Rencontre avec… Charles Rodwell

Député Renaissance des Yvelines, Charles Rodwell achève une visite en Nouvelle-Calédonie. Spécialiste des questions économiques et industrielles, il a multiplié les visites de terrain.

La voix du Caillou : Quelles sont vos premières impressions sur ce que vous avez vu de la Nouvelle-Calédonie dans laquelle, jusqu’à présent, vous n’étiez jamais venu ?

Charles Rodwell : D’abord, je suis hyper ému d’être ici parce que c’est la France et cela montre la grandeur de notre pays que certains cherchent toujours à décliner, à caractériser en déclin. La Calédonie, à la fois, a tout à voir et rien à voir avec la métropole. Tout à voir parce que je ne croise que des Français. Je croise un mode de vie, une culture, une ambiance si française telle que l’on peut la rencontrer en métropole et ailleurs. Et puis, c’est différent aussi parce qu’on n’est pas sur le même continent mais à l’autre bout du monde, avec des traditions, avec des cultures très particulières, avec un mode de vie qui est très particulier, avec une vraie identité calédonienne, qu’il est très bon aussi de reconnaître et de marquer.

LVDC : La Nouvelle-Calédonie est à un moment très particulier de son histoire. Et qu’est-ce que vous en ont dit les gens que vous avez rencontrés à ce sujet ?

C.R : On sent qu’il y a une histoire profondément entremêlée avec celle de la France dans le sens métropolitain du terme. L’immense majorité des gens que je croise, je ne parle pas forcément des politiques, elle assume le lien extraordinaire, charnel qui existe avec la métropole. Je suis ici, au-delà de la mission pour laquelle je suis venu, je suis ici en tant que député de la Nation. Certes, je suis député de ma circonscription dans les Yvelines, un député de métropole dans laquelle je me rends partout, mais je suis aussi un député qui représente les Français des Outre-mer et notamment les Français de Nouvelle-Calédonie. Et c’est aussi pour ça que je suis venu et que ce que j’ai vu m’a tant marqué. Il y a une chose que je voudrais dire assez simple, c’est que les Calédoniens ont beaucoup de chance d’être bien représentés. Depuis le prisme de la métropole, quand je vois Nicolas Metzdorff et Sonia Bakes se battre comme des lions sur chaque dossier, que ce soit l’assurance et la réassurance de leur entreprise, que ce soit la présence des escadrons pour une sécurité maximale lors des événements qui ont eu lieu et qui arrivent, que ce soit sur les projets d’infrastructure, que ce soit sur les projets de défiscalisation, que ce soit sur les projets de soutien aux populations, eh bien je pense que les Calédoniens peuvent être fiers d’avoir des députés comme eux qui les représentent en métropole et partout en France.

LVDC : Vous avez une vocation économique, si je peux m’exprimer ainsi. Et chez nous, l’économie est ravagée, détruite, en ruine. Est-ce qu’il y a des moyens d’espérer ?

C.R : Bien sûr qu’il y a des moyens d’espérer. Les accords de Bougival doivent coûte que coûte tenir, et nous ferons notre part du travail pour convaincre tous nos collègues de métropole, le jour où le Congrès sera convoqué, pour voter ce projet de loi constitutionnelle et adopter la loi organique. Il y a bien sûr des raisons d’espérer, pour plusieurs raisons. D’abord parce que la Nouvelle-Calédonie est la Nouvelle-Calédonie. Il y a un potentiel absolument exceptionnel. Je n’ai rencontré que des gens qui travaillent dur pour redresser la situation. Il y a un potentiel touristique qui n’existe nulle part ailleurs en France, au sens large. Je parle en métropole comme en Outre-mer ailleurs. Il y a un potentiel stratégique, mais non mesurable ailleurs sur le territoire français et sur le territoire européen. On parle beaucoup du nickel notamment, qui est une ressource éminemment stratégique pour notre pays, pour notre continent. C’est la raison pour laquelle l’État et les parlementaires métropolitains soutiendront coûte que coûte la filière du nickel, tant en pyro qu’en hydro-métallurgie, selon les différentes technologies utilisées. On ne lâchera pas les entreprises qui cherchent à être réassurées. On ne lâchera pas les commerçants, les entreprises, les investisseurs qui ont besoin de la défiscalisation pour relancer la machine. Et donc eux peuvent avoir confiance en leurs élus et ils peuvent avoir confiance en nous aussi pour nous battre dans chaque budget, pour chacune de ces mesures, et pour redresser la barre.

LVDC : Justement, le nickel est dans un état de fragilité extrême. Une usine a fermé, les deux autres sont un peu bringuebalantes. Qu’est-ce qui pourrait faire que d’abord des repreneurs se manifestent, y compris pour le Nord, et que la filière reparte ?

