Pourquoi le Haut-commissariat a-t-il interdit une mobilisation de la CCAT ?

Après une faible mobilisation ce samedi, à Nouméa mais aussi à Koné, à Lifou et à Ouvéa, la Cellule de coordination des actions de terrain appelait à un nouveau rassemblement, ce lundi, devant le Haut-commissariat. Mais l’institution a pris un arrêté pour l’interdire.

Malgré une mobilisation des plus timides samedi, moins d’une centaine de personnes se sont par exemple réunies à la Vallée-du-Tir à Nouméa, la Cellule de coordination des actions de terrain entendait pourtant poursuivre son action ce lundi, jour de la rentrée scolaire après deux semaines de vacances, pour faire entendre son rejet de l’accord de Bougival et du report des élections provinciales. « Nous devons continuer à nous mobiliser, ce lundi 27 octobre, face au Haut-commissariat en centre-ville, à partir de 8h. La Commission mixte paritaire se réunira dans la soirée de lundi pour nous (lire encadré en bas de page). Les quatorze parlementaires doivent entendre que nous ne tolérons plus cet énième passage en force poussé par Metzdorf (…) Rassemblons-nous pour porter la voix du peuple kanak face au déni et à l’aveuglement des pro-Bougival », écrivait ainsi samedi après-midi la CCAT, organisation émanant du FLNKS, sur la page Facebook Mobilisation pour la liberté.

Des espoirs douchés quelques heures plus tard alors que la Cellule a été contrainte d’annuler son rassemblement. Ce dernier ayant tout simplement été interdit par le Haut-commissariat. « Pendant que le destin du peuple kanak se joue à 22 000 kilomètres d’ici, dans les mains de quatorze parlementaires français sans aucune connaissance de la décolonisation, le représentant de la France en Kanaky nous réduit au silence. Sous prétexte de ‘’délais administratifs’’, il nous empêche d’exprimer notre désaccord avec la politique macroniste incarnée par Bougival », dénonce encore l’organisation indépendantiste, fidèle à son verbatim dorénavant habituel.

Déclaration tardive et rentrée scolaire

Le Haut-commissariat a bel et bien pris un arrêté interdisant cette mobilisation. Et il s’en est justifié. Outre une « déclaration très tardive », déposée samedi à 15 heures, « en dessous des trois jours francs légaux », l’État avance également une question de calendrier, n’en déplaise aux indépendantistes qui estiment qu’« organiser la sécurité d’un rassemblement pacifique ne devrait pas être un problème ». Mais la réalité est pourtant bien différente : « La rentrée scolaire ne permettait pas de prendre les mesures permettant de sécuriser les manifestants ni même d’avertir les agents du Haut-commissariat, du vice-rectorat et du gouvernement travaillant dans le secteur », peut-on lire. Et de poursuivre : « Le Haut-commissaire tient à rappeler que l’USTKE a pu organiser un rassemblement le 13 septembre dernier devant le Haut-commissariat en prenant les mesures adéquates, avec une déclaration en avance et un travail entre organisateurs et forces de l’ordre. Les services de l’État ont par ailleurs fait preuve de tolérance samedi 25 octobre en laissant se tenir un rassemblement à la Vallée-du-Tir alors que celui-ci n’avait pas fait l’objet d’une déclaration préalable, dans la mesure où la circulation n’était pas perturbée et la sécurité des personnes assurées sur ce site. »


Qui compose la Commission mixte paritaire ?

Après l’adoption d’une motion de rejet par l’Assemblée nationale, afin de contrer les quelque 1600 amendements déposés par les députés de la France insoumise, la proposition de loi organique, visant notamment à reporter les élections provinciales à juin 2026, va être étudiée par une Commission mixte paritaire. Cette dernière, qui se réunira ce lundi après-midi (heure de Paris), est alors chargée de proposer un nouveau texte qui sera ensuite soumis aux votes des parlementaires sans qu’ils ne puissent l’amender. Cette commission est composée de sept sénateurs (Muriel Jourda, Agnès Canayer, Mathieu Darnaud, Jean-Michel Arnaud, Corinne Narassiguin, Patrick Kanner, Pierre Médevielle) et de sept députés (Yoann Gillet, Florence Goulet, Florent Boudié, Bastien Lachaud, Arthur Delaporte, Philippe Gosselin, Jean Moulliere). Du côté calédonien, les députés Nicolas Metzdorf et Emmanuel Tjibaou ainsi que le sénateur Robert Xowie font partie de la liste des suppléants.


Légende photo : A Nouméa, les quelques dizaines de manifestations se sont rassemblées à la Vallée-du-Tir.

Claire Gaveau

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