Samedi 12 juillet, les politiques calédoniens, réunis en région parisienne après la convocation d’un sommet par Emmanuel Macron, sont parvenus à un accord pour l’avenir institutionnel du territoire. Les réactions.
Après l’échec du conclave de Deva, c’est donc à Bougival, en banlieue parisienne, que les politiques calédoniens ont réussi à trouver un terrain d’entente. Dix jours de discussions, qui se sont achevées sur une ultime nuit blanche dans l’enceinte de l’hôtel Hilton, qui ont permis d’aboutir à ce que beaucoup ne croyaient plus : un accord sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Et, contrairement à ce qui avait été annoncé par Emmanuel Tjibaou, ce projet a bel et bien été signé par les indépendantistes et les non-indépendantistes, réunis autour de Manuel Valls. Et, depuis l’officialisation, les réactions sont nombreuses sur les pages Facebook des différents responsables politiques du Caillou.
Les réactions calédoniennes
“Ce compromis ne satisfera pleinement personne”. En une phrase, Sonia Backes, la présidente de la province Sud, a probablement résumé la pensée de bon nombre de Calédoniens. Car, si la signature d’un accord est évidemment une bonne nouvelle pour l’avenir du territoire, celui-ci ne pouvait pas se faire sans certaines concessions dans les rangs indépendantistes et non-indépendantistes. Ainsi, ce texte, s’il est validé par le vote des Calédoniens, doit mener à la création d’un “Etat intégré dans l’ensemble national français”. Une sorte, autrement dit, d’Etat associé ? La question, forcément, est légitime. Pourtant, le cheffe de file des Loyalistes l’assure : “Je suis pleinement convaincue qu’il nous permet de sortir la Calédonie de la spirale de la violence, des incertitudes et de la destruction (…) Je sais que les concessions que nous avons faites peuvent inquiéter, mais il faut regarder les choses comme elles sont: la nationalité calédonienne ne fait pas de la Nouvelle-Calédonie un Etat indépendant. Cette nationalité calédonienne ne nous enlève rien : ni à notre appartenance à la République ni à notre nationalité française.”
Virginie Ruffenach, qui a été la première à lever le voile sur cet accord dans un post Facebook, salue également cette conclusion positive après “dix jours de négociation très intenses”. “Nous avons maintenu l’essentiel pour les partisans de la France dans ce compromis (…) Nous avons évité à nos enfants un nouveau référendum couperet pour ou contre l’indépendance dans quinze ans pour proposer à la place stabilité et sérénité dans l’avenir (…) Désormais place à l’avenir, à la jeunesse, à notre reconstruction matérielle et morale ! Car le plus dur ne sera sans doute pas de reconstruire les écoles ou les maisons mais ce sera surtout de panser les âmes et les cœurs brisés.”
Pour Nicolas Metzdorf, député de la première circonscription, l’attente “en valait la peine” alors que cet accord offre au territoire “un statut dans la France, avec des Calédoniens qui restent Français”. “Nous avons fait de fortes concessions (…) pour projeter définitivement la Nouvelle-Calédonie dans l’avenir et sans date butoir. Mais c’était l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie. L’heure est désormais aux explications et à la relance économique.”
“Enfin”, c’est le terme utilisé par Philippe Dunoyer, responsable de Calédonie ensemble, en introduction de son post Facebook. Un mot qui traduit, là encore, un certain soulagement après la signature d’un accord au bout “d’une ultime nuit blanche”. “Comme en 1988 et en 1998, la recherche constante de l’équilibre et du consensus ont fini par payer. Le temps viendra dès le retour d’expliquer en détail le contenu de ce ‘pari de la confiance’. Mais d’ores et déjà, nous avons une stabilité, une perspective et de la visibilité. Le temps de la reconstruction va pouvoir commencer”, a-t-il poursuivi.
Le sénateur Georges Naturel ne fait pas partie des signataires, mais il a suivi tout cela de près. “Chaque camp, indépendantiste et non indépendantiste, a dû faire des concessions réciproques afin de parvenir à cet accord. Imparfait et incomplet mais il a au moins le mérite d’exister pour donner à nos compatriotes calédoniens un signal fort de concorde et d’espoir de la part de leurs élus”, écrit-il. Le sénateur souligne ainsi qu’il n’y a pas d’indépendance-association, mais une émancipation encore plus grande dans la France. “Pour entrer en vigueur, précise-t-il, cet accord devra être prochainement approuvé par référendum par les citoyens calédoniens. Il va donc falloir maintenant expliquer et convaincre pour retrouver la voie de la paix et du vivre-ensemble.”
Les réactions métropolitaines
Manuel Valls, ministre d’Etat et actuel ministre des Outre-mer, aura donc réussi sa mission en parvenant, samedi 12 juillet, à un accord “historique” alors les différents camps. C’est, pour lui, “un engagement majeur, fruit d’un long travail de négociations au cours duquel les partenaires calédoniens ont fait le choix du courage et de la responsabilité”. Pour François Bayrou, le Premier ministre, c’est également une “fierté”. “Honneur aux courageux négociateurs, merci à monsieur Valls. C’était possible”, a-t-il écrit sur X.
Et, pour Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, “l’espoir renaît pour la Nouvelle-Calédonie”. “Deux semaines d’intenses travaux durant lesquels chacun a su se hisser à la hauteur de l’Histoire, renouer le dialogue et aboutir à un accord historique. Profonde émotion et confiance sincère pour l’avenir des Calédoniennes et des Calédoniens”, écrit-elle sur le même réseau social.
Mais, sur la droite de l’échiquier politique, avec des partis ouvertement partisans de la Calédonie française, le ton est bien différent. Pour Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, candidat à de multiples reprises à la présidentielle, cette accord est une “gigantesque embrouille pour dissimuler le tragique abandon de la Nouvelle-Calédonie”. “L’accord signé (…) signifie clairement l’indépendance. Derrière les mots ambigus et les compromis foireux, le vote massif à trois reprises par référendum des calédoniens contre l’indépendance et pour l’appartenance à la France est piétiné. La violence d’une minorité l’a emporté sur le respect du suffrage universel. Garant de l’unité de la République E. Macron a trahi sa fonction”, écrit-il.