C.R : La première des choses, je pense, c’est que sur une partie de la filière, l’autorité de l’État, l’autorité de la République, doit revenir. On a notamment beaucoup évoqué avec la SLN et d’autres la question des mines. Et je crois qu’il y a évidemment une question de sécurité publique et d’indépendance à la fois pour la Nouvelle-Calédonie et pour la Nation, qui justifie que l’autorité revienne. C’est l’appel que lancent vos élus systématiquement et nous les soutenons là-dessus. La deuxième des choses, c’est que vous avez une partie de la filière qui marche avec l’export d’une partie du matériau brut. La SLN se bat et est soutenue par l’État, Prony est en train de se redresser financièrement de manière spectaculaire et attire aujourd’hui de nouveaux investisseurs. Donc on voit que la filière est loin d’être morte. Mais ce que nous pensons d’un point de vue métropolitain, et en fait notre avis compte de manière secondaire par rapport aux décisions que les Calédoniens doivent prendre et là où les métropolitains seront en soutien, c’est qu’il faut prendre des décisions radicales pour la filière, parce que c’est une filière qui peut être compétitive mais qu’il faut que nous la soutenions. Il y a évidemment la question du coût de l’énergie. L’État doit enfin trancher la question que le Président de la République avait annoncée il y a quelques années. Il a demandé à ses administrations de travailler sur le sujet du coût de l’énergie et sur la solution qu’il faut trouver, pour faire baisser le prix de l’électricité, notamment pour ses usines. Il y a évidemment une autre question à trancher, et ça c’est une décision calédonienne, sur la doctrine. Est-ce que oui ou non on autorise les usines à exporter une partie du minerai de manière complémentaire ? Il y a aussi la question de la scorie qui est extrêmement intéressante d’un point de vue de l’export. Et puis enfin, il y a une question du modèle économique de ces usines, évidemment celle du Nord aussi, sur lesquelles les questions d’investissement sont possibles.

LVDC : La France et aussi l’Europe ont reconnu le nickel comme étant stratégique. Donc ce changement de paradigme arrive peut-être en soutien de la filière ?

C.R : Je crois que la filière est résiliente, parce que quand on voit la compétition et le dumping qui existent en Indonésie, on voit qu’une bonne partie des usines dans d’autres pays du monde ont fermé. Je regrette une chose, c’est qu’il y a une partie des forces politiques ici qui n’aient pas soutenu le pacte nickel. Si le pacte nickel avait été adopté, on aurait pu redresser la barre plus vite. L’échec du pacte nickel ne condamne pas la filière. Il y a de nombreuses mesures à prendre, et c’est notamment la raison pour laquelle je suis ici, après avoir travaillé avec la direction interministérielle dédiée et avec les services de Bercy et les élus.

LVDC : Il y a tous les secteurs de l’économie, on a parlé du nickel et du tourisme, qui sont en très grande difficulté. Mais je pense au BTP, où les licenciements se poursuivent, comment peut-on se sortir de ce marasme terrible ?

C.R : Le maître mot, c’est la stabilité politique. C’est de la visibilité dans toutes les régions du monde, et cette règle ne s’applique pas qu’à la Nouvelle-Calédonie. C’est la raison pour laquelle, d’un point de vue extérieur, il semble bon d’adopter ces accords. Ce qui est certain, c’est que nous ferons notre part du travail en métropole pour que ces accords soient ratifiés au Congrès. Je constate qu’au moment de la signature, l’ensemble des forces politiques, avant que certaines se rétractent de manière relativement incompréhensible, ont avalisé ces accords qui étaient de bons accords. Je parle sur la question économique. Je pense que pour un investisseur qui voudrait investir en Nouvelle-Calédonie, la meilleure répartition des compétences est très rassurante. Je peux vous dire, à une autre échelle, au-delà des accords de Bougival, que nous nous battrons coûte que coûte, à travers le fonds de garantie-émeute, que Bercy met en œuvre et que le gouvernement met en œuvre, dans le contexte notamment qui touche la Nouvelle-Calédonie pour permettre aux entreprises d’être réassurées. Nous nous battrons pour les questions de défiscalisation du prochain budget, pour permettre le redressement économique des lieux, notamment de la filière BTP, parce que, comme on dit, quand le bâtiment va, tout va, c’est vrai que c’est un moteur absolument essentiel de toute économie dans un pays.

LVDC : Et le dossier calédonien, vous parliez d’instabilité politique, se traite dans un contexte d’instabilité politique en métropole, ce qui n’arrange pas nos affaires. Doit-on désespérer des choses ?

