L’Arène du Sud de Païta était comble ce mercredi pour le dernier meeting de campagne des non-indépendantistes. Grosse ambiance pour soutenir la liste « Forts et Unis » des Loyalistes et du Rassemblement, conduite par Sonia Backes.
Drapeau tricolore et Marseillaise chantée, l’ambiance était à la France mercredi soir, où les 3 500 personnes présentes ont applaudi les cinquante colistiers et les orateurs qui se sont succédés au micro. Si la quasi-totalité des listes présentes en province Sud passent sous silence l’insurrection du 13 mai 2024, et omettent volontairement de désigner les vrais responsables, la liste non-indépendantiste assume ses choix et son positionnement, à commencer par l’hôte de cette soirée, Antoine Romain, le maire de Païta. Ce dernier a rappelé que dans les moments difficiles que les Calédoniens ont vécu, ces derniers n’ont « pas baissé les bras ». « Nous avons refusé de nous résigner. La Nouvelle-Calédonie est une terre de courage, de caractère, de pionniers, de bâtisseurs. Cette terre est le fruit de notre travail, de notre volonté, de notre passion. Et c’est exactement le sens de notre engagement », a-t-il déclaré.
Ce meeting de clôture a été l’occasion de poser le vrai débat de ces élections provinciales, au terme d’un mandat de sept ans marqué par la crise Covid, la crise nickel, la crise de l’usine du Sud et l’insurrection du 13 mai. Des crises au cours desquelles, selon Antoine Romain, « nous avons vu des élus agir sans relâche pour protéger, accompagner, sécuriser ».
Le débat reste celui de l’avenir, le 28 juin. « Il n’y aura que deux choix, celui de la clarté pour une Calédonie française ou celui de l’indépendance qu’elle soit immédiate ou différée », a ainsi lancé Virginie Ruffenach. Dans ce débat, il y a les indépendantistes divisés et un centre, cette fameuse 3e voie, qui prône le consensus général en dépit de ce que la Nouvelle-Calédonie a vécu et dont elle porte encore et toujours les stigmates. « Céder à la violence pour éviter d’autres violences, a expliqué Gil Brial, ce n’est pas de la sagesse, ça n’est pas du pragmatisme, ce n’est pas de la modération, c’est de la lâcheté. Une lâcheté politique, une lâcheté morale, une lâcheté historique. Le ni oui ni non, ce n’est pas une stratégie, c’est une capitulation annoncée. Face à une UC-CCAT déterminée et un état faible, la clarté protège la Nouvelle-Calédonie. Nous sommes cette clarté, nous sommes le dernier rempart contre l’indépendance, contre toute forme d’indépendance ».
Ni indépendantiste, ni centre mou
Pour les non-indépendantistes, voter pour la liste « Forts et Unis » ce dimanche, c’est d’abord s’opposer à l’indépendance radicale, celle du 13 mai qui a cherché dans la violence ce qu’elle a perdu dans les urnes. « Qu’il y ait des indépendantistes en Nouvelle-Calédonie, c’est normal, a déclaré Nicolas Metzdorf. Qu’il y ait des gens qui veulent que le pays devienne totalement souverain, c’est la démocratie, mais jamais dans la violence et dans le racisme ». Pour le député de la première circonscription, très applaudi lors de ce meeting, il ne faut pas battre le FLNKS parce qu’ils sont indépendantistes, mais surtout parce que leur liste est « la liste de la CCAT ». « Ce ne sont que les mecs de la CCAT, tous les mecs de la CCAT, tous les penseurs de ceux qui ont détruit notre pays et qui ont insufflé à la jeunesse kanak autant de radicalité et de racisme. Donc, eux, en fait, que le pays soit indépendant ou pas, ce sont des dangers. Et nous, on n’a pas envie de discuter ni de négocier avec des gens dangereux », a-t-il martelé.
Saluant l’union réalisée par les non-indépendantistes, Sonia Lagarde, elle aussi très applaudie par la foule nombreuse, « compte » évidemment sur Sonia Backes et sur l’ensemble des colistiers. Et face à cette union, la maire de Nouméa a évoqué ceux qui « veulent tous la victoire, ils veulent décrocher la timbale ». D’abord les indépendantistes qui partent divisés, mais « dont le discours n’a jamais varié, l’indépendance c’est leur fonds de commerce ». Sonia Lagarde évoque également « quelques pro-France, certains ont un penchant pour les extrêmes », mais surtout, « des regroupements de dernières heures, des sortes d’attelages hétéroclites », cette 3e voie où « des non-souverainistes composent avec des souverainistes ». Au sujet de ces listes, elle souligne que « dans leurs programmes, la France est passée aux oubliettes, mais enfin si elle peut continuer à nous protéger et surtout à payer beaucoup, c’est bien, c’est peut-être encore mieux sans le dire, il ne faut pas se froisser avec ceux avec qui on compose. Tout ça manque de clarté, ça consiste à avoir un pied dedans et l’autre dehors ». Et d’insister, « la politique, dit-elle, ça impose d’avoir une colonne vertébrale, on ne peut pas louvoyer, les convictions ça n’est pas comme les girouettes ».

