Après la signature de l’accord Élysée-Oudinot, complétant Bougival, et avant que ne débute le travail législatif autour de l’accord, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a accordé un entretien à La voix du Caillou.
La voix du Caillou : Madame la ministre, de manière générale quel est votre sentiment au sortir de cette séquence de travail à Paris et de la conclusion de l’accord Élysée-Oudinot ?
Naïma Moutchou : Nous remettons enfin la Nouvelle-Calédonie sur les rails. Après ce qu’a vécu le territoire en 2024, après la violence, après les fractures, après une économie fragilisée, il fallait sortir de l’ambiguïté et de la peur. Il fallait un cadre et un cap. C’est exactement ce que permet l’accord Élysée-Oudinot : il consolide Bougival, il le sécurise, il l’éclaire sur les points qui faisaient débat, et il donne enfin de la lisibilité. Avec le protocole financier qui l’accompagne, traduction du Pacte de refondation économique voulu par le Premier ministre, le territoire peut enfin se projeter. La prochaine étape, c’est le Parlement. Elle sera décisive pour que le processus se concrétise. J’appelle à la responsabilité des parlementaires pour permettre aux Calédoniens de sortir de l’incertitude et de construire leur avenir. Et au bout du chemin, ce sont eux qui décideront : les Calédoniens eux-mêmes. Ce sera leur choix. Mais pour que ce choix soit possible, il fallait d’abord remettre de l’ordre et rouvrir un futur. C’est ce que nous venons de faire.
LVDC : Beaucoup ont dit que la réunion de l’Élysée, était celle de la dernière chance. Avant qu’elle ne s’ouvre, partagiez-vous cette crainte ?
NM : Je n’aime pas cette expression de « dernière chance » parce qu’elle nourrit la dramatisation. Je ne serai jamais résignée à l’immobilisme. Je regarde les faits : la Nouvelle-Calédonie sort de plusieurs années difficiles où l’instabilité permanente agit comme un poison. Donc oui, il y avait un enjeu majeur : remettre tout le monde autour de la table et sortir du blocage. Mais je n’y suis pas allée avec une logique de coup politique. J’y suis allée avec une méthode : écouter, poser les lignes rouges, sécuriser les équilibres et construire un chemin praticable. Continuer à attendre, c’était abandonner le terrain. Il n’en était pas question.
LVDC : Les discussions, semble-t-il, ont parfois été tendues, qu’est-ce qui a fait qu’un accord a pu être trouvé ?
NM : Parce que tous ceux qui étaient là, qui ont le fait le choix du courage, avaient conscience que la crise n’attend pas. Oui, il y a eu des moments tendus. Autour de la table, personne ne venait avec la même vision de l’avenir du pays. Entre les partisans de l’indépendance et ceux qui défendent le maintien dans la République, entre les lignes plus progressistes et les approches plus centristes, les projets ne sont pas les mêmes. Mais justement, quand un accord sort d’une séquence comme celle-là, ce n’est pas un accord de confort mais un accord qui a du poids. Ce qui a permis d’avancer, c’est d’abord une méthode. Chacun a pu s’exprimer, poser ses lignes, dire ses craintes, dire ses exigences. Puis nous avons travaillé avec sérieux sur les points qui font tenir un compromis : les équilibres et les garanties. Tout le monde a cherché à bâtir un texte solide. Solide sur l’identité, parce que l’identité kanak est pleinement reconnue dans le cadre de l’accord de Nouméa, et parce que l’identité calédonienne est affirmée comme un horizon commun : on reconnaît ce qui doit l’être, sans effacer personne. Solide sur les institutions, parce que le texte clarifie la trajectoire et les étapes et qu’il sécurise la capacité d’auto-organisation. L’architecture est posée. Solide enfin parce qu’il est adossé à un protocole financier. Sans moyens, un accord politique ne tient pas. Là, l’Etat s’engage avec force et de manière inédite, et il le fait dans la durée pour redresser et désendetter la Nouvelle-Calédonie. Connectez vous pour y accéder !Ce contenu est réservé aux abonnés.




Cette ministre, qui a du courage, des idées claires et de la volonté, mérite le respect. Espérons qu’elle restera longtemps en fonctions. L’avenir de la Nouvelle-Calédonie s’inscrit dans la volonté de tous de construire un pays géré dans une volonté d’équilibre qui reconnait la dignité de chaque partie dans une combinaison permettant l’appaisement, hors de toute idéologie excessive. Et cet avenir doit s’inscrire dans une volonté de rayonnement actif de l’archipel calédonien en direction des autress archipels ou Etats de son environnement géographique : rayonnement vers l’extérieur et attractivité vers l’intérieur pour devenir un acteur régional qui compte. Le projet de la Fédération française de rugby, de créer sur le Territoire un centre de formation de style Marcoussy s’inscrit très positivement dans une telle perspective. Il doit être soutenu par toutes les parties. Et que d’autres projets de ce genre soient aussi conçus et soutenus par tous. Les indépendantistes doctrinaires doivent aussi mesurer la valeur du “parapluie” sécuritaire que leur apporte le maintien dans l’ensemble institutionnel français, alors qu’une autonomie très large de gestion et de décision est consacré par la Constitution.
Je souhaite corriger des coquilles d’écriture qui ont échappé à ma relecture : “apaisement” avec un seul “p” et un “s” de trop aux “autres archipels”. Avec mes excuses aux lecteurs !