Une femme de 47 ans a écopé d’un an de prison avec sursis probatoire pour avoir fait subir à ses deux filles de 10 et 11 ans de violentes corrections pour, soi-disant, les éduquer.
L’éducation ne passe pas par des coups de ceinture. Et aucune autre forme de violence. C’est bien le message qu’a voulu faire passer la présidente du tribunal Hélène Gaillet à une mère de famille qui comparaissait en juge unique pour des violences sur ses deux filles entre juillet 2018 et novembre 2022, à Nouméa. L’enquête de la police nationale, à l’origine d’un signalement scolaire, avait permis de révéler que cette femme de 47 ans s’en prenait régulièrement à ses enfants pour les corriger dès la moindre bêtise. Une éducation à coup d’astiquage qui n’a jamais été bénéfique pour personne et qui constitue, d’autant plus, une infraction au Code pénal. A la barre, la mère s’exprime avec une petite voix, aux antipodes de ses crises de colère racontées par son entourage lorsque ses enfants chahutent ou lui désobéissent. « J’étais toute seule à élever mes enfants. Ça a été difficile. Je les gâte trop et maintenant, ils ne m’écoutent pas », témoigne-t-elle sans fuir ses responsabilités. Car cette maman épuisée, qui n’a pas su gérer l’éducation de ses progénitures, est allée bien trop loin.
« Elle est méchante avec nous »
Coups de pied, de ceinture, de fils électriques, d’écumoire en fer, sans parler des insultes et des menaces de mort, la prévenue n’a pas réussi à gérer « sa personnalité colérique et pulsionnelle », analyse l’expert psychiatre qui évoque également « un état de fatigue chronique ». Parce que les enfants ne rangeaient pas correctement leurs vêtements ou avaient été maladroits avec la vaisselle, ils étaient victimes d’une grande brutalité.
« Elle est méchante avec nous », avait témoigné l’une des jeunes filles devant les enquêteurs, révélant que leur mère les avait menacés de boire l’eau des toilettes ou qu’elle déchirait les culottes et les jouets quand elle était en colère. Si la quadragénaire avait été réticente à reconnaître les faits pendant ses auditions devant les policiers, elle a totalement changé de version devant la juridiction, reconnaissant avoir « dépassé les bornes. Je me fais suivre par un psychologue maintenant, et ça va beaucoup mieux. J’avais besoin de cette aide».
Ce procès a permis à la magistrate Hélène Gaillet de faire œuvre de pédagogie auprès de cette maman pour qu’elle comprenne que « les enfants ne peuvent pas être élevés dans un mécanisme de violence qu’ils reproduiront peut-être un jour. Vos filles vivent constamment dans la peur, elles doivent évoluer dans un climat serein ». Encore aujourd’hui, elle vit et éduque au quotidien ses deux filles mais la quadragénaire a été prévenue, « vous allez devoir les accompagner pour qu’elles dépassent ce qu’elles auront vécu ». « Ces violences peuvent avoir des conséquences sur le développement physiologique des enfants avec des risques de difficulté sur le rapport à l’autre », plaide Me Charly Laroche, avocat de l’association SOS Violences désignée administrateur ad hoc pour les mineurs.
« Regagner la confiance de ses filles »
Déjà rappelée à l’ordre en 2018 pour avoir couvert d’ecchymoses le corps de l’une de ses filles avec des coups de ceinture, la prévenue a fait preuve « de violences inadmissibles », a dénoncé le procureur Hervé Ansquer qui s’est refusé de requérir « le retrait de l’autorité parentale » car « elle a fait des efforts ». L’avocate de la défense confesse, « on peut se demander comment on peut en arriver à de telles violences sur ses propres enfants ? ». A entendre Me Christelle Affoué, il s’agit d’une mère « complètement dépassée » qui a désormais un objectif : « regagner la confiance de ses filles ».
Une peine d’un an de prison avec sursis probatoire (avec une obligation de soins, d’un stage de parentalité et d’indemniser ses enfants à hauteur de 270 000 francs) a été décidée par le tribunal correctionnel.
Jean-Alexis Gallien-Lamarche



