En déplacement en Nouvelle-Calédonie, le général de corps d’armée Pierre Poty, commandant de la gendarmerie d’Outre-mer (CGOM), dresse un état des lieux de la situation sécuritaire. S’il évoque un besoin accru de gendarmes territoriaux dans les brigades, il assure que la délinquance demeure maîtrisée. Dans un contexte politique encore incertain, le haut-gradé affirme que les forces de gendarmerie sont « prêtes à faire face à de nouveaux troubles à l’ordre public grâce aux forces prépositionnées et à la composante blindée ». Le général affirme toutefois ne percevoir «aucun signe annonciateur d’une reprise des violences». Entretien exclusif.
Pouvez‑vous nous expliquer les raisons de votre venue en Nouvelle‑Calédonie ?
Je suis un homme de terrain, pas un homme de bureau. On ne peut pas avoir une vision claire et objective du travail quotidien des gendarmes sur les territoires d’outre‑mer sans se déplacer sur le terrain et aller à la rencontre des unités. C’est vrai ici, en Nouvelle‑Calédonie, comme en Guyane, à Mayotte, dans les Antilles ou à Saint‑Pierre‑et‑Miquelon. J’essaie donc de venir le plus souvent possible en Nouvelle‑Calédonie pour rencontrer les unités et, bien évidemment, le commandement. Ces déplacements me permettent d’assurer le lien avec les autorités politiques et le directeur général de la gendarmerie, une fois de retour à Paris. Je peux ainsi leur présenter un état des lieux précis de la situation sécuritaire, les besoins de nos gendarmes et leur état d’esprit. Je m’efforce de porter la voix de la gendarmerie d’outre‑mer à l’échelon central.
Quelles ont été vos impressions sur le moral des gendarmes que vous avez rencontrés en Nouvelle‑Calédonie ?
Je suis toujours impressionné par la résilience de nos gendarmes. Le quotidien est difficile et certaines brigades se trouvent dans un état proche de l’indignité. Je leur tire mon chapeau, car ils acceptent de vivre dans de telles conditions. Le moral des troupes est bon. J’ai ressenti de la motivation, de l’engagement et une réelle volonté de servir la population. Ce n’est pas toujours simple d’être gendarme à Houaïlou, Canala, Thio et Yaté. Ils restent néanmoins très isolés. Mais à chaque fois que je les vois, ils sont motivés et souriants. Je vous assure, ce n’est pas de la langue de bois.
Quelles sont les spécificités calédoniennes par rapport aux autres territoires d’outre‑mer ?
Nous constatons que la gendarmerie de Nouvelle‑Calédonie ne peut pas fonctionner sans les gendarmes mobiles sur certaines unités. Plusieurs d’entre elles sont sous‑dimensionnées, rendant leur fonctionnement quotidien impossible sans le renfort des mobiles. C’est notamment le cas sur la côte Est. Cela constitue une difficulté majeure. Nous aurions besoin que l’État nous accorde des effectifs supplémentaires de gendarmes territoriaux pour que ces unités fonctionnent normalement. Je précise que les gendarmes mobiles accomplissent un travail extraordinaire aux quatre coins du territoire. Mais nous avons également besoin de davantage de gendarmes territoriaux ancrés dans la réalité locale.
La deuxième caractéristique locale est que la gendarmerie est en contact avec une population dont les modes de vie et les coutumes diffèrent de ceux de l’Hexagone. La Nouvelle‑Calédonie est un territoire très étendu et certains gendarmes se retrouvent donc immergés dans une culture très différente de la leur. C’est une expérience extrêmement enrichissante pour ces militaires. Ils découvrent un autre monde. Je suis également toujours frappé d’entendre, où que je me rende, que les rapports avec les chefs coutumiers sont excellents. Cela me rassure, car tout le monde comprend que la gendarmerie n’est pas là pour protéger telle ou telle personne, mais bien l’ensemble des habitants. Elle se positionne de manière neutre. J’ai souvent tendance à dire que le gendarme est un régulateur social. J’en suis intimement persuadé.
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Légende photo : « Je préférerais que nous disposions de davantage de gendarmes territoriaux dans les brigades, de sorte que la gendarmerie mobile ne soit qu’un renfort pour assurer les missions de maintien de l’ordre », assure le général Pierre Poty.
Propos recueillis par Jean‑Alexis Gallien‑Lamarche




