Rencontre avec… Yann Latil

Commandant supérieur des Forces armées en Nouvelle-Calédonie (FANC) depuis deux ans, le général Yann Latil quittera son poste jeudi, remplacé par le général Gabriel Soubrier. Avant de s’envoler vers Paris pour y devenir chef de la division Plans, programmes et évaluation (PPE) de l’État-major des armées, il dresse un état des lieux de la Calédonie, de la région et du reste du monde. Après la première partie parue hier, où il était question de crise, de jeunesse et de reconstruction, voici le second volet de l’entretien, principalement consacré à l’international.

La voix du Caillou : Comment se passent les relations avec les autres pays de la région ?

Yann Latil : J’ai évoqué (lire notre édition d’hier) la réunion des ministres des Armées de décembre 2023, qui était déjà, par la présence de nombreux ministres étrangers, un gage de soutien aux forces armées et à la présence de la France dans la zone. C’est aussi ce que je constate au quotidien dans mes entretiens et dans mes déplacements. J’ai eu de nombreux déplacements, une quarantaine sur deux années, dans nos pays limitrophes, voire au-delà, jusqu’aux États-Unis, à Hawaï, avec qui nous travaillons bien. Il y a une vraie envie de plus de présence de la France dans cette zone, où nous faisons déjà beaucoup. Nous venons par exemple de terminer, il y a quelques heures (l’entretien a eu lieu vendredi après-midi), une opération de police des pêches dans la région, au profit de l’Agence des pêches du Forum des îles du Pacifique. C’est une opération annuelle qu’on conduit avec les Coast Guard américains, avec les forces navales australiennes et les forces navales néo-zélandaises, qui sert à vérifier que l’ensemble des pêcheurs qu’on peut trouver sur notre route dans les poches de haute mer respectent les règles qui leur sont fixées. Voilà un exemple de coopération. Ce genre de coopération est très fortement attendu par nos partenaires. On a également développé notre présence permanente dans d’autres pays que ceux qui étaient traditionnellement sous nos implantations. On avait un attaché de Défense en Australie. On en a désormais un à Fidji, avec aussi un coopérant de Défense, donc deux officiers qui sont là-bas en permanence et qui permettent de préparer et d’accueillir des forces françaises qui sont déployées depuis la Nouvelle-Calédonie. C’est à la fois une présence permanente qui se renforce, y compris en dehors de la Nouvelle-Calédonie, et puis des actions de plus en plus régulières. Elles l’étaient déjà, mais elles se sont encore densifiées au cours de ces deux ans. Je ne vois pas de faiblesse dans l’envie d’avoir des forces françaises dans la zone de la part de nos partenaires, qu’ils soient nos grands partenaires du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande, ou ceux avec qui je travaille dans le Nord, partenaires insulaires, Papouasie, Fidji, Vanuatu, Tonga, qui nous sollicitent régulièrement et avec qui on travaille très bien.

LVDC : Il y a eu Croix du Sud, il y a maintenant Talisman Saber : en quoi ces exercices sont-ils importants ?

Y.L. : L’exercice Croix-du-Sud, c’est un exercice qui a plus de 20 ans, qui est organisé depuis le début des années 2000 par les forces armées de Nouvelle-Calédonie et qui nous permet de nous préparer ensemble à réagir à des catastrophes naturelles. Ensemble c’était, lors des premières sessions, avec 3 pays partenaires. Ensemble, aujourd’hui, c’est avec 22 pays partenaires qui ont participé à cet exercice. Ça démontre notre capacité à venir au secours des populations, à nous déployer à plus de 2 000 kilomètres en un temps record. Ça démontre aussi notre capacité à travailler ensemble. C’est un message fort pour la région. Nous sommes capables, collectivement, de réagir face à une catastrophe naturelle majeure. Et elles sont très régulières dans cette zone. C’est aussi un message plus large de bonne coopération, de bonne interopérabilité des forces du Pacifique et au-delà, à pouvoir agir face à une menace quelle qu’elle soit. C’est aussi un message vis-à-vis de compétiteurs qui voudraient venir nous challenger dans la région.

Talisman Saber est un exercice qui, lui, est tourné vers ce qu’on appelle la haute intensité. Un engagement majeur face à un ennemi qui serait présent sur le territoire australien, qui est évidemment un ennemi fictif. Là, c’est 35 000 hommes qui sont déployés. Avec, pour la première fois, des militaires français, qui viennent des FANC et qui viennent aussi de Métropole, qui se sont rejoints dans le cadre d’une grosse manœuvre logistique en Australie, déployés ensemble : plus de 500, des troupes aéroportées, des blindés qu’on a envoyés depuis la Nouvelle-Calédonie, des avions et des bateaux qui ont été impliqués aussi dans cet exercice.

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Rencontre avec… Yann Latil

Propos recueillis par Claire Rio-Pennuen (avec A.F.)

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