« Il avait préparé son coup » : neuf mois ferme pour avoir frappé un surveillant au cou

Le parquet a requis quatre ans de prison ferme à l’encontre d’un détenu âgé de 19 ans qui s’était servi d’une arme artisanale pour agresser un agent pénitentiaire du Camp-Est, le 13 mai dernier. Le transfert du jeune homme vers une prison en Métropole est envisagé.

Il a passé une partie de la nuit à tailler une brosse à dents pour en faire une arme. Le 13 mai dernier, au Camp-Est, à Nouméa, un détenu de 19 ans s’en est pris à un surveillant pénitentiaire avec un objet pointu, au moment de la distribution du repas du soir, provoquant un mouvement inédit de protestation des syndicats devant l’établissement, vendredi matin.  

Une semaine après les faits, le jeune homme a été traduit dans le cadre d’une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Nouméa devant lequel il a « présenté ses excuses » au surveillant, absent à l’audience, tout en tentant d’expliquer ce passage à l’acte soudain et particulièrement traumatisant pour les agents pénitentiaires. Selon les éléments rappelés par la présidente, les faits surviennent lorsque l’agent ouvre la cellule de cet individu pour distribuer les barquettes. Il raconte avoir immédiatement aperçu un objet dissimulé dans la main du détenu. « Dès l’ouverture de la porte, j’ai vu qu’il serrait fermement quelque chose. Il m’a dit : “C’est comment maintenant ? Bâtard.” Je l’ai repoussé et il s’est jeté sur moi pour me donner un coup à la gorge », raconte-t-il. Fort heureusement, le fonctionnaire s’en est sorti avec de simples éraflures ayant entraîné un jour d’incapacité totale de travail (ITT). 

Debout dans le box vitré du tribunal, le prévenu explique ruminer sa colère depuis la veille, après une première altercation avec le surveillant. « J’ai ressassé toute la nuit », souffle-t-il. Et d’ajouter : « Pour me calmer et réussir à dormir, j’ai pris trois cachets de Seresta [un anxiolytique, NDLR]. Mais cela ne m’a pas apaisé, cela ne m’a pas fait de bien. » Lorsque la porte de la cellule s’ouvre, le détenu dit être en train de taguer un mur. « Il a jeté ma barquette par terre. J’étais déjà très énervé. » Le jeune homme fait alors face au surveillant. Dans sa main gauche, il tient une brosse à dents dont la tige a été taillée en pointe. Dans l’autre, un stylo quatre couleurs. « J’ai fait un geste vers son cou, mais je ne suis pas allé jusqu’au bout, soutient-il. S’il a des griffures au cou, c’est à cause de mes ongles, quand on s’est battu dans la cellule. » 

Un « détenu fragile » aux « difficultés psychiatriques »

Face à lui, la présidente peine à comprendre cette soudaine montée de violence. « Comprenez-vous que ce comportement n’est pas admissible ? Avec une brosse à dents taillée ou un stylo, vous pouvez gravement blesser quelqu’un, voire l’éborgner », intervient la magistrate. Le prévenu acquiesce. Celui qui affirme vouloir devenir boulanger reconnaît que les faits sont « graves ». Son avocat, Me Maxime Guérin-Fleury, s’attache alors à dresser le portrait d’un « détenu fragile », marqué, selon lui, par d’importantes difficultés psychiatriques. Condamné à dix-neuf reprises malgré son jeune âge, incarcéré depuis 2024 et libérable en novembre prochain, le détenu dit ne plus supporter la prison. « Je suis énervé tous les jours. Je ne vois pas mes parents, confie-t-il à la barre. Il a déjà tenté de se suicider en détention, insiste son conseil. À 19 ans, l’incarcération peut être vécue avec une extrême violence. Il faut tenir compte de sa fragilité psychologique. »

Le parquet, lui, voit dans cette agression un acte mûrement réfléchi destiné à se venger du surveillant. « Il avait préparé son coup », martèle la procureure de la République, Hélène Gaudet qui requiert la peine de quatre ans de prison ferme. « Il a fabriqué une arme avec la volonté de faire mal. » Avant d’aller plus loin encore : « Il voulait tuer ce surveillant. Cette agression porte la marque d’une forme de préméditation. »

Après en avoir délibéré, le tribunal a finalement prononcé une peine bien inférieure aux réquisitions : neuf mois d’emprisonnement ferme. La juridiction a notamment relevé des « circonstances particulières », évoquant des éléments « insuffisamment éclaircis » concernant les incidents antérieurs entre le détenu et le surveillant ainsi que « les postures de chacun » au moment des faits. Le transfert du détenu dans une prison de Métropole est envisagé.

Légende : Les faits se sont déroulés le 13 mai dernier, au Camp-Est. ©C.G.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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