Municipales 2026 : des élections choc

Ce second tour des élections municipales aura réservé bien des surprises, amené une grande dose de changements et apporté néanmoins des confirmations.

1 – Une participation en légère hausse

Pour ce second tour, la participation s’établit à 58,86%, soit un peu plus de 2 points de plus que le 15 mars dernier, au premier tour. Une plus forte participation dans 24 des 25 communes qui étaient en lice, ce qui se situe dans une tradition démocratique qui veut que les électeurs se mobilisent davantage pour le second que pour le premier tour. A Nouméa, en revanche, la participation s’établit à un peu plus de 47 %, soit un point de moins que le 15 mars. Les Nouméens, considérant le score obtenu par Sonia Lagarde au premier tour, ont probablement jugé que les résultats étaient acquis et se sont moins mobilisés.

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2 – Nouméa, Austerlitz

Sonia Lagarde est réélue pour un troisième mandat. Le résultat ne faisait guère d’issue, ayant manqué la réélection dès le premier tour pour huit voix seulement. Mais la victoire de la maire sortante au second tour est plus éclatante encore. Si la participation à Nouméa a été une des plus faibles de Calédonie avec 52,47%, c’est bien le camp Lagarde qui a le plus mobilisé. La maire sortante a bénéficié à la fois des abstentionnistes de son camp qui, pour la plupart persuadés qu’elle serait réélue dès le 15 mars ne s’étaient pas déplacés, et qui se sont mobilisés ce dimanche pour parachever l’œuvre, mais aussi d’un grand nombre d’électeurs de Virginie Ruffenach qui pour ce second tour et, perdu pour perdu, ont sans doute préféré « voter utile ». La candidate du Rassemblement, qui perd près de 1000 voix entre les deux tours, est talonnée par Philippe Dunoyer qui améliore son score du premier tour en bénéficiant, en dépit de ses dénégations, d’un net apport de voix des listes indépendantistes battues dès le 15 mars.

3 – L’agglo est Loyaliste

Dumbéa, Mont-Dore, Païta, les candidats soutenus par les Loyalistes l’emportent largement. La palme revient à Cynthia Jan, dont personne n’avait prédit la victoire, et qui créé finalement une vraie grande surprise politique. D’autant que le résultat est sans appel, elle l’emporte avec 3 347 voix d’avance sur le maire sortant Yoann Lecourieux qui subit une franche défaite. Au Mont-Dore, Nina Julié, dont on prévoyait la victoire dès le 15 mars, est donc la nouvelle maire, s’imposant avec 1 363 voix d’avance sur la maire sortante Elizabeth Rivière. Cette dernière n’a pas réussi à mobiliser les abstentionnistes du premier tour. Et, de plus, son électorat traditionnel n’a peut-être pas apprécié les soutiens émanant de Calédonie ensemble, par Annie Qaeze ou encore par Philippe Gomès.

La dernière surprise vient de Païta où Antoine Romain l’emporte, alors que ses résultats du premier tour laissaient encore toutes ses chances à Milakulo Tukumuli. Le président de l’Éveil océanien s’incline de 1000 voix. Antoine Romain aura donc mobilisé, y compris au sein de la communauté wallisienne et futunienne, alors que le maintien de la candidature de Patrick Greppo, dissident du Rassemblement, pouvait l’handicaper. En tout état de cause, ces municipales ont confirmé l’ancrage fort des trois communes de l’agglomération dans le camp non-indépendantiste, appartenance revendiquée clairement par les trois vainqueurs qui, durant la campagne, ont également confirmé leur soutien fort à Bougival et à ses accords complémentaires.

Antoine Romain a réussi son pari en s’emparant de la mairie de Païta. Photo Païta j’y crois

4 – Les changements se ramassent à la pelle

Lors de ces élections municipales, il ne faisait pas bon être maire sortant. 14 maires qui se représentaient ont été battus, ainsi chez les indépendantistes : Gilbert Tyuienon à Canala, Henriette Tidjine-Hmaé à Poum, Thierry Gowécée à Koné, Florentin Dédane à Pouébo, Prisca Holéro à Sarraméa, Alphonse Poinine à Touho, Evelyne Goro-Atu à Poya, Maryline Sinewami à Maré, et chez les non-indépendantistes Christophe Vakié à l’île des Pins, Wilfrid Weiss à Koumac, Alcide Ponga à Kouaoua, Florence Rolland à La Foa, Yoann Lecourieux à Dumbéa et Elizabeth Rivière au Mont-Dore. Inversement, onze maires ont été réélus : Albert Wahoulo à Belep, Maurice Tilewa à Ouvéa, Pascal Sawa à Houaïlou, Alain Levant à Kaala-Gomen, Barnabé Pebou-Hamene à Ouégoua, Paul Neaoutyine à Poindimié, Yann Peraldi à Pouembout, Joël Boatate-Kolekole à Voh, Pascal Vittori à Boulouparis, Léon-Joseph Peyronnet à Moindou et Sonia Lagarde à Nouméa. Dans les communes de Lifou, Hienghène, Ponérihouen, Thio, Yaté, Farino, les maires sortants ne se représentaient pas.

