La CMI muscle sa flotte avec un nouveau navire de fret

La Compagnie maritime des îles (CMI) s’apprête à recevoir un nouveau navire de fret, le Karaka, dont la livraison est prévue pour décembre 2025. De quoi « sécuriser et renforcer la desserte vers les îles », tout en permettant « la reprise d’une desserte du Vanuatu », assure Thomas Quiros, directeur général de la CMI.

Le ravitaillement des îles Loyauté et de l’île des Pins va connaître un renfort significatif dès décembre. La Compagnie maritime des îles (CMI), unique opérateur à assurer le cabotage vers ces destinations, va mettre en service un second navire, le Karaka, en plus de l’Isan qui opère aujourd’hui seul cette mission.

« Il fallait sécuriser la desserte »

Avec environ 70 salariés, la CMI gère depuis trente ans le cabotage de la Nouvelle-Calédonie vers les îles Loyauté et l’île des Pins. Depuis presque deux ans, elle est le seul acteur sur le marché, les deux autres compagnies en activité – la Société de transports des îles (Stiles) et Transweb – ayant été liquidées en 2023. En « monopole de fait » depuis, la CMI assure seule l’ensemble des rotations avec un seul navire, l’Isan, un landing craft long de 64 mètres, capable de transporter jusqu’à 1 400 tonnes de fret et de carburant. Celui-ci dessert chaque semaine Lifou et Maré et, une semaine sur deux, Ouvéa ou l’île des Pins.  « Nous avons pu jusqu’ici assurer 99 % de nos rotations sans problème avec un seul navire, mais il fallait sécuriser la desserte », explique le directeur de la CMI, Thomas Quiros, qui pense notamment aux phases de carénages. D’où l’investissement dans un nouveau bâtiment, le Karaka, pour un montant de 900 millions de francs, financés sur fonds privés et par la défiscalisation nationale.

Le Karaka : 500 tonnes de fret supplémentaires

Commandé en novembre 2024 par la Compagnie maritime des îles, le Karaka s’apprête  à rejoindre les eaux calédoniennes. Il a été construit sur le même modèle que l’Isan, mais avec des améliorations notables, précise Thomas Quiros. Long de 68 mètres, il pourra transporter 1 900 tonnes de fret et de carburant, soit  30 % de capacité en plus que l’Isan. Il bénéficie également de nombreuses améliorations techniques, notamment en termes d’anti-pollution. Fabriqué dans le même chantier en Malaisie que l’Isan, le navire a été mis à l’eau le 20 septembre dernier et passera par une série d’essais à la mer avant sa certification définitive. Son arrivée en Nouvelle-Calédonie est prévue pour décembre. De quoi offrir aux populations insulaires ce que Thomas Quiros décrit comme un « cadeau de Noël ».

« Doubler le nombre de rotations sur les îles »

Avec deux navires opérationnels à partir de décembre, la CMI estime pouvoir « doubler le nombre de rotations sur les îles ». Chacun d’eux assurera une desserte régulière de Maré et Lifou, tandis qu’un navire sera affecté chaque semaine à Ouvéa et l’autre à l’île des Pins. Certes, le fret a reculé de 20 % sur les îles depuis les émeutes, mais Thomas Quiros en est convaincu : l’augmentation de l’offre de transport de marchandises va favoriser le développement économique des îles. « La régularité et l’augmentation du nombre de rotations vont accroître les échanges commerciaux », explique-t-il. « Et il ne faut pas négliger l’ouverture de la ligne vers le Vanuatu », ajoute-t-il, synonyme d’activité supplémentaire. Une ligne internationale que la CMI connaît pour l’avoir déjà opérée par le passé, et qui répond à la demande des gouvernements calédonien et vanuatais de renforcer les échanges commerciaux régionaux. « Suite au tremblement de terre au Vanuatu, les Vanuatais sont très demandeurs de se rapprocher de leurs voisins, et nous, en Calédonie, suite à la crise de mai 2024 et à la crise du BTP, beaucoup d’entreprises locales souhaitent aussi s’exporter et augmenter les échanges. On va leur fournir l’outil », précise Thomas Quiros. À partir du mois de janvier, une fois par mois, un des deux navires, l’Isan ou le Karaka, assurera une rotation vers l’archipel vanuatais. De quoi offrir de nouvelles opportunités aux entreprises locales, à la recherche de nouveaux débouchés, et potentiellement compenser les pertes de la CMI liées à la baisse du fret depuis les émeutes de mai 2024.

Le Karaka est donc sur le point d’ouvrir une nouvelle ère pour la CMI. Il ne lui reste plus qu’à régler un dernier « détail » avant de concrétiser ce projet : trouver une place au port autonome.


Des emplois en plus

Le renforcement de la flotte de la CMI s’accompagne également d’un impact direct sur l’emploi. La CMI a déjà recruté 20 personnes pour répondre aux besoins liés à l’Isan. L’arrivée du Karaka permettra de les conforter. L’ouverture de la ligne internationale vers le Vanuatu permettra, elle, de créer 7 postes supplémentaires.


Le Havannah 2, repoussé mais pas abandonné

Quant au projet du Havannah 2, un ferry mixte fret et passager que la CMI prévoyait de faire construire et de mettre en service vers les îles, il a été mis en suspend depuis les émeutes. «  Avec l’économie actuelle, il n’est plus viable. Mais ce n’est qu’un stand-by. Si la situation économique redevient favorable, nous pourrons relancer ce projet », précise Thomas Quiros, le directeur général de la CMI, qui s’était même rendu à Singapour quelques jours avant les émeutes pour signer le contrat, avant d’y renoncer. Début 2024, Jacques Lalié, alors président de la province des Iles, avait en tête d’utiliser ce bateau, opéré par le privé, pour remplacer le Betico 2, au grand dam de sa société gestionnaire, la Sudiles. Mais depuis, le projet est resté lettre morte. Et le projet d’un Betico 3 qui remplacerait l’actuel Betico 2 refait surface, mais sans faire appel à une délégation de service privé. Ce qui n’a pas empêché la CMI de prendre les devants. « On a fait des études pour un bateau de desserte de passagers, sous délégation de service public, qui coûterait moins cher que le Betico 3.  Et à trois reprises, on a fait des propositions ». Mais pour l’heure, les collectivités n’ont pas donné suite.


Béryl Ziegler

Légende : Construit en Malaisie, le Karaka sera mis en service en décembre et viendra doubler les capacités de cabotage de la CMI. (Photo CMI)

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