Dans le contexte de Bougival et post-13 mai, ces élections municipales étaient éminemment politiques. C’est ce contexte qui a suscité l’émergence de candidats qui créent la surprise, mais aussi le désappointement chez nombre de maires sortants. Tour d’horizon des aspects les plus saillants du premier tour du scrutin municipal.
1 – Une participation en demi-teinte
Parce que ces élections étaient justement très politiques, on aurait pu attendre une participation affirmée. Il n’en a rien été. Le taux de participation pour ce premier tour s’établit à 56,06%, ça n’est que 4 points de plus qu’en 2020, année perturbée par le Covid mais aussi par une dépression météorologique entre deux référendums d’autodétermination. La participation de référence est donc celle des municipales de 2014, qui était de 20 points supérieurs à celle de dimanche ! Ce premier tour n’a donc pas mobilisé, loin de là . Ça rend le second tour encore plus incertain pour nombre de candidats, le réservoir de voix étant quasiment d’un Calédonien sur deux.
2 – Nouméa terre de contraste
Déjouant les pronostics, Nouméa n’échappe donc pas à un second tour, parce qu’il n’a manqué que huit voix à Sonia Lagarde pour être réélue dès dimanche dernier, ce qui est somme toute rageant pour la maire sortante. Mais au sortir de ce premier tour, personne n’est véritablement satisfait. Certes, il y a un second tour, mais Sonia Lagarde a creusé un tel écart sur ses poursuivants que sa réélection est juste retardée d’une semaine. Virginie Ruffenach peut se targuer pour sa part de replacer le Rassemblement au sein du conseil municipal de Nouméa, d’avoir fait un score que beaucoup ne lui prêtait pas et finalement de sauver la mise de son parti qui risque de perdre son bastion du Mont-Dore (lire plus bas). Toutefois, elle est loin derrière la maire sortante, et sauf à faire alliance avec la liste menée par Philippe Dunoyer, rassemblant l’Eveil océanien et Calédonie ensemble – ce à quoi Virginie Ruffenach s’est refusée – elle ne dispose pas de réserves de voix. Pour leur part Philippe Dunoyer et Veylma Falaeo se qualifient certes pour le second tour, mais avec un score qui ne répond pas à leurs espérances, l’alliance entre les deux partis centristes n’a pas eu les effets escomptés. Et puis il y a les indépendantistes auxquels leur division coûte cher. Aucune des trois listes en présence ne passe la barre pour se qualifier pour le second tour, et comme il y a donc un second tour, il n’y aura aucun élu indépendantiste au conseil municipal de Nouméa pour les six ans à venir.

3 – Dumbéa, fulgurante Cynthia Jan
Le premier tour des municipales à Dumbéa aura été un désaveu cinglant pour le maire sortant, Yoann Lecourieux, avec plus de 2 000 voix de retard sur Cynthia Jan, la chalengeuse qui caracole en tête avec 39,62% des voix. La situation de Dumbéa, les problèmes d’insécurité, d’urbanisme et de logements sociaux rencontrés à Dumbéa ont coûté cher au maire sortant, tout autant sans doute que sa proximité avec Georges Naturel, l’ancien maire. Les conditions de l’élection de ce dernier comme sénateur, avec les voix des indépendantistes, ont sans doute aussi pesé dans le choix des Dumbéens. Trois autres listes se qualifient pour le second tour, notamment celle de Muriel Malfar-Pauga, qui voit ainsi être récompensé son travail de terrain et ses choix sociaux. Vaimu’a Muliava de l’Éveil océanien se qualifie également, mais sur le fil, et enfin Rachel Aucher sauve les meubles de l’UC-FLNKS à Dumbéa. Mais on retient donc de ce premier tour la manière dont Cynthia Jan, à la tête d’une liste d’union Loyalistes-Rassemblement, a écrasé la concurrence, constituant en cela un fait politique majeur.

4 – Mont-Dore, la fin du Rassemblement ?
Maire sortante, élue par le conseil municipal en cours du mandat précédent, Elizabeth Rivière termine à la deuxième place, loin derrière Nina Julié de Générations, candidate des Loyalistes qui dépasse les 40%. Tout est encore possible dans ce second tour, néanmoins le score obtenu par Elizabeth Rivière est un revers pour le Rassemblement dont elle est vice-présidente, mais de l’étiquette duquel elle ne se revendiquait pas, ce qui a sans doute déplu aux électeurs. Le Rassemblement pourrait donc perdre la mairie du Mont-Dore, son fief historique, dernière commune dont il était à lui seul, le détenteur. Il y aura une triangulaire au Mont-Dore avec la qualification de la liste UC-FLNKS de Tania Ouaka. La déception est grande pour la liste CE d’Annie Qaeze qui n’atteint même pas les 5% et plus encore pour Pétélo Sao de l’Éveil Océanien qui n’a recueilli que 896 suffrages sur plus de 22 000 inscrits. Ce 1er tour est incontestablement un succès pour Nina Julié qui peut entrevoir la victoire dimanche prochain, lors d’une triangulaire.