5 – Effets 13 mai et Bougival

Ces élections municipales avaient été présentées comme étant très politiques. Elles l’ont été. Indéniablement, les effets de la crise économique et sociale consécutive aux émeutes CCAT du 13 mai 2024 ont pesé dans le choix des électeurs. Confrontés au chômage et à la perte de revenus, nombre d’électeurs ont fait le choix d’une autre gestion municipale, davantage tournée vers le quotidien que vers l’avenir institutionnel. C’est le cas notable de certaines communes minières, ainsi Canala, Thio ou Koné. Dans ce contexte, l’UC-FLNKS maintient une bonne implantation locale certes, mais ne remporte pas le succès espéré, loin s’en faut. La perte de Canala, Poum, Koné, Pouébo, Thio est particulièrement significatif. Lors de ces municipales, les espoirs de l’UC-FLNKS de renouveler le score des élections législatives ont été vains. C’est d’autant plus significatif que le FLNKS avait fait de ces municipales, à l’appel de son président Christian Tein, une sorte de vitrine pour marquer le rejet massif de Bougival par le Front. Un appel qui s’inscrivait notamment ce dans la perspective de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle. Cette « politisation institutionnelle » d’un scrutin local et de proximité, n’a clairement pas du tout fonctionné.

C’est d’ailleurs ce que soulignent les Loyalistes dans un communiqué. « Les électeurs, écrivent-ils, ont massivement plébiscité le camp pro-Bougival et marquent l’effondrement du logiciel radical de l’Union calédonienne (UC) et du FLNKS-CCAT. Ce scrutin acte la fin de l’ambiguïté et impose un mandat impératif à l’État : la mise en œuvre immédiate et intégrale de l’accord de Bougival. Au niveau de la Nouvelle-Calédonie, plus de 2 électeurs sur 3 se sont exprimés en faveur de listes municipales soutenant l’accord de Bougival ». Les Loyalistes soulignent le score de l’UNI qui, disent-ils, « voit d’ailleurs son ancrage se renforcer partout sur le territoire et notamment en prenant la tête de sept communes, contre cinq auparavant ». Pour les Loyalistes, « le message des urnes est sans appel : la légitimité démocratique est désormais du côté de ceux qui construisent l’avenir dans la France. Ce scrutin constitue une validation populaire de l’accord de Bougival qui doit désormais être traduit sans délai au Parlement ».

6 – Une troisième voix en panne

L’impression du premier tour s’est confirmée au second, les tenants de la troisième ou nouvelle voix ont vu leurs espoirs être douchés dans les urnes. Les candidats opposés aux Loyalistes, et prônant la conclusion d’un consensus obligatoire avec l’UC-FLNKS-CCAT, ont été battus – ainsi Yoann Lecourieux à Dumbéa – ou n’ont dû leur élection qu’au soutien justement des électeurs UC-FLNKS. C’est le cas notable de Patrick Robelin à Bourail, de Stevens Kaouda à La Foa, mais aussi de Jo Peyronnet au sein de son conseil municipal à Moindou, dont se félicite d’ailleurs Philippe Gomès dans un post Facebook. Ce fait est d’autant plus visible que, parallèlement, des listes se présentant comme citoyennes, apolitiques, sans étiquette ou de la société civile ont remporté des victoires ou engrangé des résultats notables. A ce titre, les élections de Mike Samadi à Koné, devant l’UNI et l’UC-FLNKS, et de Téva Puahio à Thio sont significatives, de même que le score de Patrick Watanabé à Poindimié. Le célèbre boucher a bien failli ravir la mairie à Paul Neaoutyione. Il ne lui a manqué qu’une centaine de voix.

Il a manqué une centaine de voix à Patrick Watanabe pour faire “chuter” Paul Neaoutyine. Photo DR.

A contrario, chez les non-indépendantistes, le constat qui s’impose au sortir de ces élections est que seule l’union paye. C’était le cas remarquable à Dumbéa, où la liste Loyalistes-Rassemblement s’est largement imposée. Et dans ce contexte de désunion, les candidatures « supplémentaires » du Rassemblement ont causé la perte du mouvement qui ne dispose plus d’aucune mairie. A ce titre, la défaite du parti dans son fief du Mont-Dore est retentissante.

Déception également pour l’Eveil océanien. Le mouvement présentait des listes notamment dans l’agglomération, conduites par les quatre leaders du mouvement : Milakulo Tukumili à Païta, Veylma Falaeo avec Philippe Dunoyer à Nouméa, Petelo Sao au Mont-Dore et Vaimu’a Muliava à Dumbéa. Ce dernier fait moins de voix au second qu’au premier tour, Petelo Sao avait été éliminé dès le premier tour et le président du parti ne concrétise pas ses espoirs à Païta alors que son élection était fortement envisagée par les observateurs. Sans doute le positionnement politique du parti, mais aussi les conséquences des émeutes qui frappent durement la communauté, ont eu des incidences sur le choix de l’électorat wallisien et futunien.

N.V.

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