« Je ne demande rien, mais il faut que tu changes »

Jugé en comparution immédiate vendredi à Nouméa pour avoir frappé et volé un membre de La Croix-Rouge deux jours plus tôt dans la capitale, un homme de 22 ans a été absouts par la victime, ce qui n’a empêché le tribunal de le condamner à trois mois de prison ferme, plus quinze mois avec sursis probatoire. Sa peine sera aménagée, pour lui éviter une longue incarcération. Une sorte de dernier avertissement donné par le tribunal.

Invitée à venir s’exprimer à la barre, la victime, un homme deux fois plus âgé que le prévenu, gilet de La Croix-Rouge sur le dos, a parlé fort, prononçant des mots qui l’étaient tout autant. « Je suis un enfant de chœur », engage-t-il. « Fils, je ne demande rien », dit-il en s’adressant au prévenu, alors que la présidente de l’audience, Sylvie Morin, venait de l’interroger sur sa volonté, ou non, de réclamer des dommages et intérêts. « Mais il faut que tu changes, mon fils », ajoute-t-il au sujet de ce jeune homme qu’il ne connaît pas et qu’il refuse d’accabler. Il se dit sans doute qu’il est encore « sauvable ».

Le vol ? « On oublie ça »

« Vous vous rendez compte, monsieur ? Vous avez entendu ? », lance la présidente au prévenu. « Il s’est fait casser le nez, il va se faire opérer et il ne demande rien ! Vous avez peut-être quelque chose à lui dire ? C’est le moment ! » D’une voix basse, le prévenu, mains toujours dans le dos et regard vers le sol, présente alors des excuses, dit qu’il viendra faire une coutume de pardon. « Vous pouvez peut-être aussi aider à La Croix-Rouge, donner de votre temps », lui suggère la présidente. A voir si son souhait sera suivi d’effet. Quant au vol des lunettes? « On oublie ça », coupe la victime, peu rancunière, sous le regard surpris de la présidente.

« Comportement de caïd »

« Il faut saluer la dignité de la victime », a commenté Hervé Ansquer, vice-procureur, avant de parler du prévenu. « Le comportement de monsieur est, lui, beaucoup plus critiquable », avec une « défense » se révélant être « particulièrement fuyante ». Ce jour-là, avec deux complices, il y a eu « une délinquance de bande », avec une volonté de « faire du racket : on demande des cigarettes, et comme ça ne suffit pas, on roue de coups » la personne en face. « Un comportement de caïd » de la part du prévenu, contre lequel le représentant du parquet requiert dix-huit mois de prison, avec un maintien en détention. « Des réquisitions complètement disproportionnées », regrette l’avocat de la défense, maître Guilhem Guépy, arguant que son client, qu’il ne connaissait pas quelques minutes avant l’audience, et qui apparemment « était dans la prière » durant de longs mois avant de refaire parler de lui en mal (« il aurait dû rester dans la prière… »), ne pose pas de problème quand il est seul et à jeun. « C’est l’effet de groupe qui induit l’alcool et qui induit les violences. »

« Comme au rugby »

Ce mercredi 3 janvier, en fin de matinée, à Nouméa, la police municipale a été appelée à l’heure du déjeuner pour des violences suivies d’un vol. Selon la victime, voici ce qu’il s’est passé : un jeune membre de La Croix-Rouge s’est fait importuner, et frapper, par des jeunes qui l’ont abordé puis ont cherché à le voler. Une fois au courant, un ancien, collègue du jeune qui a pris des coups, s’en va voir les agresseurs pour leur demander des comptes. La tentative de discussion ne porte pas ses fruits : l’ancien reçoit deux coups de poing au visage, puis se fait plaquer au sol « comme au rugby », précise-t-il, et encaisse une série de coups de pied. Bilan : une interruption de travail de quinze jours, avec notamment une suspicion de fracture du nez, plus des douleurs au coude droit et à l’épaule du même côté.

« Vous avez de chance »

Pourquoi avoir agi ainsi, l’interroge la présidente, le prévenu, déjà condamné quatre fois depuis 2020, dont à trois reprises pour des vols, raconte qu’il était ivre et qu’il voulait initialement dérober un téléphone. Toujours est-il qu’il qu’après les coups donnés il aurait, selon la victime, subtilisé une paire de lunettes de soleil, objet non retrouvé par les policiers lorsqu’ils l’ont interpellé, caché au deuxième étage d’un immeuble. Ce midi-là, le jeune homme avait 1,3 gramme d’alcool par litre de sang. Question de la présidente: « estimez-vous que vous êtes alcoolique ? » Réponse du prévenu: « oui ».

Dans cette histoire, « vous avez de chance, parce que si monsieur était tombé sur une table » dans sa chute après les coups de poing, « et si une veine avait explosé » dans le choc, « on se retrouverait aux assises », rappelle Sylvie Morin au jeune homme, pour lui prendre conscience que la violence n’est jamais sans conséquence.

Après délibération, il a été condamné à trois mois de prison ferme, plus quinze mois avec sursis, avec obligation de suivre des soins et de travailler. Étant donné qu’une ancienne peine de neuf fois de prison trône au-dessus de sa tête, le tribunal a décidé vendredi avec la volonté suivante : que l’ensemble des deux condamnations (l’ancienne et la nouvelle) ne dépasse pas les douze mois ferme, et qu’ainsi sa peine puisse être aménagée, avec le port d’un bracelet électronique, afin qu’il puisse rester dans la vie active.

A la moindre nouvelle faute, le tribunal sera plus intransigeant, l’a prévenu la présidente de l’audience.

Anthony Fillet

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