La moitié du personnel de la compagnie domestique est depuis lundi au chômage partiel. Une mesure destinée à préserver la trésorerie de la compagnie, mise à mal par déjà plus de deux semaines de blocages.
Avec des avions toujours cloués au sol depuis le transfert d’Air Calédonie à Tontouta le 2 mars dernier et une activité presque totalement à l’arrêt, la compagnie domestique s’est résolue à placer lundi dernier la moitié de son personnel au chômage partiel. « Cela fait partie des leviers que nous actionnons pour préserver notre trésorerie », explique la direction d’Aircal. Une trésorerie d’un peu plus de 350 millions de francs, qui s’amenuise de jour en jour et doit permettre à la compagnie de tenir quatre semaines – soit jusqu’au début du mois d’avril. « Avec ces blocages qui perdurent, nous sommes sans rentrées d’argent. Chaque jour qui passe nous rapproche d’une situation critique et les emplois salariés sont bien évidemment menacés », précise encore la direction.
Les vols sur Port-Vila toujours opérés
Le contexte menace aussi l’économie des îles Loyauté et de l’île des Pins, où les structures touristiques sont mises à mal. De son côté la compagnie domestique continue d’opérer ses vols sur Port-Vila depuis Tontouta. Le call center est aussi en activité, avec des clients qui demandent des reports ou des remboursements, voire qui réservent pour les mois de mai ou juin – toujours selon la direction. Ces segments d’activité n’ont pas été touchés par les mesures de chômage partiel. Aircal reste en contact régulier avec l’ensemble des institutions, en particulier avec le gouvernement. L’exécutif maintient de son côté le dialogue avec les collectifs d’usagers et de coutumiers à l’origine des blocages. La semaine dernière, une réunion s’est tenue entre le collectif des usagers de l’Ile des Pins et le cabinet du président du gouvernement Alcide Ponga, en charge du dossier. La discussion aurait été constructive ; un recours à la province Sud – dont fait partie l’île des Pins, aurait été invoqué.
Pas de levée des blocages à l’horizon
En revanche, la levée des blocages n’est pas à l’ordre du jour : « Quand le gouvernement est venu nous voir pour discuter du transfert d’Air Calédonie, tout le monde lui a dit non. Le déménagement de Magenta à Tontouta s’est fait quand même. Nous, on avait prévenu qu’on allait bloquer. On n’est pas contre Aircal, mais on est contre Tontouta », affirme Alexis Douepere, membre du collectif de l’île des Pins. L’ensemble des protestataires continue de mettre en avant des billets plus chers et un temps de trajet plus élevé. Le président du gouvernement Alcide Ponga avait quant à lui soulevé la réalisation de 500 millions d’économies annuelles pour la compagnie, condition sine qua non selon lui pour la sauver. Air Calédonie insiste également sur une plus grande flexibilité horaire avec un temps de fermeture de nuit limité à quelques heures à Tontouta, sur la longueur adaptée des pistes – qui permettra de remplir les avions – et sur la cooopération et la mutualisation des outils techniques avec Aircalin.
« Un gain d’efficacité à Tontouta »
« Nous sommes à Tontouta dans un environnement plus standardisé, qui nous permet de gagner en efficacité », estime la direction. Le fret en provenance et à destination des îles reste pour l’instant à Magenta, « et sera maintenu sur le Grand Nouméa ». Aircal précise encore que le transport sur Nouméa sera facilité par la mise en place de navettes. La compagnie domestique a proposé des promotions au départ de Tontouta, et confirme « avoir réalisé autant de ventes qu’avant lorsqu’on partait encore de Magenta, avec toujours 40% de vols sur Lifou, ce qui est cohérent avec nos chiffres habituels ». La preuve, analyse la direction, que la clientèle pour les îles est toujours au rendez-vous, même au départ de Tontouta. Le président du gouvernement a quant à lui fait savoir qu’il ne souhaitait pas s’exprimer sur le dossier à ce stade.
Un déménagement politisé ?
La semaine dernière, les trois membres Union Calédonienne du gouvernement Gilbert Tyuienon, Mickaël Forrest et Samuel Hnepeune ont rédigé un communiqué demandant au président du gouvernement Alcide Ponga de « revenir sur sa décision en acceptant de différer le transfert du transport domestique sur Tontouta, le temps de réunir plus de conditions qui permettront à terme, de rendre ce transfert plus acceptable pour nos concitoyens des îles ». Ils ont encore réclamé une aide financière à destination d’Air Calédonie ainsi que la mise en place d’un groupe de travail transversal sur l’organisation de l’aérien. Un peu plus tôt, deux élus de l’UC-FLNKS et Nationalistes, Omayra Naisseline et Pierre-Chanel Tutugoro, et une élue UNI, Inès Kouathé, avaient déposé sur le bureau du Congrès une proposition de vœu « demandant le maintien des vols domestiques d’Air Calédonie à l’aéroport de Nouméa-Magenta ».
Légende : Air Calédonie bénéficie à Tontouta d’un gain en efficacité, selon la direction de la compagnie.
I.P.