5 – Les quatre de Païta
Soutenu par les Loyalistes, Antoine Romain, soutenu par la maire sortante Maryline D’Arcangelo, est arrivé en tête à Païta avec 30,50% des suffrages. Il se classe ainsi devant Milakulo Tukumuli, le président de l’Éveil océanien qui permet à son parti de sauver les meubles. Deux autres listes complèteront le second tour, celle de Nikita Gaïa (FLNKS) et celle de Patrick Greppo (Rassemblement). Dans une quadrangulaire, à moins que des listes fusionnent, Antoine Romain possède de vraies chances de remporter l’élection, dans une commune où l’on a voté à 55% dimanche dernier. Reste à savoir si ce réservoir de voix profitera à l’un des candidats…

6 – Le duel UC-UNI
Dans le contexte de Bougival et de renouvellement du FLNKS, ces élections municipales voyaient un duel à couteaux tirés entre les listes UC-FLNKS et celle de l’Union pour l’indépendance (UNI). Et le résultat n’est pas aussi triomphant que le FLNKS l’espérait. Certes l’UC-FLNKS se maintient dans ses bastions, mais il n’écrase pas pour autant l’UNI : si Alphonse Poinine (UNI), maire de Touho depuis 2003, est battu dès le premier tour par Donald Soekir (UC), Mike Samadi créé la surprise à Koné en arrivant en tête, devant Joseph Goromido (UNI) et le maire sortant Thierry Gowecee (UC). Pour l’UC-FLNKS, il y a des victoires emblématiques comme à Lifou où Pierre Qaeze est élu dès le premier tour, ainsi que Louis Pidjot Homou à Yaté. Mais il y a aussi des déceptions comme la seconde place à Maré de la maire sortante Maryline Sinewami, devancée par Robert Cawidrone qui pourrait offrir une mairie à Dynamique Autochtone. L’UNI ne sort pas renforcée de ce premier tour, mais ça n’est pas non plus la catastrophe électorale que ses adversaires lui souhaitaient. Ainsi à Voh, le maire sortant Joël Boatate-Kolekole devance largement l’UC-FLNKS. Et puis il y a le cas particulier de Poindimié où Paul Neaoutyine, inamovible maire depuis 1989, est arrivé en seconde position, ce qui constitue un revers politique. D’autant qu’il est devancé par un candidat atypique, Patrick Watanabe, connu sur les réseaux sociaux mais aussi dans le village où il a créé un comité de citoyens pour lutter contre l’insécurité en forte hausse dans la commune. Et à Poindimié, le résultat est incertain puisque les quatre listes en présence au premier tour se sont qualifiées

7 – Un effet Bougival ?
Les observateurs avaient indiqué que le contexte Bougival pèserait sur ces élections municipales. De fait, les candidats qui ont affiché clairement leur soutien au processus en cours ont fait de très bons scores, c’est le cas particulièrement dans l’agglomération, à Dumbéa et au Mont-Dore d’abord, mais aussi à Païta dans une moindre mesure. En revanche, les listes soutenues par des partis qui montrent des hésitations ou de la retenue à l’égard des accords ont été sanctionnées ou n’ont pas obtenu les scores qu’elles espéraient. Une situation notable à Dumbéa pour Yoann Lecourieux ou à Bourail pour Patrick Robelin. Seule exception, à La Foa, où la liste de Stevens Kaouda, membre de Calédonie ensemble, met la maire sortante en ballotage défavorable. Et puis on l’a dit, l’UC-FLNKS qui faisait campagne contre Bougival, maintient ses bastions mais n’enregistre pas le raz-de-marée d’opposition aux accords qu’elle escomptait. Si cet effet se maintient au second tour, ce sera un enseignement précieux pour la Métropole dans le cadre de la mise en œuvre des accords, la loi constitutionnelle devant être encore examinée à l’Assemblée nationale à la fin de ce mois, une fois passées les municipales.





