Après cinq semaines de blocages des aérodromes des îles par des collectifs d’usagers, Air Calédonie est sur le point d’effectuer la demande d’une procédure collective au tribunal du commerce. La compagnie domestique espère pouvoir rebondir après une période de restructuration. Le point avec son directeur général, Daniel Houmbouy.
Quelle est actuellement la situation financière d’Air Calédonie après cinq semaines de blocage ? La compagnie a-t-elle consommé sa trésorerie de 360 millions, comme vous l’aviez annoncé au début des blocages ?
Nous sommes en effet arrivés comme prévu au bout de notre trésorerie : c’est ce qui a été constaté par le conseil d’administration qui s’est tenu le 27 mars dernier, après déjà quatre semaines de blocages. Nous sommes actuellement en cessation de paiement et disposons de 45 jours pour déposer le bilan. Nous avons placé la moitié de nos effectifs en chômage partiel le 17 mars, et ce sont aujourd’hui tous nos personnels qui bénéficient de l’allocation de maintien dans l’emploi, de manière totale ou dégradée – en fonction de leur niveau d’activité.
La reprise de la desserte de l’île des Pins il y a une dizaine de jours a-t-elle changé quelque chose à la donne, en termes de recettes ?
Cette reprise est bien sûr importante : elle représente trois vols par semaine, soit une journée de trafic. Mais elle est aussi largement insuffisante pour impacter favorablement nos besoins en trafic. Nous poursuivons notre programme de vols à destination de Port-Vila, deux fois par semaine. En revanche la desserte domestique du Vanuatu, avec les vols Port-Vila-Santo et Port-Vila-Tanna se sont arrêtés, car l’avion que nous remplacions est arrivé au bout de sa période de maintenance.
Si d’aventure la situation venait à se débloquer, quelle serait la signification pour la compagnie ? Les comptes pourraient-ils revenir à l’équilibre ?
Non, ce n’est pas possible. Nous avions travaillé sur une hypothèse de trafic de 220 000 passagers pour cette année, un chiffre en-deçà du seuil de rentabilité, qui est d’au moins 300 000 passagers par an. Avec ce prévisionnel, il restait un déficit de 500 millions à combler par le gouvernement. Depuis le début des blocages, nous avons perdu 10 millions de chiffre d’affaires par jour, il y a donc encore au moins 300 millions supplémentaires à trouver pour équilibrer nos comptes. C’était le sens de la commission plénière qui s’est tenue au Congrès la semaine dernière : peser les conséquences économiques et sanitaires des blocages, et tenter de trouver des solutions.
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Légende : Daniel Houmbouy est le directeur général d’Air Calédonie depuis 2023. ©Air Calédonie.
Propos recueillis par Isabelle Peltier



