Deux affaires ont été jugées hier par le tribunal correctionnel de Nouméa. La seconde concernait une série de vols au Mont-Dore. Surprise, en arrivant dans la salle : le prévenu a 19 ans mais on lui en donnerait cinq de moins. Pas de tatouage sur le visage comme l’accusé dans le dossier précédent, pas de gros bras, pas de comportement provoquant : il s’agit d’un jeune, timide, à qui on a envie de faire confiance. En entendant la présidente énumérer les faits qui lui sont reprochés, il a bien fallu se rendre à l’évidence : les apparences sont parfois trompeuses.
L’audience d’hier partait pour n’être que moyennement intéressante. De l’avis général au tribunal, elle s’est finalement révélée passionnante. Parce que ce jeune délinquant a, et c’est rare, donné une explication pour motiver ces vols, souvent commis en réunion : cela lui plaît (« j’aime bien voler »), l’amuse (l’adrénaline, sans doute), cela a toujours lieu sous l’effet de l’alcool, et constamment avec le sentiment (il a dû, depuis, changer d’avis) que les policiers et les gendarmes ne l’interpelleront jamais. Sidération dans la salle. « Il est, à mon sens, à l’image » d’une partie de la jeunesse calédonienne, à la dérive, s’éloignant toujours plus du droit chemin, note son avocat. Son histoire ressemble à celle de beaucoup d’autres. « Des périples avec des jeunes qui écument les quartiers », résume la vice-procureure. « Avec les copains, on boit, après on fait le ‘’moov’’ », explique le prévenu. « C’est la jeunesse : faire des conneries », se justifie-t-il, devant une assemblée médusée. « Je veux me repentir, j’ai envie d’arrêter de voler », finit-il par lâcher. « Je veux bien faire pour mes parents : ils sont découragés… » La justice aussi. « C’est un jeune qui a été suivi, qui a été pris en charge » ces dernières années, souffle la représentante du ministère public. Malgré ce soutien, cela a donné le résultat que l’on connaît. Un constat d’échec partagé par tous hier au tribunal.
Anthony Fillet