C.R : Les accords de Bougival sont plus que jamais nécessaires, y compris au vu du Conseil constitutionnel dont la décision était peut-être prévisible mais qui pose un problème démocratique majeur. Moi je fais partie de ceux, sans avoir d’action si je puis dire, ou d’implication dans les débats calédoniens, mais en tant que simple Français, citoyen français comme vous et moi, je considère que chaque Français a le droit à une voix égale, que chaque cœur a le droit à une voix, et donc je considère que les accords de Bougival sont plus que jamais nécessaires pour répondre à cette problématique démocratique absolument fondamentale. Et oui, l’instabilité politique en France c’est une question, parce que nous ne pouvons pas adopter le projet constitutionnel sans gouvernement. De ce que je remarque cependant, le Bloc central et Républicain sur lequel s’appuie le gouvernement est d’une clarté limpide. Nous soutiendrons les accords de Bougival.

Maintenant moi j’appelle à la responsabilité de deux camps politiques. D’abord le Rassemblement National. J’ai écouté d’un point de vue extérieur le discours que Marine Le Pen a tenu ici, que j’ai trouvé à la fois incompréhensible et absolument scandaleux. Je pense que ce discours est une erreur historique et que le Rassemblement National a une chance, une seule, de réparer cette erreur historique qu’a commise Marine Le Pen en venant ici. La deuxième des choses, ce sont les socialistes. Moi je considère que les socialistes c’est un parti de gouvernement lorsqu’ils sont à la hauteur de leur histoire et qu’ils adoptent des accords de Bougival. Je considère que c’est une force populiste lorsque je vois certains collègues accueillir Christian Téin qui n’a rien d’un Che Guevara démocratique à l’Assemblée nationale, tel un héros qu’il n’est absolument pas. Je considère que dans ces moments-là les socialistes se comportent comme les députés LFI qui font le tour des sections CCAT, à savoir qu’ils ne sont pas à la hauteur de leur histoire, qui est l’histoire d’un parti de gouvernement. Donc les socialistes ont commis une erreur historique eux aussi. Ils ont une seule occasion de réparer cette erreur : c’est de voter pour les accords de Bougival.

LVDC : En tout cas pour l’heure, la chance pour Bougival vient du Sénat. Quel peut être le destin de cette proposition sénatoriale de loi organique ?

C.R : Ce qui est certain, c’est que vous avez aujourd’hui le Bloc Central et les Républicains qui sont alignés. Vous avez un socle fort et ce que l’on peut dire aujourd’hui aux Calédoniens, c’est que quel que soit le véhicule, en l’occurrence celui dont vous parlez, le Sénat, vous avez un bloc fort de députés métropolitains, qui soutiennent la cause calédonienne française. Nous sommes infiniment attachés à la Nouvelle-Calédonie. C’est la raison pour laquelle chaque Français a consenti par ses impôts à financer le plan de reconstruction de plusieurs centaines de millions d’euros. Ils l’ont fait par solidarité nationale parce que la Nouvelle-Calédonie est française. Nous l’avons fait lorsque l’Assemblée nationale a autorisé le ministère de l’Intérieur à déployer 20 escadrons de gendarmerie ici, et c’est la décision que nous prendrons aussi par ce socle fort lorsque nous adopterons les accords de Bougival, parce que la stabilité en Nouvelle-Calédonie, c’est la stabilité en France et nous voulons donner une perspective à la Nouvelle-Calédonie française.

LVDC : Quel sera le retour de ce que vous avez vu auprès de vos collègues en métropole ?

C.R : Il y a des problèmes à régler sur lesquels on a besoin de notre implication totale. La question de la réassurance, la question de la sécurité des Calédoniens, les questions des défiscalisations, du soutien des projets infrastructures majeurs. La stabilité politique de l’archipel permettrait à la Nouvelle-Calédonie de devenir une immense puissance économique de la région. Je le dis parce qu’on voit le potentiel extraordinaire de ces lieux. Donc pour moi, ce sont les deux messages que je relayerai, dans le cadre de ma mission qui est spécifiquement économique, sur le nickel, sur le soutien aux entreprises, sur les filières stratégiques, sur la réindustrialisation de la France et donc de la Nouvelle-Calédonie.

Je voulais dire aussi que dans ma circonscription, lors des législatives de 2024, j’ai refusé le Front Républicain, parce que j’ai considéré que ça n’en était pas un. En témoigne la manière dont les députés LFI ( ndlr : Fabien Lachaud et Mathilde Panot ), se sont comportés ici en allant exciter les sections CCAT pour commettre de nouvelles émeutes. C’est la raison pour laquelle, avec plusieurs élus calédoniens, nous combattrons toujours l’extrême-gauche qui est une force populiste, révolutionnaire, anti-nationale.

Propos recueillis par Nicolas Vignoles

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