Il existe un humour calédonien, il est fait d’images, de mots particuliers et de l’art assumé de la répartie. Il est vif, il est acerbe, il est moqueur. Car les Calédoniens, et donc les électeurs, apprécient la moquerie, ils en usent parfois, y compris en politique, au détriment de leurs adversaires. Jacques Lafleur maniait la moquerie avec talent, faisant rire son auditoire, et certains comme Roch Wamytan s’en souviennent. Mais il n’y a eu qu’un Jacques Lafleur. Les Calédoniens sont moqueurs, mais ils n’aiment pas l’insulte, l’agressivité ni la méchanceté, ça n’est pas eux, ça ne leur correspond en rien, et c’est bien les méconnaître que d’en user ainsi, surtout en politique. L’insulte, l’agressivité et la méchanceté, ça fâche les gens, et tout le monde sait qu’en Calédonie, on évite la fâcherie autant que faire se peut, parce que l’on se connaît, parce que l’on est petit, parce que les enjeux sont trop grands, trop dangereux, trop risqués. Il s’avère que, dans cette campagne provinciale, certains agressifs ont fait usage, encore récemment à la radio, de l’insulte, et fait preuve de méchanceté. Je n’estime pas là que c’est une bonne stratégie, cela dénote davantage la crainte soudaine de ceux qui, affirmant et proclamant qu’ils allaient gagner, se demandent si finalement ils ne vont pas tout perdre, parce qu’ils ne sont pas à la hauteur de la période ni de ses exigences.
Nicolas Vignoles



