Rencontre avec Virginie Ruffenach

Vice-présidente du Rassemblement et cheffe de groupe au Congrès, Virginie Ruffenach est candidate aux élections municipales et conduit la liste « Pour Nouméa, une énergie nouvelle ». Le point sur ses objectifs et son programme.

Vous vous engagez dans la course aux municipales à Nouméa. Pourquoi ce choix, et pourquoi prendre ce risque ?

Avant toute chose, il est important de dire qui je suis. Je suis une Calédonienne née à Nouméa en 1973, j’ai 52 ans aujourd’hui, et je suis issue d’une famille modeste. Mon grand-père était ouvrier à la SLN, ma grand-mère n’a pas travaillé pendant longtemps avant de devenir secrétaire au lycée Lapérouse. Mes parents étaient professeurs, nous appartenons à la de classe moyenne. Toute ma vie s’est construite autour de Nouméa, sauf mes années d’études. C’est à la fois ma ville de naissance et ma ville de vie. Mon engagement est donc profondément ancré localement.

Vous avez déjà été conseillère municipale entre 2008 et 2014, sous Jean Lèques.

Oui, et cela a marqué mon parcours politique. Jean Lèques était un maire de proximité. C’est vraiment ce qui nous inspire aujourd’hui. Notre ligne de conduite pour cette campagne, c’est la proximité, et en particulier sur un sujet majeur : la sécurité. Il faut redonner de l’ordre à Nouméa. Aujourd’hui, la ville dérape fortement vers une insécurité généralisée, dans tous les quartiers. Les chiffres le montrent. Les SDF se sont multipliés, on est à plus de 1 000 personnes en errance sur la commune. Le quartier chinois est devenu un lieu de deal et les commerçants sont quotidiennement agressés.

Comment comptez-vous procéder pour sécuriser la ville ?

Nous voulons redéployer une police de proximité sur le terrain, avec davantage de commissariats de police municipale. Nous proposerons aussi un bouton d’alerte dans les commerces, directement relié à la police municipale. Nous souhaitons instaurer un couvre-feu pour les moins de 16 ans, entre 23 heures et 4 heures du matin, afin d’éviter que des jeunes qui n’ont rien à faire dehors ne traînent dans la rue et pour responsabiliser les parents. Nous aurons un adjoint entièrement dédié à la sécurité, Éric Hoarau, un professionnel reconnu, notamment pour son rôle dans la création d’un système de sécurisation de Ducos. Nous voulons une véritable stratégie de sécurité pour Nouméa, sur l’ensemble de ses quartiers, en utilisant les technologies modernes. Nous avons cinq ans pour réussir et faire en sorte que les Nouméens se sentent de nouveau en sécurité. Sans sécurité, il n’y a pas d’économie, pas d’investissements, pas de familles qui s’installent. C’est fondamental.

Autre axe fort de votre programme : le centre-ville, que vous jugez en déclin.

Le centre-ville se meurt. À l’époque de Jean Lèques, il existait une association dédiée à son animation, Nouméa centre-ville. Aujourd’hui, il n’y a plus rien, à part la place des Cocotiers lors des fêtes, et les commerçants n’en bénéficient pas. Le centre-ville subit une concurrence très forte des zones commerciales périphériques.

Nous voulons le redynamiser. Nous souhaitons investir 50 millions par an dans l’animation régulière du centre-ville, les week-ends, les mercredis après-midi, en lien avec les commerçants. Il faut aussi faciliter l’accès. Aujourd’hui, se garer en centre-ville est compliqué. Nous proposons donc un service de navettes municipales partant du parking Banian, desservant la rue de l’Alma, le Quartier latin, les baies, Port-Plaisance et le marché municipal, dans les deux sens, avec un passage toutes les demi-heures. Cela permettra d’amener les Calédoniens en centre-ville tout en utilisant un parking spacieux.

La question des sans-abris est également centrale dans votre discours.

Oui, parce que la sécurité du centre-ville est indissociable de ce sujet. Nous ne voulons pas faire de l’assistanat, comme distribuer gratuitement des sandwiches. Nous voulons proposer une indemnité pour les SDF  via les associations, mettre ces personnes au travail et leur redonner une dignité. Nous souhaitons expérimenter la réhabilitation de la Vallée-du-Tir, un quartier historique auquel je suis très attachée, puisque mes grands-parents et ma mère y ont vécu. L’idée est de s’appuyer sur les associations présentes pour faire travailler des SDF, avec une indemnité et un repas. Il faut réinsérer par le travail. Parallèlement, nous voulons revaloriser les policiers municipaux. Leur rémunération est bien inférieure à celle de la police nationale, ce qui entraîne une fuite des effectifs. Il faut stopper cela et redonner envie de s’engager dans la police municipale.

Vous vous opposez également à toute nouvelle construction de logements sociaux, notamment à Sakamoto.

