À l’occasion d’un défi solidaire organisé autour du nageur Maxime Grousset, l’association Pala Dalik a bénéficié d’un coup de projecteur inédit. Derrière cet événement, un travail de fond, mené depuis plus de dix ans pour surveiller l’état de santé des récifs et sensibiliser les Calédoniens à leur préservation.
Le 29 avril, au Cercle des nageurs calédoniens, des dizaines de participants se sont relayés dans le bassin pour une cause environnementale. Le principe : chaque longueur de 25 mètres parcourue permettait de récolter 100 francs au profit de l’association Pala Dalik. À l’issue de la soirée, une promesse de don de 250 000 francs a été annoncée.
À l’initiative de l’événement, la Banque de Nouvelle-Calédonie, qui soutient plusieurs associations locales. Cette fois, c’est le nageur Maxime Grousset qui a choisi de mettre en lumière Pala Dalik, séduit notamment par ses actions de sensibilisation auprès des jeunes. Un coup de projecteur bienvenu pour une structure qui agit depuis plus d’une décennie, souvent loin des projecteurs.
Observer pour mieux protéger
Créée en 2011, l’association « Pala Dalik », qui signifie « la mer te parle » en langue Nemi, s’est donné une mission claire : surveiller l’état de santé des récifs coralliens et partager ces informations avec le plus grand nombre. « L’idée est d’aller observer les récifs et de restituer ces informations aux Calédoniens, tout en portant un message de préservation », explique Pauline Fey, vice-présidente de l’association, docteur en biologie marine et chargée d’études environnementales.
Pour cela, Pala Dalik s’appuie sur un réseau structuré, le Réseau d’observation des récifs coralliens (RORC). À l’échelle du territoire, ce dispositif suit 105 stations, dont 51 en plongée autonome. L’association participe activement à ce suivi en intervenant sur 51 stations. Sur le terrain, les observations sont menées par des bénévoles plongeurs formés, entre 40 et 50 chaque année. Tous doivent être autonomes sous l’eau et suivre une formation spécifique aux protocoles du RORC. « Il s’agit d’un suivi participatif, avec des profils très variés, pas uniquement des biologistes marins », précise Pauline Fey.
Chaque mission d’observation repose sur une méthode rigoureuse. Les plongeurs analysent plusieurs composantes du récif : les coraux, les poissons, les invertébrés et les éventuelles perturbations. Des transects de 20 mètres sont relevés afin d’obtenir des données comparables dans le temps. Ce travail, répété année après année, permet de dresser un état de santé précis des récifs et surtout d’en suivre l’évolution. « Sans données actualisées, il est difficile de mettre en place des mesures de gestion adaptées », souligne l’association. Les premières stations du RORC sont suivies depuis 1998, offrant aujourd’hui plus de 25 ans de recul. Une base précieuse pour les institutions, notamment les Provinces, chargées de la gestion environnementale.
Des récifs globalement résilients
Les données les plus récentes montrent une situation contrastée mais plutôt encourageante. Sur la dernière décennie, 40 % des récifs suivis sont restés stables, 10 % se sont améliorés et 35 % présentent une évolution variable, avec souvent une phase de régénération après dégradation.
Un constat qui s’explique notamment par la capacité de résilience des récifs calédoniens. Après un épisode de blanchissement corallien en 2016, lié à une hausse des températures, la majorité des récifs ont réussi à se régénérer. « C’est assez exceptionnel à l’échelle mondiale », note Pauline Fey. Pour autant, les menaces restent bien présentes. Le changement climatique, les canicules marines ou encore l’érosion côtière et l’augmentation de la turbidité de l’eau pèsent sur ces écosystèmes fragiles.
Sensibiliser pour agir au quotidien
Au-delà de la collecte de données, Pala Dalik mène un important travail de sensibilisation. L’association intervient dans les établissements scolaires, participe à des événements grand public et a développé une exposition itinérante, « Proxi-récifs », présentée sur une trentaine de manifestations. « L’objectif est d’éveiller les consciences et de montrer que chacun peut agir à son niveau », explique Pauline Fey.
Ces actions s’appuient sur un réseau d’animateurs, souvent issus du monde de la biologie marine, formés pour intervenir auprès des jeunes. Un travail reconnu, puisque certaines animations ont été validées par le vice-rectorat et la direction de l’enseignement. Si les Calédoniens restent très attachés à leur lagon, l’association estime que la sensibilisation doit encore être renforcée. « On n’est jamais suffisamment sensibilisé à ces enjeux », souligne-t-elle.
Les fonds récoltés lors du défi sportif permettront avant tout de soutenir les actions existantes. Car derrière chaque mission se cachent des coûts : matériel de plongée, carburant, location de bateau ou encore logistique pour les interventions en province. « L’objectif n’est pas de lancer de nouveaux projets, mais de pérenniser ce que nous faisons déjà », insiste l’association. Dans un contexte où les ressources restent limitées, ce type de soutien est essentiel pour maintenir un suivi régulier des récifs et continuer à sensibiliser le public.
Un engagement porté par la passion
Aujourd’hui, Pala Dalik bénéficie d’une reconnaissance croissante. L’association est sollicitée par des établissements scolaires, mais aussi par les institutions, notamment pour participer à des instances de concertation autour du milieu marin. Une visibilité renforcée par des événements comme celui organisé avec Maxime Grousset. « Mieux on connaît l’association, plus on parle des récifs, et c’est cela qui nous intéresse », rappelle Pauline Fey.
Car au-delà des chiffres et des protocoles scientifiques, c’est avant tout un engagement personnel qui anime les bénévoles. « Le lagon représente un espace d’émerveillement. On est plus sensible à la protection de ce qui nous touche », confie la vice-présidente. Un message simple, mais essentiel, à l’heure où la préservation des récifs repose aussi sur les gestes du quotidien.
Delphine Escanes




