L’emploi salarié s’enfonce dans la crise

Le recul de l’emploi, entamé fin 2023, s’est poursuivi au 3e trimestre 2025 sous l’effet conjugué de la crise du nickel, des émeutes de mai 2024 et d’un naufrage des finances publiques. Si les pertes s’atténuent, le territoire se trouve toujours à des niveaux d’emploi d’avant 2009.

Les chiffres publiés par l’Institut des statistiques et des études économiques confirment la profondeur du traumatisme économique calédonien. Entre septembre 2024 et septembre 2025, le Caillou a perdu 1 910 salariés, soit 2 % de ses effectifs salariés. Au 3e trimestre 2025, l’archipel comptabilise seulement 77 510 salariés  (privé et public confondus). Si la chute semble moins brutale qu’en 2024, elle n’en reste pas moins structurelle. En deux ans, sous l’effet conjugué de la crise du nickel, des émeutes de mai 2024 et de l’assèchement des finances publiques, le territoire a vu s’évaporer plus de 13 000 emplois, ramenant l’activité à son niveau de la fin des années 2000. Ces évolutions confirment « une dynamique de l’emploi encore dégradée », tranche l’Isee. Pour ne pas dire un grand bond en arrière. 

Un tissu économique en « apnée »

L’économie calédonienne survit aujourd’hui grâce à des dispositifs de perfusion publique (voir encadré). Comme le souligne l’analyse de l’Isee, les pertes d’emplois enregistrées en 2025 « s’ajoutent toutefois à celles plus massives déjà intervenues en 2024, ramenant l’activité salariée à son niveau d’avant 2009 ». Le secteur privé est le plus durement touché, avec seulement 56 020 salariés déclarés au 3e trimestre 2025. En un an, le secteur a perdu 1 220 salariés, accentuant un repli qui semble désormais s’installer dans la durée. Plus inquiétant encore pour la dynamique de reprise, le nombre d’employeurs du privé diminue à un rythme moyen de 0,7 % par trimestre depuis le début de l’année 2025. 

Le BTP et l’industrie en première ligne

C’est la construction qui paie le tribut le plus lourd avec un recul de 4,1 % sur trois mois. Le rapport est sans appel : ce décrochage « aggrave la tendance baissière observée ces deux dernières années ». En deux ans, ce sont 2 026 emplois qui ont disparu dans ce secteur, soit une véritable hémorragie pour les forces vives du pays. L’industrie suit une trajectoire similaire (-1,2 % sur le trimestre). La mise en sommeil de l’usine de Koniambo Nickel (KNS) en février 2024 a servi de détonateur. Au total, « plus de 1 500 salariés de l’industrie métallurgique ont perdu leur emploi » sur l’année 2024, indique l’Isee. Un repli qui se poursuit en 2025 .  L’agriculture est également touchée avec près des effectifs en baisse de près de 2 % au 3e trimestre 2025. Seuls les services et le commerce restent stables. 

Le secteur public n’est plus un sanctuaire

 Longtemps considéré comme un rempart contre la crise, l’emploi public est désormais entraîné dans la spirale. Il a perdu 690 postes en douze mois pour s’établir à 21 480 salariés tous statuts confondus, soit une diminution de 0,3 % par rapport au trimestre précédent. Cette baisse frappe en priorité les plus précaires : les effectifs de contractuels fondent de 6 % sur un an. Cette cure d’austérité s’explique par une impasse financière majeure : la Nouvelle-Calédonie « peine à financer durablement son modèle de services publics » et ses recettes fiscales s’avèrent « insuffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins de fonctionnement », indique l’Isee. 

Une lueur d’espoir ?

Au milieu de ce marasme, quelques indicateurs tentent de virer au vert. L’Indicateur du Climat des Affaires (ICA), qui mesure l’opinion des chefs d’entreprise, progresse de 2,6 points sur le trimestre,  même s’il reste « à un niveau inférieur » à ceux observés entre 2021 et 2023. Dans cette même dynamique, les créations d’entreprises progressent de 5 %, tandis que les liquidations judiciaires diminuent de 9 % après deux trimestres de hausse consécutive. Si les cessations d’entreprises augmentent de 2,9 %, le solde entre créations et cessations reste positif et continue de s’améliorer depuis le début de l’année 2025, indique l’Isee. 

Toutefois la prudence reste de mise : les créations d’entreprises ont atteint en 2024 leur plus bas niveau depuis 30 ans. Le rattrapage actuel, bien que réel, ne permet pas encore de compenser totalement la destruction du tissu économique local survenue en 2024. Dans ce contexte, l’Isee conclut que « la baisse de l’emploi témoigne d’une situation encore fragile ». 

B.Z 

 


Des roues de secours toujours utilisées 

 Pour éviter un effondrement total, post-émeutes, des dispositifs d’urgence ont été activés. L’allocation exceptionnelle de maintien dans l’emploi a pris le relais du chômage partiel « exactions » en juillet 2025 pour soutenir les entreprises encore convalescentes. En septembre 2025, 1 720 salariés répartis dans 252 entreprises dépendaient toujours de ce filet de sécurité financier pour conserver leur contrat de travail. Face au risque d’une hausse du nombre de chômeurs, le dispositif devant prendre fin au 31 décembre 2025 a été prolongé jusqu’à juillet 2026. 


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