Sakamoto est un poumon vert au cœur de Nouméa. Nous voulons en faire un grand parc urbain de loisirs : sentiers pédestres, VTT, jardins partagés et pédagogiques, canisite, restaurant panoramique en délégation de service public, tyrolienne, animations touristiques et botaniques. Ce doit être un lieu de respiration et d’animation pour les Nouméens. La mairie a commis une erreur en finançant directement certains projets, comme les quais Ferry, pour 2,5 milliards, aujourd’hui largement vides. Ce type d’équipement doit être porté par le privé. Nous discuterons avec le FSH pour racheter ou récupérer cette vallée de 27 hectares, vendue pour un projet de 180 logements sociaux. C’est l’un des projets phares de notre programme.

Vous soutenez également la création d’une base nautique au Trou Gérard, à Normandie. Pouvez-vous préciser ?

Oui. C’est une ancienne carrière avec un plan d’eau exceptionnel, propre à la baignade. Nous voulons en faire une base de loisirs, avec une zone de baignade et des activités nautiques. En dehors de la baie des Citrons et de l’Anse Vata, ce site offrira une alternative aux habitants des quartiers Nord. Cela permettra aussi de requalifier cette zone aujourd’hui entourée de squats. Nous voulons avoir une politique très proactive  et en étroite collaboration avec la province Sud sur le sujet, pour non seulement interdire toute nouvelle installation sur notre commune, mais aussi permettre la diminution progressive des squats.

Ces projets sont beaux sur le papier, mais ils ont un coût. Comment comptez-vous les financer ?

La mairie de Nouméa a perçu 5 milliards d’indemnisation des assurances après les émeutes, mais n’en a réinvesti que 2. Il reste 3 milliards. Nous voulons investir, car cela crée de l’emploi. Je suis aussi étonnée que l’exécutif actuel n’aille pas davantage chercher des financements européens, notamment pour des projets liés à la biodiversité et à la mobilité, comme Sakamoto. En 2026, la ville dispose d’une trésorerie de  près de 6 milliards. Il faut faire des économies là où la mairie n’a pas vocation à investir directement et confier davantage de projets au privé en DSP (délégation de service public). Notre programme est entièrement budgétisé, combinant fonds propres, investissements privés et aides extérieures. Et aussi, nous taperons fortement et vivement à la porte de l’État pour qu’il accompagne la ville de Nouméa.

Une alliance avec la maire sortante Sonia Lagarde n’était-elle pas possible, comme en 2020 ? 

Non, parce que son projet n’est pas le nôtre. Les quartiers Nord ont été abandonnés, le bilan sécuritaire est désastreux, le centre-ville se vide. Et politiquement, il n’y a pas de base commune. Elle ne nous a pas soutenus sur des sujets essentiels, comme le dégel du corps électoral ou encore son non soutien à Nicolas Metzdorf lors des législatives. Nouméa a besoin d’une énergie nouvelle et de beaucoup de dynamisme pour que cette ville ne sombre pas, parfois vers un coupe-gorge dans certains quartiers, parfois vers un désert économique. Notre liste est jeune. Je suis la seule élue sortante. Nous avons des hommes et des femmes qui sont très compétents et déterminés à agir. Comme Sthan Kabar-Louët sur la culture, qui portera le projet d’une biennale de la danse, un vitrine pour la ville de Nouméa, comme nous n’en avons pas aujourd’hui. Et moi, je serai une maire qui fera confiance à l’ensemble de ses adjoints. Je veux une gestion d’équipe, pas pyramidale, pour relever les défis de cette ville.

À Nouméa comme au Mont-Dore, il n’y aura donc pas d’union des non-indépendantistes. Peut-on le déplorer et s’en inquiéter ?

Non. À Nouméa, plus de 80 % des habitants sont non-indépendantistes. Et encore une fois, il ne faut pas mélanger les élections municipales et les élections territoriales.

Nous voulons apporter un souffle nouveau à cette ville avec plus de proximité, plus de sécurité, plus de dynamisme, et un soutien massif aux associations, avec un milliard d’investissements, contre moins de 300 millions aujourd’hui.

Trois mots pour résumer votre projet ?

Proximité, énergie et nouvel élan pour Nouméa. Nous voulons remettre l’humain au cœur de la ville.

Après les municipales, suivront les provinciales. Une union des non-indépendantistes, Loyalistes et Rassemblement, est-elle encore envisageable à ce stade en dépit des traces que risque de laisser la campagne municipale ? 

À ce stade, il est vraiment trop tôt pour en parler. Nous ne savons pas quand se tiendront les provinciales, ni même si l’accord de Bougival Élysée–Oudinot verra le jour. Il faut avancer échéance après échéance. Une chose est sûre, en revanche : le choix de défendre une Calédonie française s’imposera, et cela nécessitera, le moment venu, de savoir construire des unités lorsque c’est nécessaire.

Propos recueillis par Béryl Ziegler

 

 

Fil d'actualité

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné,...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4...

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de...

L’Adie part en campagne pour l’entrepreneuriat des femmes

Depuis lundi et jusqu'à vendredi, l'Association pour le droit...

« La Nouvelle-Calédonie cumule toutes les crises à la fois »

Benoît Petit, PDG du groupe Elvest et d'Inter Invest...

Newsletter

Inscrivez vous pour recevoir chaque semaine notre newsletter dans votre boîte de réception.

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné, inéligible, puis éligible, puis inéligible, puis finalement éligible, un sacré yoyo juridique dans lequel Jacques Lalié...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La Voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…