Une double championne de France du lancer de javelot s’installe à Nouméa

Arrivée fin septembre pour y trouver un nouveau cadre d’entraînement, avec l’ambition de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris (26 juillet – 11 août), Jöna Aigouy, 24 ans, se sent bien sur le Caillou. Elle se voit y rester plusieurs années.

La lune de miel dure depuis trois mois et demi. « A la base, je venais pour l’année olympique, voir comment ça se passait, en me disant que si ça se passe bien je reste jusqu’à 2028 » pour préparer les JO de Los Angeles, « et si ça se passe moins bien je rentrerais. Pour le moment, ça se passe merveilleusement bien : on a un groupe incroyable, je m’entends très bien avec Eric, je m’entends bien avec Felise aussi », sourit Jöna (prononcez Yona). « Tout va bien, donc je suis partie pour rester. » De temporaire, l’installation est désormais pour une « durée indéterminée ».

Eric, c’est Eric Reuillard, perchiste (plusieurs fois médaillé aux Jeux du Pacifique), professeur de sport au lycée Jules-Garnier (Nouville) et responsable du haut niveau au sein de la Ligue calédonienne d’athlétisme. Il entraîne, entre autres, Felise Vahai Sosaia, devenu en 2022 champion de France du lancer de javelot. C’est ainsi que Jöna les a connus.

La Calédonie plutôt que la Finlande

« Ça faisait sept ans que je m’entraînais sur le Creps de Boulouris /Saint-Raphaël », rembobine l’Aveyronnaise. « Malheureusement, il y a un an et demi je me suis blessée gravement au genou, j’ai fait une luxation de la jambe gauche lors d’une compétition » à Tours. « Je fais mon lancer, ma jambe se plie et elle ne se remet pas en place: c’est un peu traumatisant, je ne voulais pas voir ça, j’ai hurlé ! » Dans le mouvement, « le ligament croisé intérieur » est touché.

« Ça a été un peu un électrochoc. Je me suis dit qu’une fois que je pourrai recommencer à marcher, à courir, à lancer, j’aimerai bien trouver un nouveau lieu d’entraînement, pour prendre un nouveau départ, pour faire le deuil de ma blessure et surtout pour continuer à optimiser mon entraînement. J’ai réfléchi un petit peu, j’avais des entrées en Finlande », pays où « ils sont vraiment très forts au lancer de javelot. Et puis, j’ai rencontré Éric et Felise », un temps passé par Saint-Raphaël. « On a commencé à discuter. J’ai eu un feeling énorme avec Éric, on se rejoignait sur plein de points, on était d’accord sur pas mal de choses au niveau de l’entraînement, j’adorais le personnage, je me suis liée d’amitié avec Felise, que j’ai hébergé après les championnats de France élite, et à force de discussions et de réflexion j’ai fait le choix de les rejoindre ici » à Nouméa.

« Assez fabuleux »

« On s’entend vraiment bien avec Felise, on est tout le temps en compétition, sur tout ce qu’on fait, à l’entraînement mais aussi en dehors : on joue souvent à Puissance 4 et on est en mode compétition ! La dernière fois, on a fait de l’origami sur papier et on a réussi à faire de la compétition », rigole Jöna. « Au-delà de Felise et Eric il y a aussi, ici, ce qu’on appelle le groupe Ambition mondiale : c’est un groupe super avec des jeunes qui sont hyper motivés, tous les jours à l’entraînement avec nous et il y a une vraie émulation. C’est quelque chose que je n’avais absolument pas connu en Métropole », alors qu’ici, « quand tu es sur le stade il y a toujours quelqu’un qui va passer à côté de toi et t’encourager, c’est assez fabuleux. Ces jeunes apportent une énergie de dingue au quotidien. » Elle cite également « Loan » Ville, spécialiste du 400 mètres haies, qu’elle « adore » déjà, et « tout le groupe handi ». Tout cela, « c’est vraiment un environnement facilitant », continue Jöna, « surprise que les gens soient aussi accueillants ».

Aux Jeux du Pacifique ?

Tombée sous le charme du Caillou, la double championne de France (2021, 2023) s’imagine participer aux Jeux du Pacifique avec la Calédonie : pourquoi pas en 2027 à Tahiti, ou en 2031 dans un pays qui doit encore être déterminé. En attendant, Jöna n’est pas allée, en tant que spectatrice ou supportrice, à la 17e édition des Jeux, de mi-novembre à début décembre aux Salomon. « C’était un peu compliqué pour m’entraîner » là-bas. « Je ne voulais pas faire une semaine de tourisme, je ne suis pas venue pour ça… »

Anthony Fillet

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