Un homme d’une trentaine d’années a été condamné par le tribunal correctionnel pour corruption de mineur après avoir abordé, en 2021 et 2023, des collégiennes avec qui il voulait avoir des rapports sexuels.
Il voulait les « embarquer » dans sa voiture. D’une manière tout à fait naturelle, sans aucune gêne ou volonté d’esquiver les questions du tribunal, un homme d’une trentaine d’années a raconté comment il a tenté d’enlever des adolescentes, à Dumbéa en 2021 puis à La Foa en 2023, avec qui il voulait avoir des rapports sexuels. « Elles étaient attirantes, je voulais qu’on discute et ensuite un rapport », répond-il aux magistrats. Jugé pour corruption de mineur – la juridiction avait délivré un mandat d’amener pour l’obliger à comparaître -, ce trentenaire de la tribu de Gélima (Canala) avait tenté, le 3 novembre 2021, de faire monter dans sa voiture une jeune fille de 13 ans devant le collège Jean Fayard, à Katiramona (Dumbéa). « Sur le chemin, il est passé devant moi. Je ne le connaissais pas. Il m’a demandé de monter et il a insisté. Il est ensuite sorti de la voiture, il s’est rapproché. Je n’étais pas bien. Il voulait qu’on teste un truc », avait raconté, en audition, la victime qui avait immédiatement dit à son harceleur qu’elle était en classe de 4e. Terrorisée, elle s’était réfugiée dans le collège pour échapper à ses folies. « Monsieur, vous ne pouvez pas penser qu’elle a 17 ou 18 ans. Elle vous a dit qu’elle était en 4e. Ça ne vous pose pas de problème la différence d’âge ? Ça pose question votre comportement d’aborder des jeunes filles de cette manière… », souligne la présidente Hélène Gaillet.
Il ressent des « pulsions »
Deux ans plus tard, cet employé à la mine récidive. À quelques centaines de mètres du collège de La Foa, il suit en voiture une élève qui retourne en cours après avoir déjeuné chez elle. Là encore, elle a 13 ans. « Il roulait très doucement à côté de moi. Il m’a klaxonnée. Je ne me sentais pas en sécurité. Il s’est garé un peu plus loin, dans une ruelle, pour me barrer le chemin. Son attitude n’était pas normale », se souvient l’adolescente. « Je l’ai trouvé jolie, je me suis dit que j’allais tenter une approche », justifie le trentenaire. Il affirme à la barre qu’il ressent « des pulsions » et assume être attiré par des mineurs. Par le passé, il aimait passer du temps devant les collèges et les lycées pour « regarder les filles ».
Son expertise psychiatrique n’apporte, pourtant, pas vraiment d’éléments. Il n’est pas « dans le registre de la pédophilie » et ne présente « pas de dangerosité délictuelle ou sexuelle ». « Il propose sans imposer », conclut l’expert qui écrit que le prévenu « n’est pas conscient d’être transgressif ».
L’avocate Me Laure Chatain d’une mineure rappelle que sa cliente a ressenti « une peur animale ». « Elle a compris qu’elle était sa proie, qu’elle était sur son terrain de chasse. Elle n’avait pas les armes pour se défendre face à un homme de plus de vingt ans qui a des idées répugnantes derrière la tête ». Les conséquences pour ces deux victimes sont graves. L’une d’elle a mis des mois à s’en remettre. « Il y a un avant et un après, témoigne son père. Il faut désormais la surveiller, l’accompagner. Elle ne veut plus dormir seule et c’est compliqué pour elle de rester seule à la maison. »
« Il y a d’autres victimes »
La procureure de la République Hélène Gaudet est « inquiète » par le profil du prévenu qu’elle qualifie de «nprédateur » qui cherche « ses proies ». « Il ne se contente pas d’être attiré par les jeunes filles, il les aborde. On comprend bien qu’il y a d’autres victimes qui n’ont pas déposé plainte », dénonce la représentante du ministère public. En défense, l’avocat Me Stéphane Bonomo assure que le dossier, « ce n’est pas l’affaire Epstein » ni le cas de Jean-Luc Lahaye. Le conseil a partagé « ses difficultés » dans cette affaire « car je n’ai pas l’impression que la corruption de mineur, qui implique une intention de pervertir des mineurs, soit caractérisée. Je comprends bien que c’est traumatisant pour ces jeunes filles mais je considère qu’il n’y a pas eu d’incitation de mineurs à la débauche ».
Pas de quoi convaincre le tribunal correctionnel qui a condamné le trentenaire à la peine de deux ans de prison avec sursis probatoire. S’il a pu sortir libre du Palais de justice, il sera suivi de près par l’institution. Il a, en effet, l’interdiction d’approcher des mineurs en dehors de son cercle familial, d’exercer des activités avec des enfants ou encore de s’approcher des établissements scolaires. « On va donner l’information à tous les gendarmes. S’ils vous voient une seule fois près d’un collège ou d’un lycée, le sursis se transformera en prison », avertit la présidente.
Jean-Alexis Gallien-Lamarche



