignoles

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