Des choix de gestion
Mais ce qui était attendu bien sûr, c’est le discours de Sonia Backes. La tête de liste a tout d’abord tenu à mettre en avant les valeurs qui fondent son engagement et son combat. « Nous portons chevillés au corps et au cœur la défense de notre modèle de société, a-t-elle déclaré. Un modèle fondé sur l’ordre, le mérite et l’égalité ». Et elle a salué « la mémoire de ceux qui, avant nous, ont porté avec courage et détermination notre combat : Jacques Lafleur évidemment mais aussi Harold, Pierre, Simon, Dick Ukeiwë et beaucoup d’autres. Tous ont consacré une part de leur vie à défendre le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France ». Travail, mérite, égalité, Sonia Backes s’est alors adressée à tous ceux qui travaillent ou ont travaillé, qui payent des impôts, élève ses enfants, « cette classe moyenne calédonienne trop souvent oubliée », et qui, ajoute-t-elle, « a le sentiment de porter le pays sur ses épaules sans jamais être entendue ou accompagnée ». Parce que les choses « ont commencé à changer à la province Sud, Et elles continueront de changer au Congrès et au gouvernement si vous nous donnez une majorité pour le faire. Oui, vous pourrez compter sur notre inébranlable solidarité pour soutenir ceux qui font vivre la Nouvelle-Calédonie par leur travail, leur engagement et leurs efforts ».
Sonia Backes a également mis en avant son bilan. « Depuis sept ans, a-t-elle déclaré, nous avons fait ce choix : celui du sérieux, de la rigueur et de la responsabilité. Avant de distribuer la richesse, il faut la créer. Oui, certains nous ont reproché cette rigueur. Je l’assume pleinement ». Et d’insister entre autres sur la politique provinciale de santé qui permet à la province d’avoir des médecins à disposition et des dispensaires qui fonctionnent, mais aussi sur les transports, les aides aux entreprises, et aux jeunes. « Ces choix nous ont permis de tenir pendant que d’autres quémandaient l’argent de la France le matin et réclamaient l’indépendance le soir », a-t-elle affirmé en rendant notamment hommage à l’action des voisins vigilants pendant les émeutes et aux exclus du corps électoral. Et, en conclusion, elle a lancé une exhortation aux Calédoiens : « Dans quelques jours, l’élection sera terminée. Mais dans quelques années, nos enfants regarderont ce que nous avons fait de ce moment. Ils se demanderont si nous avons eu le courage de défendre ce que nous avions reçu en héritage. Si nous l’emportons dimanche, et si nous l’emportons largement, alors une nouvelle page s’ouvrira pour la Calédonie. Une nouvelle page pour construire cette Nouvelle-Calédonie française, libre et prospère que nous voulons pour nous, pour vous et pour nos enfants ».
Nicolas Vignoles
Ni regrets, ni remords
Concluant sa prise de parole, Sonia Backes a fait part des doutes qui parfois l’ont assailie, ou des regrets qu’elle a pu éprouver, mais elle a surtout insisté sur ce qu’elle ne regrette pas d’avoir fait. « J’ai douté parce que nous n’avons malheureusement pas tout réussi, a-t-elle ainsi déclaré. Je regrette que certains projets n’aient pas pu aboutir en raison des crises qui ont frappé notre pays. Je regrette aussi que certains de mes mots aient parfois dépassé ma pensée. Mais s’il est une chose que je ne regretterai jamais, c’est d’avoir défendu les Calédoniens lorsque je considérais qu’ils étaient injustement traités. Je ne regretterai jamais d’avoir dénoncé les insuffisances d’un État qui n’a pas su protéger nos compatriotes le 13 mai. Qui a laissé seuls les habitants du Mont-Dore pendant des mois et qui aujourd’hui laisse Christian Tein et les responsables de la CCAT en liberté. Je ne regretterai jamais d’avoir dénoncé la lâcheté des responsables métropolitains lorsqu’ils ont maintenu des milliers de Calédoniens de cœur en dehors du corps électoral, alors même qu’ils vivent, travaillent et construisent notre pays. Et je ne regretterai jamais d’avoir tous ensemble, rejeté et résisté au projet mortifère de Manuel Valls qui considérait que la violence devait l’emporter sur la démocratie et qu’abandonner la Calédonie Française le débarrasserait du problème Calédonien ! Je ne regrette pas car notre exigence n’a jamais été dirigée contre la France. Elle a toujours été formulée au nom de la France. Au nom de cette certaine idée de la France qui repose sur la liberté, l’égalité des citoyens et la fraternité entre les peuples ».
Couac agressif de campagne
Sur sa page Facebook, le député Metzdorf a annoncé avoir porté plainte contre Pascal Lafleur pour diffamation. Et l’affaire fait grand bruit dans les médias comme sur les réseaux. Ce jeudi, l’invité de la matinale de Radio Rythme Bleu était Pascal Lafleur, tête de liste « Un espoir pour demain » sur laquelle figure en troisième position, Joël Kasarhérou. Interrogé sur son positionnement et celui de ses colistiers vis-à-vis de l’indépendance, Pascal Lafleur a eu cette réponse : « C’est vrai qu’on nous traite d’indépendantistes, on traite Joël d’indépendantiste, mais notamment monsieur Metzdorf. Peut-être que Joël n’est pas assez blanc pour monsieur Metzdorf. Peut-être que pour monsieur le député Metzdorf pour être un bon non-indépendantiste, il faut être blanc et cocaïnomane ». Nicolas Metzdorf a simplement commenté : « Je regrette qu’il ne soit pas capable de répondre à mes arguments sur le fonds et qu’il se soit livré à ce que la politique fait de pire. Je porte plainte pour diffamation. Un nom n’autorise pas tout. Bien au contraire ».



