Inconnue au bataillon jusque-là, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) vient de publier un avis, dans lequel elle dénonce la gestion de la crise insurrectionnelle 2024 par l’État et alerte sur « la fragilisation préoccupante des droits fondamentaux de la population kanak ». Ce rapport a immédiatement suscité une levée de boucliers, notamment chez les Loyalistes, révoltés de voir la charge de la responsabilité inversée.
Quatorze personnes tuées, 975 blessés, 700 entreprises détruites, des dégâts estimés à plus de 262 milliards de francs, et un produit intérieur brut (PIB) qui a chuté de 13,5 % en 2024. Vingt-et-un mois après les émeutes qui ont mis à feu et à sang la Nouvelle-Calédonie, cette période trouble reste gravée au fer rouge dans la mémoire de nombreux Calédoniens. D’autant que nombre d’entre eux peinent encore à se relever, notamment sur le plan économique. C’est dans ce contexte que la publication, le 29 janvier 2026, de l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) est venue raviver un sujet douloureux et susciter une vive controverse.
Que dit ce rapport ?
Accréditée auprès des Nations unies, la CNCDH s’est autosaisie, le 27 février 2025, de la situation en Nouvelle-Calédonie après avoir été interpellée par le Sénat coutumier sur la gestion par l’État de la crise débutée en mai 2024. Dans un avis adopté le 29 janvier 2026 (31 voix pour, une contre et trois abstentions), la Commission dresse un constat qu’elle qualifie d’« alarmant ». Selon elle, les violences de 2024 en Calédonie se sont traduites par « un affaiblissement significatif des droits fondamentaux », touchant « en particulier la population kanak », sur fond de « discriminations structurelles persistantes » et de « processus de décolonisation inachevé ».
La commission analyse tout d’abord ce qu’elle estime être les origines de la crise insurrectionnelle de mai 2024. À commencer par les inégalités socio-économiques auxquelles la population kanak est exposée. Et la CNCDH de rappeler quelques chiffres pour appuyer ses dires : 32,5 % des Kanaks vivent sous le seuil de pauvreté, contre 9 % pour le reste de la population ; seuls 4,4 % des actifs Kanak sont cadres, contre 15,7 % des non-Kanak ; et les Kanak représentent jusqu’à 95 % de la population carcérale. Autant d’indicateurs qui, pour la commission, traduisent la persistance de « discriminations ». Quitte à trouver là des justifications aux émeutes survenues en mai 2024. Connectez vous pour y accéder !Ce contenu est réservé aux abonnés.
Légende photo : Dans son rapport rendu public le 29 janvier, la CNCDH pointe l’État dans sa gestion de la crise insurrectionnelle de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie.
Béryl Ziegler



