La vie est merveilleuse quand on a 17 ans et qu’on est Ă©lue miss. Et le sourire de Lana illumine toute la CalĂ©donie, mais hĂ©las sans doute pas aussi fort que l’incendie de Jean XXIII dans la nuit de PaĂ¯ta. On est ainsi passĂ© dans la mĂªme soirĂ©e de la joie d’une flamboyante et populaire soirĂ©e d’élection, Ă l’apprĂ©hension d’une dĂ©linquance incomprĂ©hensible aux lourdes consĂ©quences et toujours le fait d’une jeunesse pour laquelle il n’y a plus rien Ă faire. Du meilleur au pire, de l’avenir au dĂ©sespoir, de la joie Ă l’angoisse, cet Ă©pouvantable va-et-vient auquel la Nouvelle-CalĂ©donie est sans cesse confrontĂ©e. Le feu, « la seule chose qui fasse peur au grand rayé » comme dit Kipling dans Le Livre de la jungle, et par lequel nos dĂ©linquants expriment leur « colère », selon certains, dans une sorte de rituel et presqu’un passage initiatique. Il y a sans doute plus de bĂªtise que de colère dans ces passages Ă l’acte que d’aucuns voudraient Ă©riger en geste politique. Les incendies, les feux, ce drame Ă©cologique et humain qui foudroie la France, Bordeaux s’affole encerclĂ© par les flammes, les maisons qui s’embrasent et les pauvres gens Ă qui par milliers, il est ordonnĂ© de fuir et de tout abandonner. C’est ainsi le monde, et voilĂ pourquoi, pendant que la France brĂ»le, j’attends que mes larmes viennent.
Lucien Lacombe



