C’est un secteur automobile calédonien profondément fragilisé qui apparaît aujourd’hui. Sur le terrain, l’enjeu est désormais de préserver l’activité, les emplois et la relation avec la clientèle, dans l’attente d’un environnement politique et économique plus lisible. Regards croisés de Frédéric Posez, directeur général du groupe CPH — BMW, Citroën, Peugeot, Subaru, Mercedes-Benz notamment —, et de Jérémie Laroque, directeur général du groupe Gladius, distributeur de Toyota et Honda.
Le marché automobile calédonien traverse une phase de forte tension. Les ventes ont décroché, les marges sont sous pression, les crédits passent moins facilement et les entreprises repoussent leurs achats. Dans ce contexte, les concessionnaires évoluent sous contrainte.
Les deux groupes relèvent bien un lĂ©ger rebond depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, sans pour autant y voir, Ă ce stade, les signes d’un vĂ©ritable redĂ©marrage. Surtout, aucun des deux dirigeants ne considère cette amĂ©lioration comme solidement installĂ©e. Tous deux pointent au contraire le manque de visibilitĂ© qui continue de freiner les dĂ©cisions d’achat. Chez Toyota, JĂ©rĂ©mie Laroque souligne que l’incertitude institutionnelle n’incite pas les mĂ©nages Ă investir. MĂŞme constat chez CPH, oĂą FrĂ©dĂ©ric Posez dĂ©crit une activitĂ© gĂ©rĂ©e « au mois le mois, pour ne pas dire Ă la semaine », rĂ©vĂ©latrice d’un pilotage de trĂ©sorerie extrĂŞmement tendu.
Au fond, les deux dirigeants décrivent la même réalité : des entreprises moins tournées vers le développement que vers la préservation. Préserver les équipes, préserver la trésorerie, préserver la clientèle, pour éviter que la crise conjoncturelle ne se transforme en affaiblissement irréversible.
Un marché du neuf divisé par deux
La DITTT a enregistré 8 564 nouvelles immatriculations de véhicules neufs, toutes marques confondues, en 2023. Le chiffre est tombé à 4 094 en 2024, puis à 3 809 en 2025. Le constat est sans ambiguïté : le marché automobile calédonien reste très loin de ses niveaux d’avant-crise. En deux ans, il a été divisé par deux. Les chiffres des concessionnaires confirment cette dégradation. Toyota indique ainsi être passé d’environ 1 800 véhicules neufs vendus en 2023 à moins de 600 en 2025.
Si janvier et février sont des mois historiquement creux pour les ventes automobiles en Nouvelle-Calédonie, les deux groupes relèvent malgré tout un frémissement en ce début d’année. Toyota évoque un rebond de 40 % au premier trimestre 2026 par rapport au premier trimestre 2025. CPH observe lui aussi un léger mieux, qu’il juge toutefois minime. Cette reprise reste en effet trop faible pour permettre au groupe de retrouver son seuil d’équilibre. « Sur le premier trimestre, on compte 400 voitures neuves vendues par mois sur le marché, contre 250 à la même période en 2025. Pour cesser de perdre de l’argent, il aurait fallu au moins 500 ventes mensuelles sur la période », précise Frédéric Posez. En clair, le marché remonte légèrement, mais depuis un niveau si bas que cette progression ne change pas la donne. Connectez vous pour y accéder !Ce contenu est réservé aux abonnés.
Légende photo : Le groupe CPH au Village automobile. ©ILR
Ide de La Rochebrochard


