« Quand on aime quelqu’un, on la frappe ? »

Coups de poings, de couteaux et de batte en aluminium, brûlures de cigarettes, jets d’une grosse pierre, d’une chaise ou encore d’un pot de fleurs, menaces de mort avec un tournevis : un homme de 18 ans était jugé hier matin à Nouméa, en comparution immédiate, pour avoir violenté sa compagne de manière régulière ces derniers mois dans la capitale, parfois en présence de témoins.

Condamné à trois ans de prison, la moitié avec un sursis probatoire renforcé pendant deux ans, conformément aux réquisitions du parquet, le prévenu, vivant jusque-là au 7e Km et placé en détention depuis dimanche, risquait plus gros. « La peine tient compte du fait que vous êtes un jeune majeur », lui a expliqué la présidente de l’audience, Hélène Gaillet, après le délibéré, rendu devant le père du coupable, arrivé quelques instants plus tôt. « Il faut vraiment que vous repartiez avec une prise de conscience, que vous n’avez pas encore… » En réparation du préjudice moral subi, il devra payer 100 000 francs à la victime, désormais son ex-compagne, avec laquelle il n’a plus le droit d’entrer en contact. Il a aussi l’obligation de suivre un stage de responsabilisation pour auteurs de violences conjugales.

« Elle a peur de vous et vous le savez »

Ils étaient en couple depuis mai 2021. Les premiers coups sont arrivés après cinq mois de relation. Des violences chaque semaine, parfois plusieurs fois dans la même semaine, a précisé la victime (absente à l’audience) au cours de l’instruction, évoquant des agressions physiques (pas sexuelles) et verbales. Par exemple, un soir, alors qu’il était ivre, raconte-t-elle, il la frappe pendant « dix, quinze minutes, après il s’est fatigué ». Des cicatrices à différents endroits du corps témoignent de la puissance des impacts. Les membres inférieurs ont notamment été visés : deux coups de canif dans la cuisse droite, une autre fois trois coups de couteau à beurre dans la cuisse gauche, au moins une cigarette allumée écrasée dans cette même zone… S’il reste des traces, c’est aussi, peut-être, parce que la victime a toujours évité le corps médical, se soignant elle-même, avec les moyens du bord.

Des témoignages, dont celui de plusieurs de ses amies, confirment les violences en public. La famille du prévenu minimise les faits, rejette en partie la faute sur madame et raconte n’avoir jamais assisté à des scènes de ce type, au contraire de la famille de la jeune femme, qui a déjà « corrigé » ce compagnon violent, ce qui n’a pas suffi à l’arrêter. Il a reproduit, en boucle, le schéma classique des violences intrafamiliales : coups, puis excuses, pleurs, regrets… jusqu’aux prochains coups, détaille la présidente. « Elle explique qu’elle a peur de vous et vous le savez, elle se sent en danger. »

« C’est venu tout seul »

Vendredi, à Nouméa, ce fut la fois de trop : la jeune femme a été frappée puis est partie trouver son père, la lèvre gonflée. Elle venait de recevoir deux ou trois coups de poing, avant de tomber au sol, son compagnon, non alcoolisé cette fois-ci, la tirant ensuite par les cheveux. Le père et le petit frère de la victime cherchent l’individu violent, finalement interpellé par les autorités. « Pourquoi cette colère ? », l’interroge la présidente. « C’est venu tout seul », répond le prévenu. « C’est l’annonce de la séparation », un souhait de madame, « qui a été difficile pour vous » à supporter ? « Oui, voilà… » Hélène Gaillet reprend la parole, usant de mots percutants pour amener son interlocuteur à la réflexion. « Vous l’aimez cette jeune femme… Est-ce que, quand on aime quelqu’un, on la frappe ? » Réponse, évidente, formulée à voix basse dans le micro : « non… » Le dialogue se poursuit : « si ça vient tout seul » ce genre d’excès de colère, « c’est inquiétant, monsieur. Ça veut dire que, toute votre vie, ça va se passer comme ça avec les femmes que vous rencontrerez ? » Long silence dans la salle.

« Monsieur est d’une certaine manière une énigme », car lors des épisodes de violences il « fonctionne en deux temps : l’impunité, la colère froide, et ensuite la prise de conscience immédiate. Je me pose la question de son état mental », a confié son avocat, maître Maxime Guerin-Fleury.

Anthony Fillet

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