Que s’est-il passé à Bougival ?

Dans un bel ensemble, le FLNKS a rejeté Bougival et appelé ses troupes à tout mettre en œuvre pour s’opposer à la mise en œuvre de l’accord. Et cela un peu plus d’un mois après l’avoir signé.

Le 2 juillet dernier, Emmanuel Macron ouvre le sommet sur la Nouvelle-Calédonie à l’Élysée. Entamé par le volet économique, il se poursuit sur le plan politique. Les délégations ont été envoyées à Bougival où elles ont résidé pendant dix jours à l’hôtel Hilton. Dix jours consacrés, matin, midi et soir, aux négociations. Elles se déroulent dans le respect de la parole de chacun, mais sont difficiles, acharnées et parfois tendues. Toutefois, personne ne quitte la table des négociations. Tout va se dénouer dans la nuit du vendredi au samedi 12 juillet. Cette nuit-là, la perspective d’un accord se dessine puis s’éloigne. Elle s’éloigne tellement que les délégations préparent leurs valises. Mais, c’est à l’issue d’un ultime entretien entre les deux délégations indépendantistes, qu’il est décidé finalement de signer. Et c’est ce que feront toutes les délégations.

Le poids de la peur

Durant la période, Christian Tein n’est pas à Mulhouse ni ailleurs. Il est à Bougival. S’il n’a pas été admis dans les négociations, de la même manière qu’il n’a pu se rendre à l’Élysée, le président du FLNKS stationne néanmoins dans le hall de l’hôtel Hilton. Et il est informé de l’avancée des discussions, car les membres de la délégation UC-FLNKS lui rendent compte, en groupe ou séparément, de ce qui se passe, ce qui se dit et surtout que tout le monde cherche un accord. Durant Bougival, notamment lors des derniers jours, « Bichou » a donc donné son avis, si ce n’est ses consignes sur la marche à suivre et sur ce qu’il fallait faire. Et il est clairement impensable que les membres de la délégation UC-FLNKS aient pu signer l’accord de Bougival, sans que Christian Tein en ait été informé, voire même sans qu’il donne son accord. Mais à peine la signature de l’accord est-elle annoncée que les militants se déchaînent, vitupèrent et menacent. À tel point qu’Emmanuel Tjibaou en fait état lors de la séance de clôture à l’Élysée. Et Christian Tein mettra deux semaines à donner son avis sur Bougival, dans la presse corse, pour dire qu’il rejette l’accord. La question que tout le monde se pose est de savoir de quel poids la peur a-t-elle pesé pour entraîner le reniement et le reconcement.

Nicolas Vignoles

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