« Les assureurs ont intérêt à clôturer leurs dossiers le plus rapidement possible »

Jean-Michel Calba est le directeur général de Groupama-Gan Pacifique et le président du Cosoda, le Comité des sociétés d’assurance de Nouvelle-Calédonie. Quel est l’état des lieux des remboursements, comment se porte le secteur des assurances et quelles sont les restrictions des garanties à ce jour, deux ans après les émeutes : Jean-Michel Calba répond sans langue de bois à toutes ces questions. Un entretien édifiant sur le coût réel des émeutes.

La Voix du Caillou : Presque deux ans après les émeutes, quels ont été les problèmes les plus fréquents rencontrés par les assureurs, et ceux auxquels on aurait peut-être pu le moins s’attendre ?

Jean-Michel Calba : Ce qui a le plus marqué les assureurs, c’est bien sûr l’ampleur des dégâts : nous avons dû gérer plus de 3 600 sinistres avec à la clé une destruction massive d’entreprises et des expertises d’une complexité jamais vue jusqu’ici en Nouvelle-Calédonie. L’accès aux sites n’a le plus souvent pas été possible avant plusieurs mois. Il a fallu évaluer le préjudice en termes de valeur de bâtiment, de matériel et de stocks de marchandises ainsi que des pertes d’exploitation, et ce pour plus de 500 entreprises. Les dossiers liés à la reconstruction sont longs par essence. Leur complexité est accrue, par exemple, par les situations de copropriété, lorsque certains veulent rebâtir et d’autres non. L’autre sujet – et on peut le comprendre, concerne les hésitations des propriétaires : reconstruire ou pas ? Décision a été prise l’année dernière de prolonger d’un an le délai pour la reconstruction, qui est désormais de trois ans pour les sinistres liés aux émeutes, en raison des nombreux freins rencontrés, pour certains toujours existants : les délais d’expertise, ceux concernant l’acheminement des matériaux, les capacités actuelles du territoire à rebâtir et le marasme institutionnel qui impacte négativement les décisions des sinistrés. Ce qu’il importe toutefois de savoir, c’est que le choix de ne pas reconstruire ferme la porte au versement de la « valeur à neuf », qui compense jusqu’à 25% la vétusté des bâtiments. Enfin, certains assurés hésitent à reprendre leur activité, ce qui présente un frein à l’indemnisation des pertes d’exploitation. De nombreux chefs d’entreprises se trouvent actuellement dans cette situation, en raison d’un manque de confiance en l’avenir.

LVDC : Quel est aujourd’hui l’état des lieux des remboursements déjà effectués, et de ce qu’il reste à régler aux entreprises touchées par les émeutes ? Dans quels délais ?

JMC : 87% des sinistrés sont remboursés à aujourd’hui, de manière totale ou partielle – cette dernière étant en partie liée aux hésitations que j’évoquais précédemment. Cela représente la somme de 61 milliards de francs, dont 57 ont été fléchés vers les entreprises. Nous avons réglé 67% des dommages, il nous en reste donc 33% à rembourser en lien avec les hésitations à la reconstruction, la « valeur à neuf » qui est versée lorsque le bâtiment est entièrement achevé, ou des cas de litiges. Sur plus de 3 600 sinistres, 1 570 concernaient des véhicules incendiés ou volés qui ont été réglés à 97% dans les trois mois suivant les émeutes, pour un total de 3 milliards CFP. 80% des assurés sinistrés avaient reçu une première indemnité 7 mois après. En cas de reconstruction d’entreprise, le remboursement est généralement versé au fil des travaux ; si l’assuré décide de ne pas reconstruire, il est indemnisé en une fois. 280 dossiers, soit 8% du total des sinistres, seulement, concernent les dommages aux biens des particuliers pour une somme de 2 milliards de francs environ. La charge totale des sinistres liés aux émeutes est de 107 milliards de francs, dommages aux biens et pertes d’exploitation confondus, alors que le total des cotisations d’assurances de la Nouvelle-Calédonie, toutes compagnies confondues, était de 22 milliards à fin 2023. Cela veut dire qu’environ vingt années de résultat net pour les compagnies d’assurance du territoire ont été balayées en quelques semaines.

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Légende photo : Jean-Michel Calba, le directeur général de Groupama-Gan Pacifique et président du Cosoda de Nouvelle-Calédonie.

Des propos recueillis par Isabelle Peltier

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