« Prescrire des lunettes ne suffit pas »

Alors que le Syndicat des opticiens réclame une réforme pour faciliter l’accès aux équipements optiques face aux délais actuels, le Dr Daniel Weimann, ophtalmologiste à Nouméa, s’y oppose fermement.

Retraité depuis treize ans, le Dr Daniel Weimann poursuit ses consultations à la mutuelle du nickel. Il reçoit en moyenne une quarantaine de patients par jour, soit près de 120 consultations hebdomadaires, preuve de la forte demande en soins visuels sur le territoire. « Les besoins sont bien réels, et nous faisons le maximum pour répondre aux patients », souligne-t-il. Face à la pétition lancée par le Syndicat des opticiens-lunetiers, le praticien affiche une position claire. « Prescrire des lunettes ne suffit pas. Il faut aussi mesurer la tension oculaire, examiner le fond de l’œil et dépister des maladies parfois graves », insiste-t-il. Glaucome, complications liées au diabète ou à l’hypertension peuvent ainsi être détectés lors d’une consultation. Pour lui, confier la prescription à des professionnels sans formation médicale équivalente présenterait un risque. « Beaucoup de pathologies sont silencieuses. Si on se contente de corriger la vue, on peut passer à côté de maladies importantes », prévient-il.

Optométristes et orthoptistes : des pistes à développer

Le Dr Weimann soutient les orientations évoquées par le gouvernement, notamment le développement des coopérations entre professionnels de santé. Il cite le modèle des optométristes, largement répandu dans les pays anglo-saxons comme l’Australie. Ces professionnels réalisent des examens de la vision, mesurent la correction et orientent les patients vers l’ophtalmologiste en cas de pathologie. « Cela permet au médecin de se concentrer sur les diagnostics et les maladies », explique-t-il. Ce fonctionnement permet de fluidifier le parcours de soins tout en maintenant un encadrement médical strict. Selon lui, développer les compétences des orthoptistes présents sur le territoire serait également une solution. Une formation complémentaire leur permettrait de se rapprocher du rôle des optométristes et de participer davantage à la prise en charge des patients, tout en maintenant la sécurité médicale. Aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie compte environ une dizaine d’ophtalmologistes en activité, répartis entre secteur public et privé. Un nombre limité face aux besoins croissants de la population et à son vieillissement. Malgré ce contexte, le Dr Weimann reste attaché à un principe fondamental : « La priorité doit rester la sécurité des patients ».

Delphine Escanes

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