Rencontre avec… David Guyenne

Bruno Le Maire annonçait ce vendredi matin sur RRB un plan de survie pour accompagner les entreprises touchées par les émeutes. David Guyenne, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) s’est penché sur l’avenir de l’économie du pays.

LVDC : Pouvez-vous nous faire un point sur l’état économique de la Nouvelle-Calédonie aujourd’hui, près de quatre semaines après le début des émeutes ?

D.G. : Alors la situation actuelle, on la connaît. On a 5000 pertes d’emplois directs, et on estime qu’il y a 7000 emplois directs et indirects perdus. De la même manière, on estime à 15 000 le nombre de Calédoniens qui devront être inscrits au chômage partiel. Ce dispositif va permettre aux établissements de suspendre leur activité, mais aussi aux salariés de toucher une indemnisation.

LVDC : Le gouvernement a récemment annoncé des aides de survie pour les entreprises, comment accueillez-vous ces déclarations ?

D.G. : Aujourd’hui on sait que l’État souhaite accompagner, notamment par des subventions, les entreprises calédoniennes. Le ministre (Bruno Lemaire) évoquait (sur RRB hier matin) un plan en deux parties : la partie survie puis la partie reconstruction. Sur la partie survie, ces annonces répondent aux besoins, à condition qu’elles soient combinées avec d’autres aides, notamment pour les PME, comme les aides de chômage partiel, le report des échéances bancaires, le travail d’assurance. Après ce qu’il va manquer, c’est la visibilité sur le long terme. Là, la CCI considère que les entreprises vont être couvertes sur cette partie survie, mais que très vite les entrepreneurs auront besoin d’une visibilité à long terme pour avoir une stratégie de réinvestissement.

LVDC : Justement, concernant l’après, est-ce que vous avez des échos de patrons qui ne souhaitent plus investir dans le pays ?

D.G. : Évidemment, il y a des personnes qui ont été traumatisées par la violence de ce qu’il s’est passé. La violence physique déjà, avec des exactions qui ont pû être commises directement sur des locaux, des employés, du matériel. Mais, même au-delà des pillages, le quotidien pendant trois semaines des chefs d’entreprise a été de vivre dans une tension permanente, et de craindre d’une part pour leur entreprise, mais aussi de surveiller leur quartier, d’avoir peur pour leur famille. Si on regarde le moral des chefs d’entreprise dans les quartiers les plus touchés, par exemple à Ducos, c’est très très difficile. Ils ont vécu l’enfer. Ces destructions, qui ont maintenant dépassé les 150 milliards de francs, c’est 30% du capital production de la Nouvelle-Calédonie. 30% de tout ce qui a été investi pour créer de la richesse a été détruit en trois semaines. C’est juste apocalyptique en fait. Ce sont des bassins d’activités qui ont été détruits, pas juste des entreprises à droite à gauche comme ça. C’est un tissu économique qui a été meurtri, physiquement, psychologiquement.

LVDC : Est-ce qu’il y a des secteurs qui vont être plus touchés que d’autres par ces départs ?

D.G. : Bien sûr, dans les secteurs qui vont être plus compliqués, il y a logiquement le tourisme. Là, l’image de la Nouvelle-Calédonie va être dégradée pour plusieurs années. Je vois aussi qu’il faudra en profiter pour réinventer. Le secteur du nickel, qui était déjà en difficulté auparavant, va devoir se réinventer aussi. Typiquement, ça va être au chef d’entreprise de réévaluer tout ça. A l’inverse, par exemple, le BTP, on sait que c’est un secteur qui va être porteur. Parce qu’il y a toute la partie reconstruction. Il y a probablement plus de 100 milliards qui vont être réinvestis, et ça c’est uniquement pour les entreprises. Derrière, il doit y avoir à peu près 30 ou 40 milliards pour les établissements publics qui vont aussi être reconstruits.

LVDC : Comment est-ce qu’on peut convaincre les patrons de continuer à investir en Calédonie ?

D.G. : Pour les patrons que j’ai rencontrés, ils me disent : « moi j’ai un choix à faire entre reconstruire ou partir, et ce choix là il va être déterminé par les annonces qui seront faites ». Si la Nouvelle-Calédonie repart avec un grand projet économique de reconstruction, dans la paix et sur une longue durée, alors peut-être qu’ils vont réinvestir. Mais pour ça, ils demandent, et c’est normal, une visibilité sur le long terme. Et le rôle de la CCI, c’est de leur donner les données pertinentes pour qu’ils fassent leurs choix, les tailles de marché, les zones commerciales, les besoins d’équipements. D’orienter leur choix.

LVDC : Concernant le jour d’après, comment imaginez-vous les réticences qu’il pourrait y avoir dans les embauches ?

D.G. : Il n’y a jamais eu de problèmes de vivre-ensemble dans les entreprises. Jamais. Le chef d’entreprise, dans de nombreux cas, il se dit que l’entreprise, c’est sa grande famille. Et quand il voit qu’on l’attaque, qu’on la pille, qu’on la casse, il se sent trahi. Je pense que les chefs d’entreprise qui ont pu avoir des discours violents, généralement, c’est parce qu’ils ne sont pas retournés sur leur lieu de travail, et actuellement ils ne savent même pas qui va venir. Donc forcément, il y a des appréhensions, mais il y a plein de salariés qui aujourd’hui sont tristes d’avoir perdu leur outil de travail. La reconstruction, elle va devoir se faire tous ensemble, et je crois que s’il y a un grand accord demain, il doit y avoir au cœur du projet la reconstruction sociale, sociétale et économique.

Propos recueillis par Loris Castaing

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