Présenté comme un projet structurant pour la Nouvelle-Calédonie, la future STEP (Station de transfert d’énergie par pompage) de Tontouta doit permettre de stocker l’électricité renouvelable produite en journée afin de la restituer quand la demande augmente ou lorsque la production solaire faiblit.
La STEP repose sur un fonctionnement simple : un circuit d’eau fermé entre deux bassins artificiels situés à des altitudes différentes. En journée, l’excédent d’électricité renouvelable, notamment solaire, sert à pomper l’eau du bassin inférieur vers le bassin supérieur. Cette eau stockée constitue alors une réserve d’énergie hydraulique. Lors des pics de consommation ou en l’absence de production renouvelable – pendant la nuit – , l’eau redescend vers le bassin inférieur en entraînant des turbines couplées à des alternateurs qui produisent de l’électricité. Une capacité de stockage de 900 Mwh est avancée.
Le projet doit être implanté sur le secteur de Tomo-Tontouta, sur la commune de Boulouparis. Jean-Gabriel Faget, directeur général d’Enercal, présente la STEP comme une technologie « déjà développée partout dans le monde », et rappelle qu’il a fallu « cinq ans de recherches » pour identifier le site adéquat en Nouvelle-Calédonie. Enercal souligne avoir identifié plus de cinquante sites depuis 2015 avant de retenir celui-ci, notamment en raison de son dénivelé de 700 mètres entre les deux bassins, de la proximité d’une rivière, de la présence d’une ligne à haute tension, de zones de consommation et de sites photovoltaïques, ainsi que de l’utilisation d’un terrain minier en fin d’exploitation.
« Un projet majeur pour le pays »
Au-delà du volet technique de l’ouvrage, le projet est présenté comme une réponse à une limite structurelle du système électrique calédonien : la production renouvelable existe en journée grâce au photovoltaïque, à l’éolien et à l’hydraulique, mais elle ne peut pas toujours être utilisée au moment où le territoire en a besoin. Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de l’économie et de la politique énergétique, rappelle ainsi que la Nouvelle-Calédonie est « autonome en journée, mais pas la nuit, alors que les besoins restent élevés et que les industries du nickel demeurent très consommatrices d’énergie ».
Enercal précise qu’en 2025, 36 GWh de production solaire ont été perdus, pour un coût de 596 millions de francs. L’enjeu de la STEP est précisément d’éviter cette perte d’énergie renouvelable, qui, faute d’être consommée ou stockée au bon moment, est gâchée alors même qu’elle est intégrée aux coûts de l’électricité – et donc payée. Les prévisions projettent qu’à l’horizon 2032, la production solaire non utilisée serait ramenée à un niveau proche de zéro.
En outre, la STEP permettra d’injecter 300 GWh par an d’électricité renouvelable supplémentaire dans la consommation calédonienne, soit l’équivalent de 35 % de la consommation annuelle hors métallurgie, ou encore d’un quart de la consommation électrique annuelle de la SLN. Enfin, les projections mettent en avant les bénéfices environnementaux : 225 000 tonnes de CO2 et 65 000 tonnes de fuel évitées chaque année.
Ce stockage constitue, pour les porteurs du projet, un levier majeur afin de sécuriser l’approvisionnement électrique. Jean-Gabriel Faget parle d’un « projet essentiel pour la poursuite de la transition énergétique en Nouvelle-Calédonie » et compare son importance, dans le domaine de l’énergie, à celle du barrage de Yaté. Christopher Gygès confirme : « La transition énergétique passe par le stockage ».
STEP by STEP
Le projet est également présenté comme un outil industriel et économique. Christopher Gygès l’inscrit dans un triptyque associant « relance économique, diversification et soutien au secteur du nickel », avec l’objectif affiché de « verdir la métallurgie calédonienne » et de lui « donner des perspectives ». Il insiste sur l’idée d’un investissement utile à long terme, affirmant qu’il s’agit « du seul moyen, à horizon durable, de faire baisser le coût de l’électricité ».
Selon les éléments communiqués, l’avant-projet détaillé représente 700 millions de francs d’ici 2027, dont un tiers au bénéfice d’entreprises calédoniennes. La phase de construction, elle, est estimée à 60 milliards de francs CFP d’ici 2032, avec 36 % au bénéfice d’entreprises locales. Les prévisions mentionnent 130 emplois en moyenne pour la construction et 15 emplois pour l’exploitation à terme. Au-delà de ses retombées immédiates, le projet est pensé comme un modèle : si sa viabilité se confirme, la STEP de Tontouta pourrait ouvrir la voie à d’autres projets similaires en Nouvelle-Calédonie.
Le calendrier reste conditionné à plusieurs étapes : après une finalisation de l’avant-projet sommaire en 2024 suivie d’une pause due au contexte économique et industriel, la fin de l’année 2025 marque, selon les intervenants, une relance avec la garantie du financement de l’avant-projet détaillé par l’État – loi de finances 2026 – à hauteur de 5,8 millions d’euros.
Un appel à manifestation d’intérêts européen doit être lancé « dans quelques jours », avec l’ambition d’associer les candidats à la phase d’études détaillées de conception-réalisation. La décision finale de lancement est attendue en 2027, avant une éventuelle mise en service en 2032, pour une durée d’exploitation annoncée de plus de soixante ans.
Ide de La Rochebrochard




