Sa parole est rare. Deux ans après son arrivée à la tête d’Aircalin, Georges Selefen a accepté de faire le point sur la situation de la compagnie calédonienne : retour aux bénéfices, commande des A350, pannes récurrentes, évolution des tarifs, perspectives régionales… Un entretien sans détour.
La compagnie a connu des heures sombres en raison des crises sanitaire et insurrectionnelle. La société a-t-elle redressé la barre après ses lourdes difficultés ?
La compagnie a traversé des heures extrêmement difficiles. Après les émeutes de mai 2024, nous avons subi une réduction de quasi la moitié de notre trafic, et donc de notre chiffre d’affaires. Nous étions partis sur un déficit qui oscillait entre 1,2 et 1,5 milliard de francs. Mais 2025 a été une année à l’équilibre, et même légèrement bénéficiaire. C’est une performance que nous n’aurions pas pu réaliser sans l’ouverture de la route Paris. Cette ligne génère aujourd’hui 40 % de la recette globale d’Aircalin. En ajoutant la route Singapour, on atteint 71 % de nos recettes long-courrier. C’est devenu la colonne vertébrale de l’activité d’Aircalin.
La ligne Paris-Nouméa via Bangkok n’était pourtant pas prévue aussi tôt. Pourquoi avoir anticipé son ouverture ?
En novembre 2023, nous avions validé la stratégie Aircalin 2030 avec le conseil d’administration. Dans cette feuille de route, l’ouverture de la route Paris était planifiée pour début 2027, et sous une condition impérative : disposer au préalable de trois long-courriers. Nous avions ciblé l’acquisition de deux A350-900 en complément de notre A330neo existant. C’était la trajectoire prévue, validée par l’instance de gouvernance d’Aircalin, le conseil d’administration, où d’ailleurs est représenté l’actionnaire principal, l’ADANC. Les émeutes de mai 2024 ont tout bouleversé. Nous avons perdu quasi la moitié de notre trafic du jour au lendemain. Toutes les options ont été étudiées, et une seule nous permettait de survivre : anticiper l’ouverture de Paris, même avec deux avions seulement, pour aller chercher de nouveaux revenus. Et le pari aujourd’hui est plutôt gagné, puisque cette route a clairement sauvé la compagnie. C’est le nouveau moteur du modèle économique d’Aircalin.
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Propos recueillis par Béryl Ziegler




