Pendant plusieurs années, deux épiceries de Dumbéa ont servi de banques occultes. Leurs gérants ont « cassé » des milliers de chèques, en échange de commissions de 20 à 30 %. La justice estime que ce système, aussi discret que lucratif, a permis de générer plus de 600 millions de francs, dont une partie s’est évaporée à l’étranger. Jugés pour exercice illégal de la profession de banquier et abus de biens sociaux, ils ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Nouméa.
La devanture et l’intérieur ressemblaient à n’importe quelle épicerie de quartier. Mais derrière les rayons bien achalandés se cachait une véritable banque clandestine. Un système parallèle dans lequel les liasses d’argent liquide circulaient en toute opacité, sans aucune traçabilité ni contrôle.
C’est le constat qui ressort des investigations des gendarmes : entre 2019 et 2022, les gérants de deux commerces d’alimentation situés sur la commune de Dumbéa, « Supérette 68 » et « Koutio Feu Vert », ont « cassé » des milliers de chèques. Cette pratique, très largement répandue dans le pays, demeure pourtant totalement illégale. Quatre ans plus tard, les commerçants ont été sommés de s’expliquer devant le tribunal correctionnel de Nouméa devant lequel ils ont été jugés pour exercice illégal de la profession de banquier et abus de biens sociaux.
« Une forme d’exploitation de la misère »
Dans ces deux supérettes, les clients pouvaient venir encaisser leur chèque à condition d’effectuer des achats dans le magasin, à hauteur de 20 à 30 % du montant du chèque. Le solde était alors immédiatement versé en espèces par le caissier. Une sorte de commission déguisée, parfaitement hors la loi, selon les conclusions du parquet. Cette pratique visait principalement des Calédoniens en difficulté financière, souvent interdits bancaires, qui ne souhaitaient pas déposer leur argent sur des comptes bancaires traditionnels. « C’est une forme d’exploitation de la misère humaine, des difficultés financières des plus pauvres et des plus fragiles », a dénoncé Isabelle Fuhrer, procureure de la République. Face à elle, les gérants des supérettes ne semblent pas en comprendre les raisons. « Je suis dans le commerce depuis trente-cinq ans. Nous avons toujours vu cette pratique. C’est la paie de nos clients, on ne fait que leur rendre service », dit l’un d’eux en haussant les épaules. L’argument sera répété au fil de l’audience.
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Jean-Alexis Gallien-Lamarche



