Une coulée de boue dévastatrice en aval de la mine Pinpin

Les fortes pluies de dimanche dernier ont provoqué un accident environnemental sur la mine de Pinpin à Poya, exploitée par la Nickel Mining Company. Une ravine s’est créée et une coulée de boue s’est déversée dans le creek Amick en contrebas.

L’eau coule désormais rouge dans le creek Amick, qui passe au pied de la mine Pinpin. Le week-end dernier, les fortes pluies ont provoqué un glissement de terrain et le déversement de plusieurs tonnes de boues, en contrebas de la montagne. Ce sont deux riverains, alertés par un bruit sourd dans la nuit de dimanche, qui ont contacté le chef de centre de Poya, après avoir constaté que les cours d’eau à proximité de leur propriété drainaient de la boue. Dès le lendemain (5 février), la NMC a prévenu la Direction de l’industrie, des mines et de l’énergie de la Nouvelle-Calédonie (DIMENC) et la mairie de Poya, et des investigations ont débuté, concluant à la formation d’une nouvelle ravine sous la verse Amick Ouest, sur le versant du Oué Ponou donnant sur le creek Amick.

Les riverains en colère

Ce n’est pas la première fois qu’un incident environnemental comme celui-ci se produit sur la mine de Pinpin, exploitée par la Nickel Mining Company (NMC), filiale de la Société minière du Sud Pacifique. En 2008, la pluie avait fait déborder un bassin de décantation, polluant le creek Amick. En 2017, de l’autre côté de la montagne, une ravine conséquente s’était formée suite au passage du cyclone Cook, puis en 2020 un éboulement était survenu consécutivement là aussi à un évènement climatique. Des travaux de réhabilitation de la ravine avaient été alors menés et le plan de gestion des eaux de la mine redéfini.

Après le nouvel incident de ce week-end, des constats ont été dressés par la gendarmerie. « Nous avons pris contact tout de suite avec la NMC dès que nous nous sommes aperçus de l’ampleur de l’incident, nous a dit Jacques Gossoin, président de l’association des riverains de la Moindah et du creek Amick. Nous avons pu également monter sur mine pour aller constater ce qui s’est passé, parce que c’est catastrophique. Le creek de Poya-Sud qui n’était pas pollué est tout rouge maintenant. Tous les propriétaires impactés par la pollution vont maintenant déposer plainte, parce que certaines familles se retrouvent en difficulté, celles qui pompent dans le creek parce qu’elles sont éloignées du réseau d’eau communal ».

Une réaction rapide de la NMC

Via un Flash Environnement, NMC a dressé un constat de la situation et a indiqué les mesures mises en œuvre. Le 6 février, plusieurs équipes de NMC se sont mobilisées pour sécuriser la zone. Un survol en drone a également été mené. Toujours selon ce document, environ 2 500 m2 de végétation naturelle riche ont été arrachés par la ravine, et le creek Amick a été impacté par la coulée boueuse. Hier, la société a poursuivi les mesures de sécurisation, tout en tentant d’identifier les causes de cet incident. Nous en saurons davantage dans les jours à venir.

Dépêchée sur place, la DIMENC rendra prochainement un rapport pour faire toute la lumière sur cette affaire et un comité local d’information (CLI) de la mine Pinpin va se réunir la semaine prochaine. Créé en 2018, le CLI réunit l’association des riverains de la Moindah et du creek Amick, l’exploitant NMC, la DIMENC, la mairie de Poya et la province Sud.

Le centre de Poya a la particularité d’être à cheval sur les provinces Nord et Sud. Là, l’incident s’est produit sur une zone située en province Sud, qui dispose de la compétence environnementale. Philippe Blaise, 1er vice-président de la Maison bleue, confie ne pas être surpris par ce nouveau dérapage écologique : « On avait eu l’occasion d’interpeller la NMC sur la question de la déficience de sa gestion des eaux. Il y a clairement un déficit de moyens. Ce n’est pas normal qu’une entreprise privée, qui est une filiale de la province Nord, ait ainsi pu laisser la situation se dégrader. Je les avais mis en demeure et je leur avais dit de demander à leurs actionnaires de prendre les mesures qui s’imposaient. Force est de constater que ça n’a pas été fait. La NMC aurait dû être exemplaire. Malheureusement, ce qui s’est passé montre qu’ils n’ont pas pris les mesures nécessaires ».

Déjà en grande difficulté financière, NMC risque une amende conséquente et une fermeture administrative de son centre de Poya, qui est l’un de ses quatre sites de production.

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