Cinq ans après, les « bannis » de Roh assignent l’État en justice

En 2020, des dizaines de familles ont été expulsées de la tribu de Roh, à Maré, sur ordre du chef Henri Dokucas Naisseline, dans un contexte de conflit mêlant religion, coutume et politique. Trente-huit personnes ont attaqué l’État devant le tribunal administratif, estimant que la destruction de leurs biens relève de sa responsabilité.

Les « bannis » de Roh réclament une réparation financière. Cinq ans après leur départ forcé de la tribu de Maré, trente-huit d’entre eux viennent de former un recours devant le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie contre l’État. Ils l’accusent de ne pas avoir suffisamment recouru à la force publique pour maintenir l’ordre pendant le conflit religieux et coutumier extrêmement violent qui a embrasé le nord de l’île.  

Pour comprendre ce dossier, il faut revenir en octobre 2020 lorsqu’un comité de clans, dirigé par le grand chef du district de Guahma, Henri Dokucas Naisseline, désigne un nouveau pasteur pour la tribu de Roh sans consulter Daniel Hnassil, fils aîné d’un petit chef décédé. Le clan Hnassil supporte mal que le pasteur ait été choisi par le comité coutumier et non par l’Église protestante. Les premières frictions apparaissent, les violences suivront plus tard. Henri Dokucas Naisseline décide alors d’exclure Daniel Hnassil et son frère de la tribu de Roh pour deux mois. 

L’explosion de violence intervient lors de l’installation du pasteur dans la tribu, le 31 octobre. Les partisans du grand chef se livrent alors à des opérations commandos d’une violence sans limite contre le clan Hnassil pendant plusieurs jours. Des jours et des nuits de terreur : des maisons, cases, véhicules et un gîte touristique incendiés, des expéditions punitives obligeant des femmes et des enfants à se terrer dans des cavités rocheuses en bord de mer, des hommes blessés et une tribu en proie aux flammes. Plus de 130 habitants de Roh sont contraints de quitter Nengone par les airs, abandonnant derrière eux une vie réduite en cendres.

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Jean-Alexis Gallien-Lamarche 

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