La visite de Nicolas Metzdorf la semaine dernière à Lifou, et la réunion publique qu’il y a tenue pour expliquer Bougival, ont visiblement énervé les plus radicaux des militants indépendantistes.
On se souvient que lors de la campagne pour les élections législatives, Nicolas Metzdorf, alors candidat, avait été interdit de se rendre aux Loyauté, faisant pourtant partie de la circonscription dans laquelle il se présentait. Bis repetita cette année. Dans un communiqué publié à l’en-tête du « royaume de Gureshaba », en fait le district de La Roche dont le grand chef est Hippolyte Sinewami, il est fait interdiction aux non-indépendantistes de se rendre à Maré dans le cadre de leur tournée d’explications et de défense de l’accord de Bougival. « La révolte de mai 2024 est toujours dans la conscience de la population, nous dit le texte. Des familles pleurent encore leurs enfants et n’ont toujours pas fait leur deuil. Le projet d’accord de Bougival a un goût amer dans le royaume de Gureshaba, surtout qu’il est porté par ceux-là mêmes qui se réjouissaient de la mort et de la torture de nos enfants, jeunes Kanak humains. »
Dans ces conditions, « prenant acte de la tournée des signataires du projet d’accord de Bougival, le Conseil de chefs de clans de Gureshaba et le souverain du royaume de Gureshaba n’autorisent aucun signataire non-indépendantiste à atterrir à l’aéroport de La Roche Gureshaba-Titi concernant la tournée d’explication. Ceci afin d’éviter tout débordement, affrontement et manipulation ». Et en post-scriptum, il est précisé que « la desserte aérienne continue ses rotations et n’est pas impactée ».
La réponse du Haut-commissaire
Hippolyte Sinewami est également le président d’Inaat Ne Kanaky, qui a récemment demandé à rejoindre le Groupe d’initiative de Bakou et doit d’ailleurs se rendre prochainement en Azerbaïdjan. Inaat Ne Kanaky a, sans surprise, dénoncé l’accord de Bougival. Au-delà de l’anecdote, on peut s’inquiéter du processus démocratique, non seulement autour de la mise en œuvre de l’accord de Bougival, mais de manière plus générale sur cette restriction coutumière à la liberté de circulation.
Dans ce contexte, une réponse de l’État était attendue et celui-ci n’a pas tardé à réagir. Hier en effet, le Haut-commissaire a publié un communiqué dans lequel il « rappelle l’indispensable respect de la liberté de circuler, indissociable de la liberté d’expression ». Mais Jacques Billant rappelle surtout le respect des règles démocratiques qui régissent le fonctionnement de notre société. « Si chacun peut exprimer librement ses opinions, y compris pour s’opposer, dans le cadre du débat démocratique et dans le strict respect des lois de la République, cette liberté ne saurait être dissociée de celle de circuler tout aussi librement, sans en être empêché pour des raisons politiques », dit-il. Et l’État de prévenir qu’il fera respecter le droit à la libre circulation : « Le Haut-commissaire de la République veillera avec la plus grande vigilance au strict respect du droit de libre circulation sur l’ensemble du territoire. Il se réserve ainsi la possibilité de prendre toutes les mesures adaptées partout où ce droit pourrait être mis en cause. »
Nicolas Vignoles




