C’est un pavé dans la mare. A la suite de la publication d’un rapport polémique par la CNCDH, suscitant de nombreux commentaires, la Ligue Calédonienne des Droits de l’Homme a pris position, dénonçant dans le rapport de la Commission, une analyse « biaisée, partiale et injuste ».
La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme ne s’attendait sans doute pas à ça, car la ligue calédonienne procède à une véritable remise à l’ordre. Dans un très long communiqué, envoyé également au 1er ministre Sébastien Lecornu et au président de la CNCDH, Jean-Marie Burguburu, la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen de Nouvelle-Calédonie se dit tout d’abord « sidérée de ne pas avoir été auditionnée par la CNCDH », reprochant à la Commission de n’avoir « même pas pris la peine de consulter nos communiqués et articles publiés avant et après les évènements de mai 2024 », pas plus d’ailleurs que « toute la population victime des exactions pendant des mois ». Elle déplore que la Commission n’ait pas interrogé « les représentants des communautés non kanak, les maires des communes concernées dont celle du Mont Dore particulièrement impactée, les associations d’action sociale, les syndicats de la santé et de l’enseignement, les collectifs de quartier, les services de sécurité (pompiers…), mais aussi les représentants politiques autres que ceux du FLNKS/UC /CCAT ».
« Une violence qui a fait exploser l’Accord de Nouméa »
Rappelant que, régulièrement la Ligue calédonienne dénonce les inégalités croissantes dans la société, et alerte sur ce point les institutions locales et nationales, elle précise que, comme toute la population, « elle a observé avec stupeur le recours à une violence inouïe des indépendantistes les plus radicalisés, endoctrinant des jeunes en déshérence et fortement alcoolisés. Rejetant le dialogue et le destin commun de la poignée de main, ces radicaux ont utilisé la terreur et les exactions pour détruire ce qui avait été progressivement mis en place dans le cadre des accords pour rééquilibrer les territoires et réduire les inégalités ». La Ligue calédonienne rappelle surtout que les droits fondamentaux de la population ont été bafoués pendant des semaines, précisant que « la CNCDH aurait dû s’informer et rapporter aussi sur toutes ces atteintes aux libertés fondamentales ». Aux critiques des membres de la Commission sur l’action des Forces de l’Ordre, la Ligue répond que « la population agressée et terrorisée, surtout celle des quartiers ou la mixité est réelle, privée pendant des semaines de ses droits, ceux de circuler librement, d’accéder à la nourriture, au travail, aux centres de santé, à l’école, ont apprécié l’intervention des Forces de l’Ordre ».
Les forces de l’ordre ont agi avec discernement
Dans son rapport, la Commission Nationale accuse pêlemêle l’État, la justice et finalement les non-indépendantistes, ces derniers agissants, selon elle, au travers de « milices ». A cela, la ligue rétorque que « les FO ont agi pour nous avec discernement et modération », et ce « malgré l’extrême violence des agresseurs en bandes organisées ». Cela, précise-t-elle, pendant « que la population mélangée des quartiers s’organisait en « voisins vigilants », comités de défense qui sont restés incroyablement pacifiques malgré un sentiment général de peur, puis de méfiance puis inéluctablement de rejet ethnique ». Dans ces conditions s’étonne la Ligue, « comment la CNCDH peut-elle reprendre ce fantasme fabriqué sur les réseaux, de « milices armées » qui n’ont été vues que par les émeutiers ? ». Quant au traitement judiciaire des actions criminelles, souligne le communiqué, « il apparaît à la LDHNC que tous les prévenus et inculpés des deux bords ont été traités équitablement, en respectant la présomption d’innocence ». En conclusion et sur le plan politique, la Ligue des Droits de l’homme et du Citoyen de Nouvelle-Calédonie pose une question « qui est responsable des évènements ? ». Elle rappelle que les avancées en termes de rééquilibrage n’ont pas entrainé la réduction des inégalités sociales, « mais, écrit-elle, ces inégalités sociales et ethniques ainsi que la déshérence d’une partie de la jeunesse kanak ne doivent pas être attribuée à l’État ou aux institutions mais bien à l’aveuglement idéologique des politiques locaux. Au lieu de travailler sur un modèle social solidaire et inclusif, ils se sont affrontés dans des positions radicales et dogmatiques. Après 3 consultations, ces positions ne pouvaient que mener à l’affrontement surtout quand ces jeunes déscolarisés, en perte de repères familiaux et coutumiers sont endoctrinés et poussés à la violence pour provoquer chaos, terreur et départ des non kanak ».
N.V




