Il faudra être Rudyard Kipling et son poème « if » (Tu seras un homme, mon fils), pour répondre à la question, si jamais vos enfants vous la posent. Parce que même nous, l’avenir, nous n’en avons qu’une vision confuse, une idée floue, une option incertaine. A part les gens de la CCAT, ceux qui les soutiennent et les suivent même sans rien dire ni faire, et pour qui l’avenir c’est l’indépendance au 24 septembre, pour le reste, ça n’est jamais qu’incertitude et angoisse. L’avenir, il se dessine au fil des entreprises qui les unes après les autres mettent leurs personnels au chômage partiel ou total. Il se définit au fur et à mesure que les semaines passent et que l’on s’inquiète de savoir jusqu’à quand les salaires et les pensions pourront être versés. Il s’établit à l’aune de la facture des dégâts et de leurs conséquences qui s’accroissent chaque jour, sans que nous ayons la moindre idée ni le moindre franc pour la régler. Il s’ébauche enfin dans la sempiternelle question que se pose un nombre toujours plus important de gens qui se demandent s’il faut ou non partir et quitter ces rivages maudits. Alors, mon fils, vois-tu, l’avenir, puisque tu me poses la question, je n’ai pas la moindre idée de ce dont tu me parles.
Nicolas Vignoles



