Une vaste opération de contrôles a été menée, vendredi matin sur la Savexpress, entre Nouméa et Dumbéa, pour lutter contre deux comportements à risque majeurs sur la route.
Les automobilistes circulant entre Koutio et Ducos ont découvert un impressionnant dispositif de contrôle coordonné par la gendarmerie et la police nationale. Entre 9 heures et 11 heures, les forces de l’ordre ont filtré les véhicules sur deux axes stratégiques. La gendarmerie était postée à la sortie « Les Érudits », au niveau de la piscine de Koutio, pour surveiller les automobilistes circulant dans le sens Sud-Nord, tandis que la police opérait sur la bretelle « Rivière-Salée/Autopoint » à Ducos, dans le sens Nord-Sud. L’objectif était clair : sanctionner les excès de vitesse et l’usage du téléphone au volant, deux causes majeures d’accidents mortels en Nouvelle-Calédonie.
« On a décidé de mettre en place un contrôle d’envergure, comme vous pouvez le voir, pour contrôler les gens qui circulent sur la voie express. On va rechercher les infractions, notamment les grands excès de vitesse, mais également l’usage du téléphone, ainsi que les non-port de ceintures de sécurité et tout ce qui a trait au comportement », explique, sur place, le capitaine David Roussel, officier en charge de la sécurité routière pour le commandement de la gendarmerie.
81 000 véhicules contrôlés
Les effectifs déployés pour cette opération étaient conséquents. « Là, on est environ à trente gendarmes sur le poste de contrôle, avec des motocyclistes qui procèdent aux interceptions sur la voie express et qui nous amènent les contrevenants ici [sortie Les Érudits, NDLR] au poste de verbalisation, » détaille le capitaine. Des contrôles de ce type sont menés régulièrement dans l’agglomération. « Ce sont des dizaines de contrôles par jour qui sont opérés, » précise-t-il, insistant sur l’importance d’une présence continue sur le terrain. La directrice de cabinet du Haut-commissaire de la République, Anaïs Aït Mansour, était également présente pour souligner l’importance accordée par l’État à la lutte contre l’insécurité routière. « Depuis le 1er janvier, on a contrôlé 81 000 véhicules juste en zone gendarmerie. C’est colossal, » indique-t-elle, rappelant que les contrôles sont hebdomadaires et concernent l’ensemble du territoire.
Des infractions fréquentes et des sanctions renforcées
L’usage du téléphone au volant, passible d’une amende de 15 000 francs, faisait partie des infractions ciblées par l’opération alors que l’année dernière, 1 247 infractions ont été relevées pour ce motif. « Un accident sur dix, c’est le téléphone portable. On est là pour rappeler les règles de bonne conduite, » insiste Anaïs Aït Mansour. La vitesse, autre facteur aggravant, fait l’objet d’une tolérance zéro. Rouler trop vite augmente la fatigue, allonge les distances de freinage et rend les accidents bien plus violents. « Depuis ce matin, on a fait une dizaine de personnes pour la verbalisation. Une personne roulait à 120 km/h sur une route limitée à 70 km/h, » rapporte la directrice de cabinet.
Parmi les conducteurs interceptés, une livreuse contrôlée à 111 km/h au lieu de 70 a vu son permis lui être retiré sur le champ : « C’est la première fois que ça m’arrive. Ça fait quinze ans que je suis livreuse et je n’ai jamais eu de problème. Je fais attention. » Mais, malgré l’infraction constatée et la lourde sanction qui l’attend potentiellement, elle reconnaît l’utilité de ces contrôles. « Moi, je trouve ça bien. Parce que personnellement je respecte la loi, ça m’est égal. Après, il y en a la moitié qui n’ont pas la ceinture. Il y en a la moitié qui font n’importe quoi. Je suis sur la route tous les jours, donc je les vois. Il y a des gens qui roulent comme des malades, donc je trouve ça très bien. »
Quelques chiffres
Les statistiques confirment l’ampleur du problème. En 2024, la Nouvelle-Calédonie a enregistré 28 accidents mortels ayant entraîné la mort de 33 personnes, dont 64 % avaient moins de 35 ans. La vitesse excessive ou inadaptée est impliquée dans plus de 83 % des accidents mortels. Un chiffre bas, malgré tout, pour le territoire, alors que les mesures restrictives mises en place par les autorités en raison de la crise insurrectionnelle ont probablement fait baisser le nombre de drames sur les routes. En comparaison, 2023 avait été une année encore plus meurtrière, avec 47 accidents mortels et 51 décès, parmi lesquels 33 % avaient moins de 25 ans. Les conducteurs âgés de 18 à 34 ans restent les plus exposés, représentant 38,9 % des conducteurs impliqués dans des accidents mortels. Le téléphone au volant constitue également un risque majeur. Son usage réduit de 50 % les informations enregistrées par le conducteur et augmente son temps de réaction, ce qui peut être fatal en cas d’urgence.
Une lutte qui se poursuit
Si la verbalisation reste un levier fort, la prévention joue également un rôle clé dans la lutte contre l’insécurité routière. « On travaille en étroite collaboration avec la DITTT, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, pour mettre en œuvre des actions de prévention auprès des écoles. On réfléchit aussi à une campagne publicitaire de prévention de la sécurité routière spécifique à la Nouvelle-Calédonie », annonce Anaïs Aït Mansour. Les autorités envisagent également de renforcer les dispositifs de contrôle automatisés. « Il y a aussi une reprise des discussions concernant des radars et leur installation en Nouvelle-Calédonie, le travail est en cours », précise la directrice de cabinet.
Claire Rio-Pennuen