« Nous sommes confrontés à une délinquance très jeune, désinhibée, parfois extrêmement violente »

Trois mois après sa prise de commandement, le général François Haouchine a choisi La Voix du Caillou pour sa première grande interview. Son regard sur la délinquance, sa méthode pour lutter contre les cambriolages et les vols de véhicules, le dispositif autour de Saint-Louis… Le commandant de la gendarmerie a répondu sans détour à toutes nos questions dans cet entretien exclusif. Le haut gradé y dévoile sa vision stratégique pour « instaurer une sécurité durable sur l’ensemble du territoire ». « Un rapport de force ne se décrète pas, il se montre et se démontre », aime-t-il à répéter.

LVDC : Trois mois après votre prise de fonction, comment évaluez-vous la situation sécuritaire sur le territoire ?

Je dirais qu’elle est maîtrisée et stabilisée, mais qu’elle reste précaire et fragile. Elle est précaire, car nous voyons bien qu’il existe des tensions au sein de la société et que l’avenir de l’île est suspendu à des accords politiques. Elle est également fragile, car comme vous le savez, des débordements et des exactions peuvent se produire à tout moment, et surtout contre les populations.

LVDC : Quel regard portez-vous sur la délinquance ?

Ma première analyse me conduit à penser que nous sommes confrontés à une délinquance très jeune, désinhibée, parfois extrêmement violente et diffuse. Le second point, c’est que nous avons également une délinquance marquée par des réseaux criminels organisés sur l’ensemble du territoire. Il faut donc rester extrêmement vigilant, car cette île a toujours été préservée : ces réseaux sont actifs dans le vol de véhicules et le trafic de stupéfiants. Je le dis tout de suite, la Nouvelle-Calédonie n’est pas trop concernée par le narcotrafic à grande échelle, comme en Métropole. Nous observons toutefois une hausse de la délinquance générale de l’ordre de 10 % sur les huit premiers mois de l’année par rapport à 2023. C’est une réalité.

LVDC : Êtes-vous surpris par le nombre de cambriolages et de vols de voitures ?

Il est indéniable qu’il y a un taux élevé de cambriolages et de vols de voitures. Mais laissez-moi dire un mot sur les atteintes aux personnes. Il s’agit avant tout de violences intrafamiliales qui s’exercent, à près de 60 %, au sein du couple. Je tiens aussi à rappeler qu’il y a beaucoup de violence entre individus à cause de différends de voisinage, fonciers ou économiques. Concernant les atteintes aux biens, si nous prenons l’année 2023 comme référence, nous constatons une hausse des cambriolages d’environ 8 % en 2025. Ceux-ci concernent principalement les résidences principales et secondaires, avec une augmentation de 22 %. Nos statistiques montrent que les cambriolages dans les locaux commerciaux, professionnels ou associatifs restent stables. Si nous regardons à l’échelle du territoire, nous pouvons remarquer que ces vols sont commis aux deux tiers dans des habitations du Grand Nouméa.

LVDC : Quelles solutions pouvez-vous apporter pour remédier à ce fléau qui empoisonne la vie des Calédoniens ?

C’est une action globale engagée par l’État, sous la direction du Haut-commissaire et sous le pilotage du procureur de la République en matière de police judiciaire. Je n’oublie pas non plus les partenaires du continuum de sécurité, à savoir la police nationale et municipale, les élus, les maires et les associations. L’ADN de la gendarmerie, son essence même, c’est d’agir en proximité. Cela signifie que les gendarmes doivent rester en contact avec la population et arpenter les rues de leur circonscription. C’est important. La mission qui m’a été assignée par le directeur général de la gendarmerie est d’assurer une couverture complète du territoire sans jamais rompre le contact. C’est la raison pour laquelle nous avons adopté la méthode du « aller vers ». La population a nécessairement remarqué que, depuis quelques mois, les gendarmes sont davantage présents sur le terrain, plus à l’écoute et attentifs. En un mot, nous devons être constamment à leurs côtés. L’élan que j’ai souhaité impulser depuis mon arrivée passe par des patrouilles à pied, à cheval ou en véhicule, que l’on soit gendarme territorial ou mobile. Cela prend du temps, mais les résultats commencent à se faire sentir. Chaque Calédonien, citoyen français, mérite de voir les gendarmes passer devant chez lui.

LVDC : Est-ce à dire que les gendarmes avaient eu tendance à délaisser cette proximité ?

Je ne dirais pas qu’ils l’avaient oubliée, mais comme vous le savez tous, les gendarmes ont été particulièrement engagés et mobilisés l’année dernière. Il faut donc maintenant reprendre les bonnes habitudes. Il est important de prendre le temps de s’arrêter, de dire bonjour, de discuter avec les gens, d’observer et de surveiller. C’est aussi vrai dans l’autre sens : je demande à tous les élus et Calédoniens que je rencontre de ne pas hésiter à arrêter une patrouille pour évoquer un problème. Dans le cadre de cette méthode du « aller vers », je demande à mes hommes de prendre le temps d’effectuer un maximum de patrouilles pédestres. Cette proximité, cette présence, ce contact quotidien peuvent aussi avoir un effet sur la délinquance.

LVDC : Vous parlez aussi de dissuasion…

Oui, bien évidemment, ce volet de la dissuasion a pour objectif de rassurer les populations en incarnant un rapport de force visible depuis les axes et les centres-bourgs. Vous avez pu constater la mise en œuvre de notre plan au cours du mois de septembre, et cela va se poursuivre sur l’ensemble de la Grande-Terre. Les Calédoniens ont besoin de se sentir protégés et de voir les gendarmes en action. Mais surtout, il faut qu’ils soient imprévisibles pour l’adversité. C’est aussi la raison pour laquelle nous subissons des caillassages. Nous les acceptons, mais nous ne renonçons pas. C’est la contrepartie de l’imprévisibilité. Et nous interpellons bien souvent les auteurs.

Ce contenu est réservé aux abonnés.

Connectez vous pour y accéder !

Propos recueillis par Jean-Alexis Gallien-Lamarche

Fil d'actualité

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné,...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4...

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de...

L’Adie part en campagne pour l’entrepreneuriat des femmes

Depuis lundi et jusqu'à vendredi, l'Association pour le droit...

« La Nouvelle-Calédonie cumule toutes les crises à la fois »

Benoît Petit, PDG du groupe Elvest et d'Inter Invest...

Newsletter

Inscrivez vous pour recevoir chaque semaine notre newsletter dans votre boîte de réception.

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné, inéligible, puis éligible, puis inéligible, puis finalement éligible, un sacré yoyo juridique dans lequel Jacques Lalié...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La Voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…