L’attaque terroriste de Sydney a provoqué une vive émotion au sein de la communauté juive de Nouvelle-Calédonie, qui célébrait dimanche le début de Hanouka. Une communauté qui estime toutefois être « préservée » sur le Caillou.
La journée de dimanche avait bien commencé, avec une journée festive à la synagogue : « Nous nous étions réunis dans les jardins pour le début de Hanouka. C’est une fête très joyeuse, qui célèbre la victoire de la lumière sur l’obscurité. Les enfants sont au cœur des festivités, on leur donne des cadeaux, on les laisse jouer… Après cette journée emplie de leurs rires, nous sommes rentrés chez nous et là, nous avons pris connaissance de ce qui se passait à Sydney. Le retour à la réalité a été très brutal », raconte Philippe Mestman le président de l’association culturelle israélite de Nouvelle-Calédonie. La petite communauté a été secouée par une très forte émotion. Les services du Haut-commissariat ont rapidement contacté l’association pour savoir si des Calédoniens se trouvaient à Bondi et s’ils avaient besoin d’une assistance ou d’un rapatriement. L’appel a été relayé sur les réseaux sociaux. « L’initiative a été appréciée, mais aucun Calédonien ne se trouvait là-bas en situation de détresse, heureusement », précise Philippe Mestman.
Un sentiment d’insécurité
Pour le président de l’association culturelle israélite, « le sentiment d’insécurité est évidemment très présent pour la communauté, notamment lorsque de tels événements surviennent dans des lieux publics. Ici en Nouvelle-Calédonie, nous sommes très préservés. Je pense que le niveau de menace est très faible. Toutefois, nous préférons jouer la carte de la sécurité et en de telles occasions, prévenir les forces de l’ordre que nous nous rassemblons. Dimanche, la police a effectué des rondes devant la synagogue, c’était pour nous quelque chose de rassurant ». En métropole, à l’occasion des fêtes religieuses de décembre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait appelé les préfets à un renforcement de la sécurité pendant les manifestations et autour des édifices religieux. Après l’attentat antisémite de Bondi Beach, il a encore réclamé l’accentuation de la présence policière autour des lieux de culte juifs. Du côté d’Israël, le président Isaac Herzog a dénoncé une « attaque très cruelle contre des Juifs qui s’étaient rendus à Bondi Beach pour allumer la première bougie de Hanouka », et demandé au Premier ministre australien Anthony Albanese de prendre des mesures contre l’antisémitisme. Pour Philippe Mestman, « le conflit israélo-palestinien a durci les positions à travers le monde et dégradé l’image d’Israël, ce qu’on ne peut que regretter. Quand on voit que le tour d’Italie est interrompu par des manifestations contre l’état hébreu, on se dit que le contexte déborde dans des proportions encore jamais vues. C’est malheureux aussi de constater que l’attentat de Sydney est survenu alors que l’on entre dans la seconde phase du protocole de paix entre Gaza et Israël ».
« On ne va pas se renier »
Faut-il alors considérer que la diaspora juive n’est plus en sécurité, et doit faire preuve de la plus grande discrétion et de la plus grande prudence dans ses célébrations ? Pour Philippe Mestman, la réponse est non : « il nous faut être vigilants, prudents, mais on ne va pas se cacher pour pratiquer notre religion, même s’il existe de forts relents d’antisémitisme. Nous n’allons pas nous renier. Hanouka, c’est déjà la célébration de la reconquête du temple de Jérusalem sur les Grecs, deux siècles avant Jésus-Christ. C’est le miracle de la lumière, qui symbolise aussi notre résilience face aux persécutions ». A Nouméa, l’association culturelle israélite de Nouvelle-Calédonie a fait la promotion de Hanouka sur les réseaux sociaux, et veut garder vivants les liens de la communauté juive avec le monde extérieur : « notre synagogue a été fermée pendant de longs mois pour des travaux de rénovation qui sont presque terminés. Dimanche nous avons pu accueillir des visiteurs, des personnes curieuses d’assister à nos célébrations et de découvrir les lieux », se réjouit Philippe Mestman. Des liens entre les communautés juives de Nouvelle-Calédonie et d’Australie existent : « Nous sommes si proches, géographiquement. Les Calédoniens prennent régulièrement des vacances en Australie. Et si des touristes australiens sont présents lors d’un week-end, il n’est pas rare de les voir venir à la synagogue pour célébrer le shabbat avec nous ».
« Profonde émotion » et « solidarité »
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, dans un communiqué diffusé hier matin, a exprimé « sa profonde émotion et sa solidarité » à la suite de l’attaque terroriste survenu dimanche sur la plage de Bondi, à Sydney. L’occasion aussi d’adresser « ses pensées les plus sincères aux victimes, à leurs familles et à leurs proches, ainsi qu’à l’ensemble du peuple australien durement éprouvé par cet acte de violence » alors que 16 personnes ont été tuées lors de cette attaque. « Liées par une histoire, une géographie et des relations humaines, économiques et institutionnelles étroites, la Nouvelle-Calédonie et l’Australie partagent des valeurs communes de paix, de liberté, de démocratie et de respect de la vie humaine. L’attaque perpétrée sur la célèbre plage de Bondi Beach constitue une atteinte grave à ces valeurs fondamentales », déplore le gouvernement calédonien, qui condamne « avec la plus grande fermeté toute forme de terrorisme et de violence aveugle, qui cherchent à semer la peur, la division et la haine ».
« Soutien indéfectible »
« La Nouvelle-Calédonie réaffirme son soutien indéfectible à l’Australie et sa détermination à œuvrer, aux côtés de ses partenaires régionaux, pour la paix, la sécurité et le vivre-ensemble dans le Pacifique », poursuit encore l’institution présidée par Alcide Ponga, tout en appelant les Calédoniens, nombreux à résider ou à séjourner temporairement à Sydney, à la plus grande prudence.
N.D.M.
Légende photo : La synagogue de Nouméa a été rénovée durant plusieurs mois pour raisons de sécurité avant de rouvrir ses portes. ©ACINC
Isabelle Peltier



