Emplois fictifs à Calédonie ensemble : prison ferme, inéligibilité… Philippe Gomès condamné à la retraite politique

Reconnus coupables de détournement de fonds publics dans l’affaire des emplois fictifs de chefs coutumiers à la province Sud et au Congrès, Philippe Gomès, Philippe Michel et Sutita Sio-Lagadec devraient faire appel. Coup de tonnerre, la justice a ordonné la fin des mandats électoraux des deux leaders de Calédonie ensemble.

Il jouait davantage son honneur que son avenir politique. Après une quarantaine d’années dans la vie politique, Philippe Gomès avait promis de ne pas briguer un nouveau mandat provincial. La justice n’a pas attendu de voir s’il disait vrai et a porté un coup d’arrêt à sa carrière politique. Une sorte de retraite anticipée pour l’ancien député, âgé de 66 ans, qui est dépeint comme le « bâtisseur » d’un système frauduleux d’emplois fictifs entre 2014 et 2018 au préjudice de la province Sud et du Congrès.

Un mois et demi après le procès qui avait duré une semaine, le tribunal correctionnel de Nouméa a rendu une réponse exemplaire à « une atteinte grave aux règles du jeu démocratique » dans une affaire politico-financière qui rythme la vie judiciaire depuis désormais dix ans. Des six prévenus appelés à la barre, quatre ont été reconnus coupables (lire ci-contre), et deux autres ont été renvoyés des fins de la poursuite. Seuls Philippe Michel et Fiu Muliakaaka ont assisté au prononcé du délibéré, mardi matin, tandis que Philippe Gomès est en déplacement à Paris pour les discussions sur l’avenir institutionnel du territoire.

« Nous allons faire appel »

La lecture de certains passages du jugement – fait inhabituel en Nouvelle-Calédonie – par la présidente Émilie Gaudin pendant presque une heure a laissé sans voix la salle et frappé de stupeur les avocats de la défense, qui avaient tous plaidé une relaxe générale pour leurs clients. Interrogé au sortir de l’audience, l’avocat Me Frédéric de Greslan a critiqué cette décision de condamnation : « évidemment que nous ne sommes pas d’accord, évidemment que nous allons faire appel pour les personnes qui ont été condamnées ». Et d’ajouter, lors d’une brève déclaration à la presse, qu’il compte bien aller « jusqu’à la Cour de cassation » dans cette « affaire juridiquement très complexe ». « Dans cette affaire, il y a des tas d’éléments qui résultent d’une interprétation de la loi. Pour que la loi soit interprétée de manière uniforme, il faut que la Cour de cassation se prononce. Ce débat sera mené jusqu’à son terme. »

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