En attendant leur procès, les quinze militants de la CCAT ont l’interdiction de participer à une manifestation

Traduits hier après-midi en comparution immédiate, quinze personnes, soupçonnées d’avoir participé à des actions de blocages à Nouméa et au Mont-Dore, ont demandé un délai pour préparer leur défense. Ils sont maintenus sous contrôle judiciaire jusqu’au procès du 6 août prochain.

Quelques mots d’avertissement ont conclu l’audience. « Qu’on ne vous retrouve plus dans cette situation, ne vous faites plus remarquer jusqu’à la date du procès. » Au tribunal correctionnel de Nouméa, la présidente a prévenu que « le parquet n’aura pas le même regard » si d’aventure, ils étaient à nouveau interpellés. Traduits en comparution immédiate, quinze militants de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), soupçonnés d’avoir pris part aux premières actions de blocages dans la nuit de mercredi à jeudi à Nouméa et dans la matinée de vendredi au rond-point de Boulari (Mont-Dore), ont demandé un délai pour préparer leur défense. Il est de droit, et les magistrats s’y sont donc pliés.

« Ils ne veulent pas servir d’exemple »

Parmi ces personnes à la barre, la juridiction a pu constater des profils très divers. Si des personnes étaient déjà connues de la justice, comme le syndicaliste Henri Juni, en libération conditionnelle après une condamnation en 2020 dans le cadre du conflit de l’usine du Sud, d’autres n’ont jamais comparu dans une enceinte judiciaire. Certains ont des emplois stables – il y a, par exemple, un patenté chauffeur depuis 19 ans -, des enfants à charge ou encore une implication à la tribu ou dans le tissu social comme Marcel Toyon, le président de l’association Action solidaire.

Compte tenu du fait que les prévenus ont demandé un renvoi de leur comparution, la présidente et les deux autres magistrats du siège – il n’y avait pas d’assesseur citoyen en raison des blocages un peu partout dans le pays – n’avaient donc qu’à statuer sur les mesures de sûreté en attendant la prochaine audience. Tous avaient été placés sous contrôle judiciaire contre l’avis du parquet qui avait requis de la détention provisoire à l’encontre de quelques-uns. « Je constate que les prévenus assument leurs responsabilités et qu’ils sont venus devant vous aujourd’hui », souligne Isabelle Fuhrer qui a considéré qu’il est « nécessaire de maintenir les contrôles judiciaires pour éviter qu’ils reproduisent des actions de blocages ». La représentante du ministère public a même demandé au tribunal « d’alléger » certaines mesures comme l’assignation à résidence, préconisant un pointage à la brigade de gendarmerie ou au commissariat à raison d’une fois par semaine.

Une position qui a, sans surprise, été appréciée du côté de la défense. L’avocat Me Martin Calmet a ainsi exprimé sa position, évoquant « des faits minimes qui s’inscrivent dans un contexte difficile. On a brûlé deux palettes et mis le feu à des pneus… Ça ne leur posera aucune difficulté de ne pas participer à des manifestations ». Son confrère, Me Pierre Ortet, a également parlé « de faits qui ne sont pas pénalement extrêmement graves », une ligne également adoptée par les deux autres avocats de la défense, Mes Christelle Affoué et Stéphane Bonomo. « Ce sont des gens simples, pas des meneurs. Le climat actuel ne permet pas de les juger sereinement, ils ne veulent pas servir d’exemple. Je ne comprends pas pourquoi on leur interdit de manifester, cette mesure n’est pas nécessaire. »

« On nous regarde comme des terroristes »

En milieu d’après-midi, le tribunal correctionnel a rendu son délibéré et renvoyé les dossiers au 6 août prochain. En attendant l’audience, les quinze prévenus ont l’interdiction de manifester – et a fortiori de participer à des entraves à la circulation -, de porter ou détenir une arme et sont astreints à un pointage une fois par semaine. « Je vous rappelle que ces infractions sont punies par la loi et que la dernière chose à faire, c’est de vous retrouver interpellés », a lancé la présidente. Tout le monde est sorti libre du palais de justice devant lequel des dizaines de personnes, drapeaux en main et pour certaines le visage masqué, les attendaient sous des applaudissements nourris. « C’est une mobilisation pacifique car notre combat est noble et légitime. On ne peut pas effacer comme ça le peuple kanak. Nous sommes interdits maintenant d’assister à toutes les manifestations de la CCAT. On est dans la ligne de mire mais qu’est-ce que nous avons fait de mal ? On s’est juste levé un matin pour dire ‘’rien ne se fera sans nous’’. Le fait d’avoir osé de se mettre debout, on nous regarde comme des terroristes », a notamment déclaré Henri Juni à la sortie du palais de justice.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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